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    «Le microcrédit sera étendu à la campagne»Entretien avec Mohamed Mohattane,secrétaire d’Etat en charge du Développement rural

    Par L'Economiste | Edition N°:2080 Le 05/08/2005 | Partager

    Mohamed Mohattane, secrétaire d’Etat en charge du Développement rural, est très actif dans la préparation et la mise en œuvre de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH). Et pour cause, son département devra absorber le tiers de l’enveloppe consacrée à l’opération. En effet, sur les 10 milliards de DH nécessaires, 3,5 milliards iront aux projets pour le développement rural. . L’Economiste: Vous êtes impliqué dans la préparation de l’INDH. Quelle est la prochaine étape? - Mohamed Mohattane: Il convient d’abord de préciser que le secrétariat d’Etat pour le Développement rural est impliqué dans ce grand chantier de règne de par sa mission gouvernementale et la décision royale de mettre à niveau 350 communes rurales. Pour revenir à votre question, la prochaine étape de la mise en œuvre de l’INDH consiste en une campagne d’explication, de sensibilisation et de mobilisation en faveur, d’une part, des acteurs nationaux aux niveaux régional et provincial et, d’autre part, les bailleurs de fonds potentiellement susceptibles de s’engager dans cette initiative. . Est-ce que la liste définitive des communes et des quartiers périurbains bénéficiaires de l’INDH est-elle arrêtée?- Le nombre a été arrêté par SM le Roi dans son discours à la nation le 18 mai dernier. Il s’agit de 350 communes rurales et 260 quartiers à la périphérie des grands centres urbains et des anciennes médinas. Au niveau de la démarche d’identification, le ciblage des communes et des quartiers susceptibles d’être concernés par l’INDH est en cours d’élaboration par le comité de pilotage de la plate-forme du plan d’action dont le point focal est au niveau du ministère de l’Intérieur. Au cours du cycle des réunions interministérielles consacrées à la mise en œuvre de l’INDH et systématiquement présidées par le Premier ministre, le principe de la concertation n’est retenu qu’une fois la liste arrêtée et soumise à l’avis des instances concernées aux niveaux régional et provincial. En conséquence, des réajustements seraient donc opérés à partir des observations des élus et des autorités locales. En d’autres termes, il faut des remontées d’informations de la base vers le haut pour que le ciblage soit pertinent. . Avez-vous déterminé les enveloppes affectées aux différents secteurs?- Ce n’est pas une bonne démarche que de chercher à affecter des ressources a priori au pifomètre... Les affectations doivent se faire objectivement. Les projets à financer doivent être identifiés et sélectionnés sur la base de critères pertinents tant sur le plan de la faisabilité technique que celui de la viabilité économique. Dans le cadre de l’INDH, nous avons déjà commencé à parler en termes de programmes locaux de développement économique et social, qui seront formulés et préparés en concertation avec les experts et les communes concernés. Autrement dit, la démarche qui sera privilégiée par l’INDH sera de type «to bottom-top».. Des établissements publics ou des privés veulent participer à l’INDH. Comment peuvent-ils le faire? - Dans le discours, il y a eu un appel royal à l’adresse de toutes les bonnes volontés. Comme je l’ai dit, une campagne de sensibilisation, d’explication et de mobilisation sera menée. En conséquence, si des personnes morales ou physiques veulent s’engager dans ce nouvel élan de solidarité et ce chantier de règne pour le décollage économique et social du pays, elles seront les bienvenues. . Vous cherchez à étendre le microcrédit vers la campagne? Pourquoi?- Comme je l’ai rappelé à maintes reprises, deux tiers des pauvres au Maroc sont des ruraux. Un Marocain sur quatre est pauvre en milieu rural contre un sur dix en milieu ur bain. L’agriculture constitue la seule source de revenu pour 75% des pauvres en milieu rural. Autrement dit, la pauvreté est un phénomène éminemment rural et l’agriculture à elle seule n’arrive plus à «abriter la misère rurale» et à subvenir aux besoins de nos paysans des montagnes et des plaines. En d’autres termes, cela veut dire aussi que la lutte contre la misère, la marginalisation et l’exclusion qui sévissent dans le monde rural devra nécessairement passer par la promotion de l’investissement dans des activités alternatives ou complémentaires, à savoir notamment la création d’activités génératrices de revenu à l’amont et à l’aval de l’agriculture et dans d’autres activités non agricoles. A cet égard et à l’occasion de l’INDH, le microcrédit peut constituer un important levier pour la mise en œuvre de cet ensemble d’activités en milieu rural. Seulement, il se trouve à l’heure actuelle que le microcrédit est orienté pour l’essentiel au milieu urbain, une tendance qui peut s’expliquer par des contraintes objectives, matérielles et humaines qui pèsent sur les associations de microcrédit au Maroc. L’INDH peut aider à renverser la tendance et à mettre fin à ce paradoxe. . Les ressources humaines locales pour rendre l’INDH opérationnelle font défaut. Comment contourner cet obstacle?- En ce qui concerne notre département, nous pensons que le problème ne se pose pas. Il est possible et même souhaitable de mettre à contribution les centres de travaux qui sont, au niveau local, des relais par excellence pour notre département. Ils peuvent, à l’occasion de l’INDH et conformément à la politique de proximité prônée par SM le Roi tout à fait au début de son règne comme mode de gouvernance, servir de courroies de transmissions au niveau local de toutes les initiatives qui seront entreprises. Il suffit de donner un nouveau contenu aux missions de ces centres en fonction notamment des objectifs arrêtés dans le cadre de l’INDH. Ce sont un réservoir de compétences humaines et d’accumulation d’un savoir-faire de développement local vieux maintenant d’une quarantaine d’années. En somme, il s’agit de 122 centres ayant 3.017 agents opérant dans une zone d’action de 57 millions d’ha, qu’il serait opportun de transformer en structures multifonctionnelles et d’animation au service des tâches qui attendent l’INDH.. L’INDH a également besoin de la présence d’une société civile. Qu’en est-il dans le milieu rural?- Il est essentiel de souligner qu’au Maroc il existe un tissu associatif jeune, dense, dynamique et dévoué aussi bien en ville qu’à la campagne. C’est un levier qui mérite toute sa place dans le cadre de l’INDH, du moment qu’il a fait preuve sur le terrain de crédibilité, d’efficience et de souplesse. Permettez-moi à ce niveau d’annoncer que notre secrétariat d’Etat organise les 26-27 août 2005 à Meknès le premier forum des ONG pour le développement rural.


