×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Culture

Liban, l’explosion de l’armée?
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2676 Le 19/12/2007 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004Le Liban est un paradoxe: minuscule, sans pétrole, sans chef d’Etat, handicapé par l’existence d’une puissante milice armée, affligé d’un «protecteur» assassin, il n’en suscite pas moins l’intérêt d’une bonne partie du monde. Comme le pays est situé au cœur des émotions moyen-orientales, les vibrations émises par cette caisse de résonance méritent analyse. Au Liban, quand retentissent les tambours de guerre, les chancelleries retiennent leur souffle. Elles ont raison!L’attentat perpétré à Baabda(1), au sud de Beyrouth, le 12 décembre, contre le général François el-Hajj, chef des opérations de l’armée, paraît lié à deux phénomènes non étrangers l’un à l’autre, la radicalisation du Hezbollah, une rupture profonde au sein de l’armée libanaise. Comme il est d’usage, l’assassinat du général a d’abord été imputé à divers auteurs. Pour la majorité parlementaire, le coupable, cela va de soi, est la Syrie, pour Damas, c’est Israël, pour d’autres, c’est Al Qaida! A l’étranger, on est plus mesuré. Washington doute. La culpabilité syrienne ne lui semble pas évidente. Perplexe, le président français s’est contenté de mettre en garde les Libanais contre les dangers de leur indécision. Cette hésitation se comprend. La situation s’est récemment compliquée. Premier problème, le Hezbollah est sommé par l’Iran de manifester plus d’ambition et de se montrer plus entreprenant encore. Deux quotidiens, l’un arabe, Asharq Al-Awsat, publié à Londres, l’autre, israélien, le Maariv, citant l’un et l’autre des sources proches des Gardiens de la révolution iranienne, ont annoncé la semaine dernière la rétrogradation du chef charismatique du Hezbollah, Hassan Nasrallah, remplacé par son adjoint Naim Qassim. Ainsi en aurait décidé l’ayatollah Ali Khameini. Le Hezbollah a démenti. Restent les faits. L’Iran n’a pas apprécié le comportement de Nasrallah, jugé trop peu agressif lors de la guerre contre Israël, trop porté au compromis dans ses rapports avec les partis libanais, trop volontiers proche de Damas. Aussi l’Iran lui a-t-il enjoint il y a quelque temps de se cacher pour assurer sa sécurité. Du coup, le leader du Parti de Dieu n’assiste plus aux réunions et ne peut plus communiquer avec les autres membres du mouvement que par l’intermédiaire du chef de la sécurité, Wafiq Safa. Ne laissant à Nasrallah qu’un rôle purement symbolique, l’Iran restructure le Hezbollah au moyen de cadres sûrs, avec deux objectifs: préparation active à la prochaine guerre contre Israël, mise en œuvre des dispositions nécessaires pour assurer au mouvement chiite la prépondérance dans le débat politique intérieur. Deuxième problème, l’armée libanaise est l’objet ces jours-ci de graves rumeurs, tout à fait vraisemblables. Le Hezbollah se serait inquiété de voir élu à la tête de l’Etat, l’actuel commandant de l’armée, le général Michel Sleimane, auquel serait prêtée l’intention de vouloir désarmer la milice chiite. Le parti de Dieu aurait donc approché son successeur annoncé, le général el-Hajj, qui lui aurait donné tous apaisements à cet égard. Proche du général Aoun, l’allié conjoncturel du Hezbollah, François el-Hajj, serait même allé jusqu’à accepter de soumettre à l’approbation du mouvement pro-iranien les futures nominations aux postes sensibles, renseignement, sécurité publique, contre-espionnage… Son assassinat, dans une zone étroitement contrôlée par l’armée, serait le fait d’officiers proches de la majorité parlementaire, farouchement déterminés à faire enfin respecter l’indépendance du Liban et, pour ce faire, à contrer brutalement l’influence grandissante du Hezbollah au sein de l’armée. Celle-ci, depuis l’indépendance en 1943 et par la grâce de la France, puissance mandataire, est dominée par les chrétiens maronites, bien décidés à défendre leurs positions. A eux, en effet, le commandement en chef, la direction des renseignements, celle des opérations. Cependant, depuis l’irruption de la Syrie au Liban en juin 1976, les chiites sont de mieux en mieux représentés au sein de l’état-major où, tout en agissant au profit de leur communauté, ils obéissent aux instructions de Damas et de Téhéran. Lors de la guerre contre Israël en 2006, le soutien des militaires libanais, en matière de renseignement et d’appui logistique, n’a pas manqué au Hezbollah. Au Sud Liban, les formations présentes ferment volontiers les yeux devant les travaux menés par la milice chiite. C’est une idée reçue de croire l’armée libanaise unie comme les doigts de la main. A l’instar du pays, cette institution est aujourd’hui grossièrement divisée en deux. On trouve, d’un côté, les Libanais historiques, sunnites, druzes, chrétiens, de l’autre «la pièce rapportée» imprudemment ajoutée par la puissance mandataire pour constituer le «Grand Liban» en 1920, les chiites. Ceux-ci, largement majoritaires au Sud et à l’Est du pays, ont de plus été rejoints, pour des raisons électorales, par les partisans chrétiens du général Aoun. L’avenir immédiat du Liban apparaît pour le moins incertain. Avec une armée divisée et un président enfin élu, éventuellement déterminé à dissoudre la milice du Hezbollah, le décor serait en place pour de futurs affrontements.Le pire n’est pas toujours sûr. On s’en rapprocherait pourtant beaucoup, s’il devait se confirmer que l’assassinat du général al-Hajj a bien été le fait de ses commensaux et si les oppositions internes à l’armée devaient se manifester ouvertement et par la force des armes. La crise, alors, ne demeurerait pas longtemps confinée au territoire exigu de la montagne libanaise et ses acteurs, y compris extérieurs, seraient nombreux.


