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Economie

Maroc-UE: L'accord de pêche signé

Par L'Economiste | Edition N°:2075 Le 29/07/2005 | Partager

. Il entre en vigueur en mars 2006 pour une durée de 4 ans . Cent vingt bateaux autorisés à pêcher, en contrepartie de 36 millions d'euros/an . Des armateurs dénoncent le flou entourant les négociationsLe Maroc et l’Union européenne ont signé hier jeudi 28 juillet à Bruxelles l'accord de pêche. Ce dernier définit les conditions d'accès des bateaux européens aux eaux marocaines, ont annoncé le commissaire européen à la Pêche, Joe Borg, et le ministre du Commerce extérieur, Mustapha Mechahouri. «Cet accord qui s'étale sur une durée de quatre ans, permettra à 120 bateaux de la pêche artisanale européenne de pêcher toutes les espèces, sauf les crevettes et les céphalopodes«, ont indiqué les deux parties. Il interdit également la pêche au large de la Méditerranée.La contrepartie financière annuelle de cet accord, qui entre en vigueur début mars 2006, s'est finalement établie à 36 millions d'euros. Ce partenariat privilégie le développement de la filière de la pêche marocaine, le financement du plan de restructuration de la pêche artisanale et la recherche scientifique.La conclusion de cet accord ne s'est pas passée sans susciter de réactions du côté des professionnels marocains. En effet, ces derniers dénoncent le flou concernant les contreparties financières et politiques que l’accord sous-tend. Ils reprochent aux négociateurs marocains de ne rien avoir laissé filtrer sur ce point crucial, qui rappelons-le, a été à l'origine de l'arrêt des négociations en 2001.Autre pomme de discorde, le chapitre des débarquements des captures de la flotte européenne. Selon Abderrahmane Yazidi, secrétaire général du Syndicat national des officiers et marins de la pêche hauturière (SNOMPH), «si le Maroc n’arrive pas à exiger le débarquement de la totalité des prises européennes dans ses ports, il accepte de faire trop de concessions sur ses ressources». Pour lui, «c’est la seule manière de vérifier les quantités qui seront pêchées par la flotte européenne». D'ailleurs, Mohamed Tarmidi, négociateur en chef, avait stipulé à la veille de la signature de l'accord, que si le Maroc arrivait à exiger le débarquement de 20% de ces captures, «ce serait déjà pas si mal» (voir L’Economiste du 27 juillet 2005).De plus, quand les Européens débarqueront leurs captures dans les ports marocains, cela aidera à la création d’activités pourvoyeuses d’emplois. Ils seront amenés à investir dans des usines de transformation au niveau des ports marocains.A l'heure où nous mettions sous presse, rien ne filtrait encore sur la question des débarquements. Tel n'est plus le cas de la flotte. Pour Kamal Sabri, secrétaire général de l’Association de la pêche côtière de Casablanca, 120 unités est un chiffre qui lui semble énorme. Selon lui, «un bateau européen a la capacité de pêche de 5 bateaux marocains. Il est équipé de système de réfrigération à bord, ce qui lui permet d’effectuer des marées de 5 à 10 jours. Un bateau marocain ne dépasse pas les 3 jours en mer». Une donnée qui déplaît aux armateurs marocains de la pêche côtière (principal segment visé), dont la plupart voudraient retirer leurs bateaux (une centaine), moyennant des indemnités, ainsi que l'estime Abdelfetah Zine, directeur de la Chambre des pêches maritimes d’Agadir. En effet, dans une situation d’essoufflement des espèces qui ne concerne pas que les céphalopodes, les professionnels estiment qu’il n’y a pas assez de poisson pour tout le monde. Tel est le cas des anchois, le merlu noir et même la sardine dont le stock C représente plus de 800.000 tonnes de sardines. Ainsi, face à 100 ou 120 bateaux européens qui viendront pêcher dans les eaux marocaines, les 2.000 bateaux côtiers que compte le Royaume se sentent menacés. Les seuls qui se sentent à l’abri sont les professionnels de la pêche hauturière qui se gardent aujourd’hui de toute critique à l’adresse des négociateurs marocains. Leurs bateaux qui pêchent les céphalopodes et la crevette ont été exclus, d’entrée de jeu, de l’ordre du jour des négociations. Les mécontents, surtout les professionnels de la palangre, une pêcherie sélective et à haute valeur ajoutée, craignent les Portugais qui maîtrisent la pêche du sabre. «Si les Portugais débarquent leurs prises chez eux, ils vont tuer ce type de pêcherie dans le nord du pays», souligne Zine. Dans un communiqué, la Chambre des Pêches maritimes d’Agadir dénonce «un accord réalisé au détriment des armateurs marocains dont certains sont disposés à quitter la flotte». Il y est clairement dit que «si dans le cadre du précédent accord 150 palangriers communautaires pêchaient dans les eaux marocaines, il est important de souligner qu’au moins 80 bateaux sur les 150 opèrent depuis l’expiration de l’accord sous forme de sociétés mixtes déguisées et gérées principalement par des Espagnols et des Portugais». Ces sociétés ont bénéficié, selon la même source, des indemnités de sortie de flotte de l’UE et créent une concurrence déloyale aux palangriers nationaux. Aujourd’hui, une dizaine de ces bateaux est à l’arrêt au port d’Agadir pour exploitation déficitaire. Le tableau que les professionnels dressent est on ne peut plus sombre. On leur reprocherait pourtant de ne pas avoir tiré les leçons du dernier accord (1996 et 1999). La contrepartie financière déboursée par l’UE, et qui était de 125 millions de dollars par an, n’aura-t-elle servi à rien? Pourquoi les professionnels marocains ne se sont pas mis à niveau entre-temps pour éviter d’être aussi vulnérables devant une centaine de bateaux européens? Ils ont réponse à tout. Pour eux, et contrairement à ce qu’affirme le ministère de tutelle, «après le départ de la flotte européenne en 1999, la valeur des exportations des produits de la mer a augmenté. Selon les chiffres de la Chambre d’Agadir, elle est passée de 660 millions de dollars en 1999 à 1,1 milliard de dollars un an après. Ce qui laisse entendre que la flotte européenne bloquait leur essor. Et rebelote.


Le pied marin

Avant que les négociations commencent, il y avait en Europe un débat public sur l’accord. Le Parlement européen en a dessiné les contours. Ce qui n’était pas le cas au Maroc. Les professionnels disent avoir été sciemment écartés des négociations. «Nous n’aurions pas encore atteint la maturité qui nous permet d’être partie prenante dans la conception d’un accord», ironise un professionnel. D’autres ne prennent pas si mal ce nouvel accord. Dans tous les cas de figure, il permettra d’avoir une meilleure idée sur l’état de la ressource. Mais s’il s’avère que cette dernière n’est pas en état d’essoufflement, le débat basculera sur la capacité des nationaux à bien tirer profit de leur poisson. «Nous saurons une fois pour toutes si nous avons vraiment le pied marin ou si nous avons encore à apprendre des Européens», estime un professionnel. Mostafa BENTAK

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