    Produits de terroir

    Pour implanter en masse le microcrédit en milieu rural, il est impératif de diversifier les activités génératrices de revenu (AGR) éligibles à cette formule de financement. L’agriculture familiale, les petites unités de transformation et de conditionnement des produits de terroir, l’artisanat rural et l’agro-tourisme sont autant de niches. Il sera également question d’adapter les conditions d’octroi du microcrédit et du remboursement des crédits aux spécificités du monde rural en tenant compte par exemple de la saisonnalité, des cycles de production et des périodes de récolte, précise Mohattane. A cela s’ajoute l’institutionnalisation de taux d’intérêt préférentiels eu égard aux spécificités de la pauvreté en milieu rural. Mohattane n’est pas contre l’autorisation des associations du microcrédit à faire la collecte de l’épargne tout en les aidant à disposer de plus de moyens financiers et matériels. Il propose également la création de structures intermédiaires de proximité entre les associations du microcrédit et les bénéficiaires, sous forme d’associations de microfinance de douar. A cet effet, les centres de travaux du ministère de l’Agriculture peuvent jouer un grand rôle, en servant notamment de guichet et de structures d’accueil en matière de microcrédit, en assurant l’information, en assistant les demandeurs à mieux préparer et formuler leurs projets, rappelle Mohattane.


    «Hors exploitation»

    Dans la répartition budgétaire des 10 milliards de DH, le secteur du développement rural est bien gâté puisqu’il absorbera le tiers de l’enveloppe. Avant d’attaquer les créneaux où il compte agir, Mohattane tient à rappeler que près de 5,686 millions de personnes, soit 43% de la population rurale, sont «hors exploitation» ou qui dispose d’un lopin de terre qui n’arrive plus à faire vivre les bouches qu’il devrait nourrir. Pour lui, «dans sa quasi-totalité, cette catégorie de la population rurale en voie d’appauvrissement joue à la roulette russe… en s’accrochant bec et ongles à la céréaliculture et cela sur une superficie de près de 5 millions d’hectares». Grâce à l’INDH, il est possible d’extraire à la misère une partie de cette population, en lui offrant des activités agricoles alternatives moins aléatoires que la céréaliculture et qui garantissent un revenu conséquent. D’ailleurs, dans le discours du 18 mai, le Souverain a mis l’accent sur la nécessité de créer des activités pérennes et génératrices durablement de revenu. L’INDH arrive à point nommé pour réconforter le programme du ministère de l’Agriculture et du Développement rural pour passer de 600.000 ha d’oliveraie actuellement à 1,4 million d’ha dans les 10 prochaines années. La valorisation et la commercialisation des produits de terroir est un autre créneau qui est éligible à l’esprit et à la philosophie de l’INDH. Le secrétariat d’Etat pour le Développement rural organise en ce moment, en collaboration avec la Fondation Mohamed V pour la Solidarité, la première foire nationale des produits de terroir dans l’aire de repos des Marocains résidents à l’étranger à Larache et cela durant la période estivale, du 22 juillet à fin août 2005. Pour lui, l’artisanat rural est également un autre créneau où l’INDH peut être mise à contribution pour la mise en œuvre d’activités créatrices d’emplois et génératrices de revenu. Le tapis rural marocain est une niche où le Maroc dispose d’avantages comparatifs à même de l’aider à se positionner par rapport au jeu mondial de la compétition et de la compétitivité. De même que le tourisme rural offre un autre gisement qui s’offre à l’INDH pour faire du monde rural un espace de prospérité au lieu d’être comme il l’est actuellement une source d’exode rural et de paupérisation absolue, souligne Mohattane, chiffres à l’appui: au Maroc, environ 150.000 touristes se dirigent vers le tourisme rural. En 2015, il est possible, sous certaines conditions, d’atteindre le niveau de 1,5 million de touristes. Au niveau mondial, il y a 70 millions de touristes qui préfèrent le tourisme vert au lieu du tourisme de masse comme le balnéaire. Aux Etats-Unis, pour ne citer que ce cas, 25 tours-opérateurs jouent le pari du tourisme rural à destination de l’Espagne. «Si le Maroc veut se positionner à ce créneau, il a beaucoup de défis à relever, notamment la préservation de certains sites à haute valeur ajoutée touristique, comme les lacs et les sources de grands fleuves au Maroc», indique Mohattane. Selon lui, l’INDH peut être saisi comme opportunité pour lancer des programmes du genre «lacs propres».Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

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