Hassan Nasrallah, un révolutionnaire (trop) modéré

Le 7 avril 2007, Le Monde Diplomatique publiait une interview du leader du Hezbollah par Alain Gresh:- Sur la situation au Liban: «Les risques de guerre civile existent bien au Liban, mais le Hezbollah fera tout ce qu’il faut pour l’éviter… Notre objectif n’est pas une république islamique. Celle-ci, pour être instaurée, doit être demandée par une immense majorité de la population. Or ce n’est pas le cas au Liban : non seulement il y a des minorités chrétiennes qui la refusent, mais même certains musulmans ne sont pas convaincus. Nous voulons un Liban dont le destin ne soit pas fixé par une, deux ou même trois confessions, mais par toutes les confessions».- Sur la milice du Hezbollah: «Nos armes ne sont pas destinées au combat intérieur… elles servent à résister à l’ennemi extérieur israélien».- Sur les relations avec l’Iran: «Tout ce que nous avons toujours fait était au service du Liban et l’on peut même dire que nous avons utilisé l’Iran au profit du Liban, jamais le contraire. L’Iran a une stratégie d’Etat et des obligations d’Etat qui ne sont pas forcément les nôtres. L’Iran a des relations avec la Libye, nous y sommes hostiles, tant que la lumière n’aura pas été faite sur la disparition dans ce pays en 1998 de notre imam Moussa Sadr».- Sur les Palestiniens: «Le problème palestinien est l’affaire des Palestiniens. Notre responsabilité première concerne les Libanais, leurs territoires occupés, pas la Palestine…».------------------------------------------------------------------------------(1) Cette zone, siège en particulier du palais présidentiel et de l’état-major de l’armée, est peu urbanisée et tout spécialement protégée et sécurisée; on y trouve des résidences de qualité, plusieurs ambassades dont celle des Etats-Unis, des espaces verts. C’est tout sauf un coupe-gorge!

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc