×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Economie

Le Maroc à la mode en Catalogne

Par L'Economiste | Edition N°:222 Le 21/03/1996 | Partager

De notre correspondante à Madrid, Pascale BOURGAUX

Les relations commerciales et industrielles avec le Maroc sont encouragées et efficacement appuyées par un organisme public, le COPCA, mis en place par le gouvernement catalan.


Les futures relations économiques, commerciales et financières entre l'Espagne et le Maroc sont l'objet de déclarations d'intentions contradictoires de la part du Parti Populaire, le vainqueur des élections du 3 mars (Cf article de la semaine dernière).
A Barcelone, loin des tensions politiques qui passionnent les Madrilènes, c'est une fois de plus le pragmatisme qui l'emporte.
Et la politique en faveur de l'économie productive, tant défendue par Jordi Pujol et le parti nationaliste modéré catalan aujourd'hui converti en la clé de la gouvernabilité de l'Espagne, pourrait très certainement influencer la politique économique du prochain gouvernement conservateur de José Maria Aznar. Rappelons qu'avec ses 16 députés, Convergence i Unio -le parti de Pujol- est devenu indispensable au Parti Populaire qui a été privé de la majorité absolue par les électeurs espagnols.
Les compétences en matières commerciales et industrielles ont permis à la Generalitat -le gouvernement catalan autonome- de mettre sur pied une série d'initiatives, tel le "Consorcium de Promotion Commerciale de Catalunya" (COPCA) qui a aujourd'hui fait largement ses preuves.

Le COPCA dans le monde

Le téléphone d'Albert Testart, responsable de l'Asie et l'Afrique de COPCA, ne cesse de sonner. Il ne passe pas de jour sans qu'une entreprise catalane ne demande des renseignements sur le Maroc: "le Maroc est incontestablement à la mode!", confie le spécialiste qui, outre ce travail quotidien d'information et d'assistance, assure, en collaboration avec son représentant à Casablanca, le suivi des exportations et de l'installation de 25 entreprises catalanes par an.
Créé en 1989 par la Generalitat -le gouvernement autonome de la Catalogne-, le COPCA a pour objectif d'aider les PME de 20 à 30 personnes, avec un chiffre d'affaires de 400 millions de Pesetas en moyenne, à exporter, voire s'installer hors des frontières d'Espagne. Le Consorcium compte aujourd'hui 33 bureaux de représentation dans le monde, dont celui du Maroc qui fut l'un des premiers, ainsi qu'une soixantaine d'employés au siège de Barcelone. Unique dans le pays -seule Valence a suivi l'exemple catalan mais n'en est qu'au début-, le Consorcium a pourtant fait ses preuves d'efficacité. Quelque 2.000 entreprises catalanes exportent régulièrement leurs produits vers le Maroc, principalement des produits finis et semi-finis métallurgiques, plastiques, ainsi que des biens d'équipement, outillages, machines et mobilier.

En 1994, la Catalogne a ainsi exporté vers le Maroc pour une valeur de 22.930 millions de Pesetas, soit environ un quart du total national (91.825 millions). Le Maroc est aussi le premier partenaire commercial des entreprises catalanes dans le Nord de l'Afrique, devant l'Algérie (20.196 millions), l'Egypte (14.484 millions) et la Tunisie (12.831 millions).
Ce n'est que trois ans après sa création que la section-Maroc du COPCA a connu un véritable "boum". "A partir de 1992-1993, les entreprises catalanes ont commencé à fortement s'intéresser au Maroc, les missions économiques se sont organisées avec plus de fréquences", explique Albert Testart, qui attribue le phénomène à plusieurs facteurs: "l'ouverture croissante du Maroc et la prise de conscience des entreprises catalanes de l'importance d'arriver les premières sur un marché en pleine croissance. A l'époque, aussi, la concurrence internationale était de plus en plus forte, les entreprises ont été contraintes de chercher de nouveaux marchés, la baisse des droits de douane marocains suite à l'accord du Gatt et les facilités offertes par le Maroc sont venus juste à point".
Pour les entreprises exportatrices, l'intérêt de la présence chez le voisin est évident: il s'agit de vendre des produits non fabriqués sur place et conquérir des parts de marchés dans les secteurs visés. "Il s'agit d'une première phase, ensuite les sociétés envisagent de s'installer", précise le responsable catalan.

Aujourd'hui, une quinzaine d'entreprises catalanes ont fait le pas d'investir au Maroc. C'est le cas de Rocca, qui fabrique des installations sanitaires, Indo des lunettes et Ayats des carrosseries d'autobus, ainsi qu'une série d'entreprises textiles. "Attention, explique Albert Testart, seulement dans le cas des entreprises textiles il s'agit de délocalisation, c'est-à-dire de sous-traitance à bon marché pour réexporter vers l'Europe ou ailleurs. Dans les autres exemples, le facteur main-d'uvre est secondaire, ce qui a prévalu, c'est l'intérêt pour les marchés locaux, du Maroc et du reste de l'Afrique du Nord!".
Parmi les autres facteurs décisifs pour l'installation des entrepreneurs catalans au Maroc figurent, selon l'expert, toute une série d'autres raisons: "le Maroc est le pays le plus stable de la région; il a un très bon réseau de routes et de bonnes communications avec l'Europe via les ports qui sont modernes. Les mécanismes financiers via les nombreuses banques espagnoles installées sur place permettent de garantir les payements. Le fait que des banques ainsi que des compagnies de transport espagnoles soient installées sur place est par ailleurs un excellent indicateur de la confiance progressive qui est investie au Maroc! Et enfin la langue française, proche du catalan!". Mais l'installation de l'autre côté de la Méditerranée comporte encore quelque embûches, selon le responsable de Barcelone, qui se fait l'écho de ses clients: "il persiste encore une certaine lenteur bureaucratique, notamment aux douanes, et dans certaines opérations financières et administratives. La main-d'oeuvre ouvrière manque de qualification, la formation doit souvent être prise en charge par les entreprises elles-mêmes. Ce n'est pas le cas par contre des cadres qui sont, eux, très bien préparés. Les prix des terrains restent élevés, comparativement à ceux de la construction qui, eux sont bon marché".

Mais selon Testart, la plus grande barrière à franchir est sans aucun doute culturelle: "Les Espagnols en général et les Catalans en particulier ont peu d'expérience de la vie et des affaires à l'étranger... Ils méconnaissent et donc ils ont encore peur. Dans le cas du Maroc, les questions qui reviennent le plus tournent autour de la menace islamiste et des préoccupations beaucoup plus quotidiennes, la nourriture et la chaleur... Une fois qu'ils y vont et apprennent à découvrir, ces "peurs" disparaissent!".
Quant à l'avenir, Testart est optimiste: "les échanges et les investissements catalans et espagnols au Maroc vont s'intensifier... Je les y encourage vivement, car c'est le moment!".

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc