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Culture

Liban, un pays sans tête
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2661 Le 28/11/2007 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004 Pauvre Liban, entend-on parfois; riche Liban, devrait-on dire, riche de ses habitants inventifs et talentueux, riche de leurs différences! Dix-huit communautés s’y disputent un espace restreint qu’elles irriguent de leurs cultures respectives. Le Liban, berceau de l’écriture, est un carrefour de civilisations, au contact des trois religions révélées. Intermédiaire entre l’Orient et l’Occident, peuplé de navigateurs et d’aventuriers, d’entrepreneurs et d’écrivains, ce pays est un monde à lui seul. Ses élites ont essaimé partout, de l’Europe aux Amériques en passant par l’Afrique. Là ou ailleurs, ils réussissent souvent, font fortune avant de revenir au pays, à moins qu’ils ne s’enracinent, jusqu’à tenir des postes éminents, politiques, industriels, culturels. Pays de tolérance et d’échanges, le Liban a aussi connu ce dernier demi-siècle la guerre civile, les guerres étrangères, un siège épique, des bombardements brutaux et dévastateurs. Aujourd’hui, le Liban ne parvient pas à élire son président ni à faire en sorte que son gouvernement gouverne. D’un côté, l’opposition exige d’avoir son quota de portefeuilles ministériels, une curieuse manière de concevoir la démocratie parlementaire, de l’autre, l’élection du futur président est impossible faute, pour les deux tiers des députés, de s’entendre sur un candidat d’union.Est-ce si grave? Le Liban a rarement été gouverné. Ses présidents ont peu de pouvoir. Le gouvernement est un théâtre d’ombres dont les acteurs répètent indéfiniment les mêmes répliques au sens desquelles ils ne croient plus depuis longtemps. Cela n’empêche pas les Libanais d’avoir peur. Ils stockent de la nourriture, quittent la ville pour se réfugier à la montagne, partent en voyage s’ils en ont les moyens. Beyrouth, le soir, est quasi désert. Chacun se hâte de rentrer chez soi. Le pire, pourtant, n’est pas certain. . Un président pour quoi faire?Certes, chacun des camps se prépare. Le Mouvement du fils Hariri entraîne ses hommes, les envoie suivre des stages de formation militaire en Egypte ou en Jordanie, acquiert canons sans recul, mortiers de tous calibres, mitrailleuses lourdes. Les chrétiens des Forces libanaises fourbissent leurs fusils d’assaut, soigneusement stockés, jamais rendus. Le Hezbollah ne cesse de se renforcer. Venus de Syrie ou y transitant en toute sécurité, des camions chargés d’armes et de munitions se jouent de douaniers libanais prompts sur ordre à fermer les yeux. Les cadres de la milice chiite vont se perfectionner en Syrie ou en Iran. Riyad finance ses amis, Téhéran les siens. Des instructeurs venus d’ailleurs peaufinent, au Liban même, la formation tactique des uns et des autres. Au Sud, la Finul dresse un barrage symbolique entre l’armée israélienne, plus apte à détruire des infrastructures non défendues qu’à affronter des miliciens chiites, réputés tenaces. Le Hezbollah semble de nouveau prêt à la bataille contre Israël. Alors la guerre? Probablement pas! Ni internationale, ni civile. L’Iran a d’autres soucis, spécialement nucléaires, pour s’en aller déclencher une nouvelle guerre par procuration contre l’Etat hébreu. Les Libanais redoutent comme la peste un retour de la guerre civile. Damas n’y trouverait pas son compte. La Syrie veut voir les Libanais travailler, non s’entretuer. Pour elle, le Liban est un eldorado. Toute marchandise débarquée aux ports de Saida, Beyrouth, Tripoli… doit redevance au trésor damascène, comme si elle avait transité via un port ou un aéroport syrien. Les entreprises libanaises, les commerçants, les artisans, d’une manière ou d’une autre, tous payent leur dîme au puissant voisin. Celui-ci vit mieux en exploitant un Liban, même appauvri. Pas de gouvernement ni de président à Beyrouth? Qu’est-ce que cela change? Au Liban, depuis des décennies, pas un haut fonctionnaire n’est nommé ou muté sans l’aval de Damas, pas un officier supérieur n’est promu sans l’accord de la présidence syrienne. La Syrie gérera encore plus facilement son protectorat s’il est privé d’un président potiche. L’application des oukases damascènes se fera sans détours inutiles. L’administration, l’armée, les forces de sécurité intérieures, obéiront aux ordres. Le moyen de faire autrement? Les Libanais savent trop le sort réservé aux récalcitrants, exécutés sans pitié, en commençant par le haut. Depuis un quart de siècle, deux présidents de la République, peu désireux de se soumettre au maître damasquin, ont été assassinés(1), à l’instar de Hariri, l’ancien Premier ministre. Afin de réduire la majorité parlementaire, réputée anti-syrienne, quatre députés ont été exécutés depuis trois ans. Ils sont encore 68 sur 128. Pour demeurer en vie et pouvoir voter, des dizaines d’entre eux vivent reclus dans un hôtel fortifié. Pour inciter les Libanais à s’entendre, des émissaires saoudiens ont distribué des prébendes à Beyrouth, le roi de Jordanie a pris le chemin de Damas, les Etats-Unis, l’Espagne, la France surtout, sont intervenus. Vaines démarches! Ni Washington, ni Riyad, ni Paris ne sont capables de garantir la vie de leurs amis.Pas de président au Liban? La belle affaire! Les Phéniciens sont comme la mer, les siècles ne sont rien pour eux. Tout pourrait bientôt s’apaiser, un président surgir, le centre-ville rouvrir, le tourisme reprendre, et les affaires avec. On parle d’élire le général Michel Sleiman, commandant de l’armée, auréolé de sa victoire de Nahr el Bared contre les islamistes du Fatah al Islam. Il est populaire sans jamais avoir mécontenté Damas ni passé pour un collaborateur. Bel équilibre!Il est des raisons d’espérer un retour des jours en apparence heureux, sous contrôle d’une dictature où l’assassinat politique demeure un procédé ordinaire de gouvernement. Quant à l’indépendance dont ils ont fêté jeudi l’anniversaire de la proclamation, les Libanais devront encore attendre pour la voir se concrétiser.-----------------------------------------------------------------(1) Béchir Gémayel, le 14 septembre 1982, René Moawad, le 22 novembre 1989.


Lu sur le site de l’Armée libanaise(*)

«-Les forces de l’armée ont arrêté, entre le 20/10/2007 et le 11/11/2007, 175 personnes pour avoir conduit des voitures sans papiers.- Certains médias transmettent des propos qui cherchent délibérément à indiquer que le général Michel Sleiman serait candidat à la présidentielle. Le commandement de l’armée appelle à ne pas impliquer le général Sleiman dans le bazar politique.- La Direction des Renseignements a démantelé un réseau terroriste dont les membres surveillaient les mouvements de la Finul au Sud Liban; ils avaient placé sur la route Abbassiyeh-Tyr un engin de forte puissance qui n’a pas explosé pour des raisons techniques.»-------------------------------------------(*) En date du 26 novembre 2007

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