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    Liban, le spectre de la guerre civile
    Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

    Par L'Economiste | Edition N°:2411 Le 29/11/2006 | Partager

    Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004 (Ph. Cherkaoui)Un an après l’assassinat du journaliste libanais anti-syrien Gébran Tuéni, celui de Pierre Gemayel, le 21 novembre, suscite une intense inquiétude. Ce forfait est le cinquième du genre depuis la disparition, le 12 février 2005, de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri et de ses huit compagnons, victimes de l’explosion d’une voiture piégée. Ce tragique attentat avait eu au moins deux mérites: il avait conduit les Libanais à surmonter un moment leurs divisions, il avait poussé les amis du Cèdre à manifester concrètement leur réprobation. D’où le départ du Liban de l’armée syrienne qui n’avait rien à y faire, dernier avatar d’un colonialisme éculé, pire encore qu’au temps du mandat, avec son lourd cortège d’exactions en tous genres. Ce dernier crime, hélas, n’est porteur d’aucune espérance. Au contraire, les Libanais ressentent douloureusement leur isolement international, synonyme pour eux d’impuissance, ils savent combien ce qui émeut le Moyen-Orient a chez eux de dramatiques répercussions; ils craignent plus que tout le retour d’affrontements armés fratricides dont ils ont éprouvé trop longtemps les catastrophiques effets.L’isolement du Liban est implacable. Dès que les choses vont mal, les Etats se récusent. Washington a permis cet été à Israël de saccager le pays sans lever le petit doigt ni rien faire pour empêcher Tsahal d’appliquer ses schémas guerriers inefficaces mais destructeurs. L’Italie songe à retirer ses troupes de la Finul à peine le Hezbollah fait mine de se montrer agressif. Même la France, «douce mère» des Libanais depuis huit siècles, ne parvient pas à interdire leur espace aérien à l’aviation israélienne, faute d’avoir pu ou su imposer au Conseil de sécurité et aussi aux Libanais eux-mêmes, une force aérienne de dissuasion qui aurait pu être stationnée à Beyrouth. Il est vrai que le Liban est profondément divisé. Sa géographie est le fait de la puissance mandataire. Comme le Mont-Liban était décidément trop étroit pour en faire un Etat viable, Paris avait décidé en 1919 de prélever sur la Syrie, son autre mandat, les territoires correspondant au nord-Liban avec Tripoli, au Sud-Liban, et pour faire bonne mesure, à la riche plaine de la Bekaa. D’où un double résultat: 1) la Syrie n’a jamais reconnu le Liban dans ses frontières actuelles; 2) seuls se sentent vraiment libanais les ressortissants historiques du Mont-Liban, chrétiens, druzes, sunnites. Après avoir été longtemps rivales et s’être durement combattues, ces trois communautés se retrouvent, aujourd’hui, à peu près unies contre le frère ennemi syrien et son délégué au pays du Cèdre, les chiites du Hezbollah. Reste que ces derniers n’ont pas tous les torts. Depuis l’Indépendance en 1943, la population chiite, pauvre, déshéritée, souvent désespérée, a toujours été négligée par le pouvoir. Le Liban a payé cher le prix de son insouciance, de sa corruption, de ses pratiques économiques du type «laisser faire, laisser passer», qui glorifie la réussite individuelle et réduit l’Etat, qui n’en peut mais, à jouer les utilités. . Guerre par procuration Divisé, isolé, le Liban est impuissant. D’ordinaire, en démocratie, les soucis politiques sont surtout intérieurs. Au Liban, c’est l’inverse. Pas un Libanais qui ne redoute les effets, souvent sanglants, de tout ce qui émeut le Moyen-Orient. Des Etats-Unis à l’Iran, les Etats concernés par l’évolution de la région, pour une raison ou pour une autre -pétrole, existence d’Israël, question palestinienne, oppositions religieuses, fiasco irakien- trouvent au Liban le champ de bataille par procuration idéal pour y régler leurs querelles. Qu’un ancien premier ministre libanais soit assassiné, et l’ONU se charge de créer un tribunal international, et la Syrie entend empêcher les Libanais, par le biais d’assassinats ciblés, d’y consentir. Pour affirmer sa force et son hostilité à l’encontre d’Israël et des Etats-Unis, l’Iran choisit de lancer les miliciens du Hezbollah à l’assaut d’Israël, ce qui lui épargne bien des inconvénients politiques et stratégiques inhérents à une éventuelle agression directe contre les satans hébreux et yankee. Cette guerre par procuration de l’été 2006 a laissé Israël politiquement amoindri, un temps paralysé par ses propres divisions. Sûr de l’impunité, Damas en profite pour recommencer à assassiner ses opposants. Comme au même moment, les Etats-Unis, à la recherche désespérée d’une stratégie de sortie en Irak, font les yeux doux au régime damascène pour qu’il veuille bien fermer sa frontière aux combattants du Jihad en route pour Bagdad, rarement la Syrie n’avait disposé d’une aussi grande liberté d’action. Le Liban craint d’en faire les frais dans la mesure où Damas n’a jamais renoncé à son rêve libanais. Agressé par ses ennemis, mal défendu par ses amis, trahi par les Etats-Unis, le Liban en est réduit à se recroqueviller sur lui-même en attendant l’explosion, redoutée comme jamais depuis 15 ans. De nouvelles milices se constituent. Les organisations sunnites envoient en Jordanie, en Egypte, en Arabie saoudite, des centaines de jeunes gens pour y recevoir une formation militaire. Damas aide le Hezbollah à reconstituer ses forces éprouvées dans les combats de l’été dernier. Des dizaines d’officiers et de sous-officiers syriens en civil sont au Liban pour y encadrer des unités chiites, aux effectifs gonflés par 2.500 militaires du rang venus également de Syrie. De Gaulle aimait à dire que les grands peuples n’ont pas d’amis; le Général aurait pu ajouter: «les petits non plus». Face aux orages non désirés qui se lèvent à l’horizon, le Liban, ce baromètre du Moyen-Orient, est seul au monde!


    « Syrie-Liban, intégration régionale ou dilution»(1), une autre manière de voir les choses!

    «Un même peuple, deux Etats», affirmait Hafez al-Assad, mais n’avait-il pas plutôt en tête la phrase de Deng Xiao Ping à propos de Hong-Kong et de la Chine populaire : «Un Etat, deux systèmes» ? Car le libéralisme économique du Liban est pour la Syrie ba’athiste une soupape de sécurité indispensable au maintien d’un certain ordre à Damas. La mise sous tutelle du Liban par la Syrie a été un puissant facteur d’intégration des deux espaces, confinant à la dilution des structures libanaises dans celles de son voisin. Le départ de l’armée syrienne n’interrompt nullement le processus, il lui retire seulement son caractère institutionnel. Car tant sur les plans politique, économique que démographique, le Liban ressemble de plus en plus à la Syrie. Les discours nationalistes et anti-syriens de ces derniers mois, la défense de l’identité «phénicienne» par opposition aux «Arabes» envahisseurs de l’intérieur, ne doivent pas masquer les relations profondes entre ces deux peuples, qui plongent leurs racines dans une histoire commune. ------------------------------------------------------------------------------------------(1) Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée, Fabien Balande, mars 2005.

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