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Culture

On se battra pour le capital humain
Par le Pr Mohammed GERMOUNI

Par L'Economiste | Edition N°:2661 Le 28/11/2007 | Partager

A l’instar de la mobilité caractérisant aujourd’hui les capitaux matériel et financier, la formation des hommes, décideurs, cadres et chercheurs, s’inscrit à son tour de plus en plus rapidement dans une logique analogue. Attirer du potentiel intellectuel ou lutter contre l’émigration des jeunes qualifiés devient ainsi une nécessité économique pour nombre de régions dans le monde d’aujourd’hui.. Tout dans les écoles A long terme les gagnants de cette nouvelle compétition discrète, voire masquée, seront les pays disposant d’institutions d’enseignement répondant au standard international. Elles vantent le nombre, l’effectif de leurs étudiants, les formations dispensées, leurs campus pour étudiants, en offrant des diplômes mondialement reconnus et en utilisant, quelle que soit la région, l’anglais qui s’est imposé comme langue des affaires, de la recherche et de la technologie. Actuellement, les USA demeurent encore le leader incontesté en occupant les 50 premières places dans le palmarès des universités dans le monde, nonobstant les évènements de septembre 2001 à New York. Une baisse de 8% du flux d’étudiants suite aux restrictions faites aux étrangers avait été enregistrée au cours de la dernière période. Récemment les Américains ont réalisé l’importance également financière de la niche étudiants étrangers, estimée à quelque 14 milliards de dollars. Ils ont fait le choix de consolider la place de l’université Américaine sur le marché de la formation. L’enseignement supérieur tend à structurer une sorte de monde multipolaire. Selon le dernier rapport du Conseil américain de l’Education, ce sont près de 2,5 millions d’étudiants étrangers que certaines universités cherchent à attirer. La part revenant aux universités américaines serait passée du quart au cinquième à la fin de l’année 2004. Pour se rendre compte de l’intensité de la concurrence interuniversitaire, rappelons le fameux classement du London’s Time Higher Education et la controversée liste du Shanghai Jiatong. Ces travaux ont révélé que parmi les dix premières universités du monde, 8 étaient américaines et 2 basées en Angleterre. Mais l’élément nouveau est que sur les 200 universités classées en 2007 et intéressant quelque trente pays, celles de Pékin, de Singapour et de Tokyo figurent au nombre des 20 premières.La tendance est de plus en plus à des formations et à l’implantation de structures en international. C’est le cas par exemple de treize écoles supérieures privées indiennes ayant établi des liens avec des universités étrangères. La moitié des institutions d’enseignement supérieur du Royaume-Uni sont présentes en Chine notamment. L’Ensead (Paris) est actif à Singapour et à Tsinghua (Chine). Les universités du Massachusetts (USA), l’université de Chicago ou celle de Cornell ne manquent pas à l’appel sur le campus de Singapour. Avoir une présence à l’extérieur est devenue une nécessité. Les grands pays exportateurs d’étudiants étrangers comme les pays asiatiques sont devenus d’importants investisseurs en éducation chez eux pour limiter la fuite des cerveaux. Ainsi, la Chine projette de porter prochainement la dotation consacrée à l’enseignement supérieur de 0,5% à 4% du PNB! La Malaisie pourrait devenir une sorte de plaque tournante universitaire internationale, un «hub» accueillant actuellement près de cent mille étudiants étrangers, et le double dans quelques années! Dans la plupart des pays asiatiques les enseignements dans le supérieur sont de plus en plus dispensés en langue anglaise, favorisant en particulier les universités des USA et celles de la Grande-Bretagne. Dans le même ordre d’idées, en vue d’exercer une attraction sur les professeurs qui font la réputation des établissements, les écoles supérieures de Singapour par exemple versent des salaires du même niveau qu’aux USA, soit quelque 180.000 dollars par an (1,5 million de DH!)En attendant, l’Afrique, le Proche-Orient donnent encore l’impression de ne pas être concernés par ce mouvement de fonds mondial.


Formation et innovation

La relation formation- innovation est avérée. Aucune recherche scientifique et appliquée ne peuvent se concevoir en dehors d’une base constituée de chercheurs formés. De par le monde, la plupart des leaders ont réalisé que l’adaptation permanente de la robustesse de l’économie et sa puissance résident dans le rôle catalyseur de la formation. L’université américaine ayant démontré des capacités certaines dans divers domaines d’une formation de qualité, sont devenue avec le temps la référence et le modèle copié ici ou là, intégrant dans une même enceinte enseignement et recherche. Cette prééminence de fait semble être de plus en plus battue en brèche, par exemple en matière de formation d’ingénieurs ou de spécialistes des technologies nouvelles. Elle est également remise en question dans des domaines aussi sensibles des découvertes scientifiques, des innovations et de l’exploration par exemple selon le président de l’Université de l’Arizona, Michael M. Crow.


