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    Culture

    Les Reguibat: Des montagnes Jbala au Sahara…
    Par Mouna Hachim

    Par L'Economiste | Edition N°:3428 Le 21/12/2010 | Partager

    Après avoir consacré une chronique à la grande montée vers le Nord des tribus sahariennes depuis les règnes almohade et saâdien, il serait instructif à plusieurs égards d’effectuer le chemin en sens inverse et d’aller dans le sillage de ces tribus sahariennes qui font remonter leur origine à un ancêtre commun venu du nord du Royaume. Cette semaine, intéressons-nous donc aux Reguibat qui forment le plus grand groupement tribal de l’Ouest saharien, appelé d’ailleurs traditionnellement «Terre des Rgaybat». Nomadisant à travers les vastes étendues allant d’Oued Draâ à Nouadhibou et de l’océan Atlantique au Niger, majoritaires à Seguia Hamra et à Oued Dahab, les Rguibat sont également réputés à Guelmim, Tantan, Mhamid L’Ghozlane, Zagora, Ouarzazate, Agadir, Tiznit... Sans oublier leurs différentes empreintes à travers le Royaume où ils possèdent de nombreuses zaouïas et forment des fractions de tribus et noyaux d’agglomérations portant la dénomination de leurs innombrables branches.Concernant leur nom et leur généalogie, les Reguibat se rattachent à la filiation du grand Cheikh mystique, Sidi Ahmed dit Rguibi ou Ragueb. Une appellation qu’il devrait lui-même selon les différentes versions, soit à la localité de Rguiba (ou Ragba désignant au sens premier, le cou. Par extension, un promontoire, observatoire) soit du verbe arabe Raqaba (scruter) en référence à la particularité de l’ancêtre de sonder l’intériorité d’autrui. Né vers 1590, en un lieu appelé Kharaoui’, près d’Oued Draâ, il effectua vers 1610 une longue retraite spirituelle à Seguia Hamra et s’illustra par son ascèse, son savoir et ses qualités morales jusqu’à sa mort vers 1665 à Oued El-Habchi où il laisse son nom à une zaouïa renommée au sud de Tan Tan. Une forte croyance et bon nombre de documents rattachent sa famille aux Alami, de la lignée de Mohamed (dit Cheikh) fils aîné de Moulay Abd-es-Salam ben Mchich, grand pôle mystique, enterré au mont Allam dans les montagnes du pays Jbala. Sur l’origine de l’arrivée de ses ancêtres dans le Sud, l’on rapporte que son grand-père, Sidi Ahmed, qui avait vécu au XIVe siècle, aurait été le premier à s’établir d’abord au Tafilalet, en prenant comme épouse Fatima-Zahra, fille de Mohamed El-Fadil, avant de prendre la direction d’Oued Draâ dans la région de Mhamid L'Ghozlane. Enterré en ces lieux, il laisse un fils, de naissance posthume, appelé pour cette raison, Sidi Ahmed, comme son père. Elevé par ses oncles maternels dans la région d’Oued Draâ, celui-ci trouva la mort à Rguiba près de Tata et laissa un fils, pareillement de naissance posthume, le troisième du nom de Sidi Ahmed, le premier surnommé Rguibi. Ses descendants, dits Reguibat découlent des lignées de ses fils, Qassim, Ali, ‘Amer et Ibrahim qui se ramifièrent plus tard en deux principales branches: les Reguibat Cherq (fils de Qassem, dits aussi Qwassem) et les Reguibat Sahel (issus des lignées des trois autres frères, appelés ainsi en référence à leur terre de nomadisation s’étendant de l’Oued à l’Océan). Les traditions généalogiques ont l’habitude de classer ainsi leurs branches: A Qassem seraient rattachés les Bouihate, Foqra, Sellam, Jenha, Slalka, Hmidnate… De Ali seraient issus les Oulad Moussa, Souaâd, Mouedden... De ‘Amer découleraient les Oulad Cheikh, Thalate, Oulad Taleb... «Avec le temps, nous dit Antonio Gaudio, les liens de protection ou d’adoption finissaient par se confondre avec les liens de sang». Enrichis des mélanges avec d’autres groupes de populations (Sanhaja, Maâqil, Zénètes…), les Reguibat doublés de redoutables guerriers et de savants lettrés étendirent leurs terres de parcours, avant de subir la double occupation étrangère, espagnole pour les uns, française pour les autres, s’illustrant par leur résistance et leurs