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    Massacre de Sabra et Chatila… toujours dans les mémoires

    Par L'Economiste | Edition N°:3119 Le 01/10/2009 | Partager

    . Le drame raconté par le journaliste français, Eric Rouleau. La honte des grandes puissances . Les rapports sur le carnage dans les tiroirsJournaliste, écrivain, diplomate… Eric Rouleau est aujourd’hui une «mémoire ambulante». Il se souvient et n’a jamais honte, ou peur, de raconter ce qu’il a vu lors de ses longues, très longues années d’investigations… Dans cet entretien, il nous fait partager un fait marquant de l’histoire contemporaine, le massacre de Sabra et Chatila, deux camps de réfugiés palestiniens de Beyrouth-ouest. Les 16 et 17 septembre 1982, des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants, ont été exterminés par les phalangistes libanais… sous l’œil impassible, voire indulgent, de l’armée israélienne.- L'Economiste: Racontez-nous Sabra et Chatila tels que vous les avez vécus…-Eric Rouleau: Vous savez, les Palestiniens ont subi de nombreux massacres au cours de leur histoire récente. Mais le massacre opéré dans les deux camps de réfugiés palestiniens, Sabra et Chatila, a été le pire, le plus sauvage.- Que s’est-il passé au juste?- Les phalangistes libanais, du parti de droite extrémiste, alliés d’Israël, ont pénétré dans les camps, où il n’y avait plus aucun combattant palestinien et ils ont tué à l’arme blanche des vieillards, des femmes et des enfants! Ainsi, plusieurs centaines de personnes ont été massacrées les 16 et 17 septembre 1982. Ce carnage s’est déroulé alors qu’il y avait une unité de l’armée israélienne en position dans un immeuble mitoyen… Les soldats et officiers israéliens ont pu tout voir du massacre et entendre les cris des suppliciés. Cette unité était dirigée par Ariel Sharon, à l’époque ministre de la Défense, et elle n’a pas bougé le petit doigt! Il est évident que Sharon voulait provoquer un exode massif des Palestiniens du Liban.

    «Secret d'Etat«
    - Quelle a été la réaction de la population en Israël?- L’opinion publique israélienne a témoigné sa grande indignation… Et une commission, appelée Kahan, a été créée pour enquêter sur les massacres de Sabra et Chatila. Et Sharon a été jugé, je cite «indirectement responsable de ces massacres». Mais vous devez savoir qu’une bonne partie du rapport de cette commission n’a jamais été publiée et a été classée «secret d’Etat». Sharon a dû quitter le ministère de la Défense. Mais quelques années plus tard, il a occupé plusieurs postes ministériels, avant de devenir Premier ministre.- Vous avez rencontré Yasser Arafat peu de temps après ces massacres…- Un jour après Sabra et Chatila, je me suis effectivement rendu à Damas où il s’était replié. Je me souviens avoir rencontré un homme effondré, en larmes. A ma grande surprise, il m’a regardé et m’a dit: «Begin (Premier ministre israélien à l’époque) et Sharon ne sont pas juifs, ce sont des fascistes!» Avant de rendre hommage aux centaines de milliers de juifs qui avaient manifesté dans les rues de Tel-Aviv contre ces massacres. -Et la communauté internationale, comment a-t-elle réagi?- Les grandes puissances, notamment les Etats-Unis et la France, qui avaient des troupes au Liban, les avaient tout simplement retirées quelques jours avant les massacres et Arafat avait reçu les assurances que les Palestiniens de Sabra et Chatila seraient en sécurité. Je pense qu’un grand sentiment de honte s’est emparé de ces puissances… Elles avaient retiré leurs troupes sachant que des vies allaient en payer le prix. Elles ont abandonné les Palestiniens à leur propre sort. Il y a eu aussi des réactions très vives dans la presse internationale… Mais cela n’est jamais allé plus loin.- Que savez-vous sur cette fameuse partie du rapport Kahan qui a été classée «secret d’Etat»?- Si cette partie a été classée secrète, c’est qu’elle prouve que la responsabilité d’Ariel Sharon a été beaucoup plus importante dans les massacres de Sabra et Chatila. Amnon Kapeliouk, qui vient de nous quitter et qui était un grand journaliste israélien, avait publié un livre sur le drame et il y accuse Sharon d’en avoir été l’instigateur… Sharon a certainement dû utiliser le terme «épurer les camps des terroristes palestiniens» lorsqu’il a demandé aux phalangistes d’intervenir. - Comment décrivez-vous l’attitude d’Israël?- Ecoutez, le problème ne réside pas dans la réaction de la communauté mondiale aux crimes commis par Israël… Le problème c’est qu’Israël n’en tient absolument pas compte!Les massacres commis par Israël sont connus de tout le monde, ce ne sont des mystères pour personne! Ils ont été dénoncés par toutes les organisations des droits de l’homme et sans exception. Un exemple tout récent: une commission, dirigée par le juge Richard Goldstone, a conclu qu’Israël avait commis des crimes de guerre lors de la dernière offensive sur Gaza. Israël ignore royalement ce rapport! Israël jouit du soutien des plus grands, des plus forts! La preuve? Un porte-parole américain va même jusqu’à déclarer que la mission Goldstone des Nations unies n’était pas objective et que son rapport n’était pas tout-à-fait exact! C’est pour vous dire que les Américains défendent l’Etat d’Israël, aveuglément. Et je peux vous assurer que je ne connais pas une seule puissance qui condamne Israël pour ses crimes. On regarde et on se tait! Malheureusement, c’est ainsi que cela se passe…

    Parcours

    Eric Rouleau est l’une des plus grandes signatures du Monde diplomatique. Né le 1er juillet 1926 au Caire, il est journaliste, écrivain et diplomate français.Alors qu’il était au journal le Monde, le président de la république, François Mitterrand, l’a chargé en 1984 d'une mission diplomatique informelle auprès du président libyen Kadhafi en vue de négocier le retrait des troupes libyennes installées au Tchad. Sa mission ayant été couronnée de succès, il est ensuite nommé ambassadeur de France en Tunisie de 1985 à 1986, poste important puisque y siège l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat.


    «… Enquête sur un massacre»

    Amnon Kapeliouk est journaliste franco-israélien. Né en décembre 1930 à Jérusalem, il y est mort le 29 juin 2009. En 1982, il écrit «Sabra et Chatila, enquête sur un massacre». Le livre connaît un grand succès et crée une grande polémique en Europe et en Israël parce qu’il accuse Ariel Sharon d’être l’instigateur des massacres perpétrés dans les camps de Sabra et Chatila.Publié aux éditions le Seuil, le livre d’Amnon Kapeliouk est traduit en neuf langues.Propos recueillis par Khouloud KEBALI (Radio Atlantic)

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