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    Economie Internationale

    OMC: Le round du millénaire promet d'être chaud

    Par L'Economiste | Edition N°:650 Le 01/12/1999 | Partager



    · C'est aujourd'hui que démarre le sommet de l'Organisation Mondiale du Commerce
    · Les manifestants sont prêts à perturber l'événement
    · Les chantres du libre- échange n'ont pas le moral



    Il fait un temps de chien à Seattle, comme pour donner raison à la couverture du magazine The Economist qui annonce une «tempête sur la mondialisation». Mais la pluie, le froid et le brouillard qui couvrent en cette fin novembre les rives du Puget Sound ne sont pas ce qui inquiète le plus les organisateurs du sommet de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) qui commence aujourd'hui dans cette ville et ce, jusqu'au 3 décembre. Si «le monde entier a les yeux tournés vers Seattle», reconnaît Patricia Davis, une des responsables du comité d'organisation, «c'est à cause de tous ces manifestants venus de l'extérieur» qui ont promis de «paralyser Seattle» et l'OMC. Ils ont déjà commencé à investir la ville.
    Samedi soir sur les quais, au centre de conférences de Bell Harbor, des centaines de militants de la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL) tenaient leur 50ème Congrès, manière de souligner, rappelle John Sweeney, président de la puissante centrale américaine AFL/CIO, «que le mouvement syndical dans le monde entier est mobilisé par la mondialisation». Un peu plus haut dans le centre ville, ce sont les anarchistes qui se retrouvent à «la Convergence», un night-club abandonné sur Denny Way pour y former les «petits groupes d'amis» qui, selon les instructions données via l'Internet par la Ruckus Society (la société du chaos), mèneront mardi une guérilla urbaine «non-violente et créatrice» visant à empêcher les 3.000 délégués et 2.500 journalistes de se réunir au Centre des Conférences Internationales.
    Pour que le cirque soit complet, il faut compter avec les quelque 2.500 «observateurs» dépêchés par près de 800 organisations non-gouvernementales (ONG) qui affrontent, dès le lever de rideau du sommet, les avocats de la mondialisation, Mike Moore (directeur-général de l'OMC) en tête à l'occasion d'un «séminaire sur le commerce international au XXIème siècle». On attend même le possible débarquement sur les rives du Puget Sound de Fidel Castro, membre de droit de l'OMC, et seul chef d'Etat qui semble tenté par le voyage, en dehors de Bill Clinton. Ce dernier, hôte du sommet, a vainement tenté de faire venir d'autres dirigeants de premier plan à Seattle. Personne n'a voulu se jeter dans la gueule du loup.
    Ce sont donc les ministres du Commerce des 135 pays membres de l'OMC qui devront tenter de faire sortir du centre de conférences, littéralement bunkerisé, une déclaration unanime affirmant qu'ils sont tous d'accord pour engager un nouveau cycle de négociations pour la libéralisation du commerce international, le cycle du millénaire, ou Seattle Round.
    Au démarrage de la réunion, on est encore loin du compte. Certes la représentante au Commerce des Etats-Unis, Charlene Barshefsky, encore toute auréolée d'avoir conclu l'accord pour l'adhésion de la Chine à l'OMC, affirme qu' «il y aura un nouveau cycle de négociations, parce qu'il n'y a pas d'autre choix, et tout le monde le sait». Mais les 135 ne sont d'accord sur à peu près rien. Les Etats-Unis veulent que le nouveau cycle soit court (3 ans), et qu'il ait pour but de régler les problèmes laissés en suspens par le cycle précédent (Uruguay Round), à savoir la libéralisation des services et du commerce agricole, en commençant par l'abolition des subventions que l'Union Européenne et le Japon versent à leurs paysans. Les Européens ne veulent pas en entendre parler. Le commissaire au Commerce, Pascal Lamy, met en avant «la protection de certains traits de civilisation, nourriture de qualité, identité culturelle et refus de voir certaines activités humaines traitées en simples marchandises...».

    Paradoxe


    L'Union Européenne propose que les négociations soient élargies et qu'on y prenne en compte les critères sociaux et de protection de l'environnement, ainsi que le fameux «principe de précaution» sanitaire (qui justifie l'embargo sur le boeuf hormoné ou les organismes génétiquement modifiés). Mais les pays en voie de développement, emmenés par l'Inde, récusent toute idée de normes «sociales» ou «écologiques», dans lesquelles ils voient une arme protectionniste. Ils ne veulent même pas discuter d'un nouveau cycle tant que les «injustices» et les engagements non tenus du cycle précédent n'ont pas été apurés... Le paradoxe est que la prospérité de Seattle, ville de Boeing et Microsoft, les deux principaux sponsors du sommet de l'OMC, repose en fait entièrement sur les exportations. Les syndicalistes de Boeing, qui encadreront la grande manifestation anti-OMC aujourd'hui où on annonce de 20.000 à 50.000 personnes, vivent de la «mondialisation», tout comme un habitant de Seattle sur quatre. Pourtant, «une inquiétude frisant la paranoïa s'est emparée» de la cité, écrit le Seattle Times. Même les chantres du libre-échange n'ont pas le moral. «Cela ne va pas être beau à voir» prédit le Wall Street Journal qui déplore que «la cacophonie de dizaines de milliers d'activistes qui ont convergé pour la manifestation du siècle à Seattle -une fusion de Woodstock et du mouvement des non-alignés» risque fort de recouvrir les palabres libérales des responsables de la mondialisation.


    Patrick SABATIER
    Envoyé spécial à Seattle
    Syndication L'Economiste-Libération (France)

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