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Les cuisines du monde

Par L'Economiste | Edition N°:243 Le 15/08/1996 | Partager


Dis-moi ce que tu manges je te dirai qui tu es. Il n'y a pas mieux que la cuisine pour refléter les modes de vie des hommes, si différents. Pourtant, les multinationales de l'agro-alimentaire et les géants du fast-food poussent à la globalisation des plats et des goûts. Une double tendance que reflète ce supplément du réseau World Media, constitué par 26 journaux dont L'Economiste.


Les bonnes têtes de moutons qui font saliver tant de gourmets à Fès ou Marrakech dégoûtent les gastronomes parisiens qui, eux, se délectent des pattes de grenouilles, et les raffinés Chinois si friands de serpent frit.

Et pourtant, rien ne ressemble plus à un estomac humain qu'un autre estomac humain. Partout et toujours, la nourriture n'a pour fonction première que de calmer la faim et de maintenir nos pauvres corps en vie, jusqu'au jour où ils serviront à nourrir les taupes et les termites.
En attendant, chaque individu défend son goût et chaque peuple sa cuisine, reflet de son sol, de son industrie, de sa culture.

C'est pourquoi le réseau World Media, qui regroupe à travers le monde 26 journaux indépendants et référence dans leur pays, a choisi de consacrer son supplément semestriel aux "cuisines du monde".

Ce thème, plus que les précédents comme "l'éducation" ou "le pouvoir", reflète la diversité des peuples qui résistent, ici plus qu'ailleurs, à la globalisation triomphante. Un Marocain, un Turque ou un Japonais, qui travaille sur un ordinateur américain et s'habille d'un costume italien, retrouve ses racines au dîner. La marmite est l'ultime bastion de l'identité. Au point où les mets adorés par les uns dégoûtent les autres. De nombreux exemples sont cités dans ce travail collectif. Et pourtant, les attaques pour standardiser l'alimentation, uniformiser le goût sont multiples. Le fast-food triomphe avec ses enseignes MacDo, Burger King ou Pizza Hut installées à Brodways, aux Champs Elysées, sur les bords du Nil à la barbe des Islamistes, et au coeur de Tel-Aviv sous le nez des Casheristes. Mais les marchands ambulants locaux de saucisses résistent partout. Ce combat sur "les nourritures de la rue" est évoqué dans ce supplément.

Les multinationales de l'agro-alimentaire y apportent leur grain de sel. Elles investissent des milliards de Dollars pour créer des bonbons pour tous les enfants du monde, des bouillons en cube pour toutes les ménagères, des cafés lyophilisés, des limonades Le plus grand succès universel, Coca-Cola investit aujourd'hui plus dans le marketing que dans la production. L'entreprise d'Atlanta tout comme les Nestlé, Unilever, Philip Moris adaptent leurs produits: moins de sucre dans ce soda, plus d'épices dans ce potage, et partout quelques spots très flatteurs pour les egos nationaux. Ainsi, sont conquis les esprits et les pensées.

Si elles innovent en lançant 22.000 produits sur les marché du monde chaque année, les grandes entreprises récupèrent "les grands mythes alimentaires", évoqués ici. Les très italiennes pâtes sont devenues un produit universel; elles nourrissent les pauvres qui ne peuvent se payer rien d'autre, les riches qui en ont fait un aliment snob, ceux qui veulent grossir et ceux qui veulent maigrir.

L'huile d'olive, "liquide d'or", s'envole avec ses cours mondiaux. Ce produit très méditerranéen, apprécié par Hercule, connaît une nouvelle gloire depuis que les Américains ont découvert ses vertus contre le cholestérole. Les pâtes, l'huile d'olive ont détrôné la viande dans l'imaginaire des consommateurs américains et européens, et bien avant que la vache ne devienne folle. La viande rouge cède le pas aux viandes blanches, poisson et poulet, réputés moins grasses, plus saines. Dans les pays pauvres, à l'élevage défaillant, la viande est restée chère, inaccessible aux populations pauvres, le mythe alimentaire par excellence, plein de forces, de vitalité et même de sexualité. Les sociologues interviewés ramènent cet amour de la chair à de vieilles habitudes cannibales. Il n'y a que l'Inde qui continue à snober le steak et le hamburger, pour des raisons religieuses.

A ce propos, les interdits religieux ont la peau dure. Le porc qui fait le bonheur des palais européens et chinois est banni du Monde musulman, qui se montre tolérant avec le whisky et la bière. Pour cause, en Egypte, la brasserie remonte à Néfertiti. Mais heureusement les religions ont des bons côtés: les jours de fête c'est partout les ripailles: couscous pour l'Aid Mouloud à Dakar, dinde et foie gras pour Noël pour commémorer la naissance du Christ dans le dénuement, copieuse Dafina pour Shabbat. Les jours de jeûnes sont passés à préparer les repas du soir plus qu'à prier le créateur de ces nourritures. D'ailleurs, les prêtres d'aujourd'hui sont les diététiciens et les grands chefs qui, du fond d'une province française, lancent, les uns la nouvelle cuisine, les autres une sauce bizarre, salée-sucrée, qui sera diffusée par une multinationale en tubes et petits pots. Bernard Loiseau et le cuisinier du roi Farouk nous donnent quelques conseils au passage, alors que deux chérubins délimitent par un "miam" et un "beurk" le bon goût vu de la poussette.

Ils sont exigents ces petits chérubins. Les mamans et Kellog's se plient en quatre pour les nourrir.

Un jour, ils öteront leur bavette et apprendront à se tenir et manger, non ce qu'ils aiment, mais ce que leurs hôtes leur servent. Surtout s'il s'agit d'un repas d'affaires avec un contrat comme dessert.

Continuons dans la subtilité. Aux écrivains, qui ne connaissent que les bons mots et les grands sentiments, il a été demandé de raconter des souvenir de plats, qu'ils dégustaient pendant leur enfance. C'est un hommage à "la petite madeleine" de Marcel Proust, qu'en croquant, il partit "A la recherche du temps perdu". Notre Tayeb Saddiki, natif de la région de l'arganier, se souvient, lui, des mules à l'huile d'olive, et une Sénégalaise d'une bataille sur un marché, pour un poisso écaillé.
Alors bon appétit pour toutes ces belles histoires. Elles sont très digestes.

Bon appétit!
Khalid BELYAZID

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