Ce que capital humain veut dire

 

Aux origines, la théorie moderne du capital humain est redevable aux professeurs américains Théodore W. Schultz, Jacob Mince et Gary Becker, dans les années 1960-1970. On entend par capital humain le stock des capacités humaines économiquement productives. L’essentiel de la recherche a concerné la demande d’éducation et la liaison entre formation et croissance économique. L’hypothèse centrale est que l’éducation augmente la productivité de celui qui la reçoit. Comme un investissement dans l’homme, celui-ci est accepté comme un support possible d’un capital. Déjà Alfred Marshall, puis Irving Fisher avaient admis qu’on assimile l’homme à un capital mais ont jugé infructueuse l’analyse appliquée à cette notion, vu le caractère non encore marchand des activités de formation. La nouvelle analyse, prenant en compte l’évolution de l’économie et des techniques, va marquer le passage de la dichotomie traditionnelle Travail/Capital, distincts à la trilogie «Travail non qualifié-Capital humain et Capital matériel». L’avancée va renouveler la théorie moderne de la répartition en donnant une explication simple des différents gains observés entre les travailleurs, ce qui était difficile dans l’hypothèse classique de l’homogénéité du facteur travail.


Evolutions ahurissantes

 

Les récentes évolutions en Chine et en Inde sont particulièrement ahurissantes. La population universitaire chinoise est passée de 2 à 20% de la classe d’âge concernée en une génération. L’Inde a prévu de dépenser 1 milliard de dollars pour redonner vie à Nalanda, la plus ancienne université du pays. Les responsables européens ont à leur tour pris la mesure du défi, car en cas de non-modernisation et le risque d’être dépassés. Des efforts réels de standardisation des diplômes y sont menés dans une perspective d’unification et pour leur donner un cachet international, suite au programme décidé à Bologne. Quelque chose d’inimaginable encore il y a quelques années, car de vénérables et prestigieuses institutions universitaires se sont ainsi mises à lancer des campagnes internationales pour recruter à l’étranger. Mondialement connues, avec des fonds de réserve importants, ces universités peuvent ainsi s’offrir les services des enseignants de haut niveau et de disposer des meilleurs laboratoires. Ainsi, une université comme Harvard disposerait actuellement des ressources évaluées à 28 milliards de dollars soit autant que celles de toutes les universités anglaises réunies, allant jusqu’à permettre la gratuité aux bons étudiants dont le revenu familial est inférieur à 60.000 dollars (500.000 DH)!Cependant, de l’avis du recteur de l’université de New York, l’Amérique et l’Europe seraient en train de perdre leur position de monopole pour les diplômes prestigieux, supplantés par des centres universitaires de qualité d’Australie, du Canada, de Russie ou de Hong Kong. Certains observateurs n’excluent pas un nouveau type d’échange d’étudiants à venir, des étudiants américains fréquentant Pékin et plus d’étudiants chinois attirés par Boston ou Berkeley.


Du marketing pour vendre les formations

 

Le gouvernement américain mène une vaste campagne auprès des étudiants chinois pour les attirer dans ses écoles. Depuis le début de l’année, quelque 180 jeunes de Chine auraient vu les messages vidéo mentionnant «l’Amérique aime les étudiants chinois». Il s’agit là d’une des premières campagnes marketing initiée par le gouvernement d’un grand pays destiné à attirer les meilleurs jeunes vivant et étudiant dans les pays émergents d’Asie, selon Frank Lavin, ministre américain en charge du Commerce international.Cette campagne s’inscrit dans le cadre de la nouvelle compétition qui concerne cette fois-ci le renforcement du capital humain dont les tendances se dessinent. La Chine et l’Inde, pour prendre deux pays représentatifs de l’évolution en cours, engagent d’importants investissements dans les infrastructures d’enseignement supérieur, tout en se préoccupant de l’amélioration de la qualité du système. Si l’Europe est en voie d’unification des cursus et des diplômes, les autres régions du monde essaient de créer ou de développer des universités privées qui n’existaient pas auparavant.La progression presque exponentielle du nombre d’étudiants stimule universités et pays à attirer cette population jeune, formée et solvable, tant pour des raisons économiques qu’intellectuelles. L’école et l’université à financement public ont enregistré dans les régions en développement un recul, quand ce n’est pas tout simplement un échec, rendant ces étudiants étrangers payants fort recherchés par des structures étrangères.

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