faits d’armes mémorables contre les occupants étrangers comme ils le firent au XVe siècle contre les Portugais.Parmi ces familles, évoquons le destin des Āl-Lebssir ainsi que leurs pérégrinations mystiques. Rattachés à la lignée de Sidi Ahmed Rguibi, précisément de la branche des Mouedden, un de leurs membres est Sidi Qassem (dit Gayssoum) homme vertueux de la fin du XVIIIe siècle inhumé à Seguia Hamra. De sa filiation provient le Cheikh Brahim Gayssoum fondateur vers 1830 au sein des Akhsass près de Tiznit d’une Zaouïa d’obédience Derqaouia, dite Āl Bassir.Non-voyant, appelé pour cela Bassir (Le "Clairvoyant" par euphémisme), Sidi Brahim y laissa quatre fils: Mohamed, Bella, Hassan et Mbarek successeur de son père en 1864 à la tête de la zaouïa. Le fils de ce dernier est Sidi Brahim Lebssir fondateur de plusieurs zaouïas à Marrakech (Rmila), chez les Rehamna (près de Ben Grir), à El-Brouj (chez les Béni Meskine), avant de prendre la direction du Haut-Atlas et de fonder sa fameuse zaouïa des Béni ‘Ayyat.En plus de leur piété et de leur érudition, les Bassir se démarquent pour leur résistance contre l’occupation étrangère que ce soit au Sahara, dans le Souss ou à Marrakech, Tadla, Meknès…Comment ne pas se remémorer alors la figure marquante de Mohamed Bassiri, fervent militant pour la libération du Sahara de la poigne espagnole et que le Polisario tente de récupérer en le présentant comme indépendantiste. Né dans la zaouïa familiale des Béni ‘Ayyat dans la province d’Azilal, formé au Maroc et dans les universités d’Orient jusqu’en 1966, il s’installe à Casablanca et y crée le journal "Achoumou’" dans lequel sont publiés plusieurs articles dédiés à l'histoire et à la culture du Sahara.En 1967, il s’établit à Smara où résidaient des branches familiales et dirigea à Laâyoune le 17 juin 1970 une grande manifestation nationaliste pacifique au quartier Zemla. Mais la répression de l’armée franquiste se fit féroce, se soldant par plusieurs morts et blessés, ainsi que par l’emprisonnement de centaines de militants dont Mohamed Bassiri qui disparut à tout jamais, quinze jours plus tard de prison, vraisemblablement torturé à mort, dans des circonstances non encore élucidées.Un livre entier ne suffirait pas pour décortiquer l’étendue des cognations des Reguibat à travers le vaste espace et la complexité des attaches. Citons juste pour l’exemple, entre autres tribus rguibies, les Bouihate dont découlent les Hayyoun, Ould Hanini, Ouali, Joumani… Leur nom générique de Bouihate, ils le tiennent de leur ancêtre commun, Bouih (diminutif du prénom Ibrahim) et le laissent à leur tour à plusieurs de leurs fractions établies aussi bien dans la région d’Essaouira (fraction d’Ifouloussen), de Rehamna (fraction d’Iggoute El-‘Arabe) dans le Haouz de Marrakech (fraction des Tekna), à Abda (chez les Oulad Zaïd) ou au nord de la Chaouia… Comment ne pas mentionner aussi les Foqra (pluriel de Faqir, adjectif référant à la pauvreté dans sa double acception matérielle et mystique, qualifiant les Chorfa dans le milieu rural) ainsi que leurs différentes branches comme les Sdadqa (les Véridiques) ou les Rami (les Archers)… Les Tahala laissent pareillement un ensemble de groupements notamment dans les régions d’Ammeln près de Tafraout et une fraction des Rehhala près de Taroudant… Il en est de même pour les ‘Ayaycha dont l’une des personnalités est le grand caïd des Abda du milieu du XIXe siècle, Ahmed ben Mohamed ben Hajj Ayyachi Rguibi Abdi ; tandis que d’une autre branche rguibie, est notoire à Ben Grir où il est inhumé, le saint homme, Sidi Ibrahim, dit Sidi El-Khalil.Un ensemble d’exemples qui illustrent à la fois l’impact de la sainteté dans le façonnement des organisations sociales, la force des liens de parenté cimentant la tribu ; ainsi qu’au-delà des descendances effectives, des brassages et des jeux des alliances, le sentiment vivace d’appartenance à un même corps...

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