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Le gouvernement s'installe: Du social et le grand nettoyage

Par L'Economiste | Edition N°:322 Le 19/03/1998 | Partager

Recomposition administrative, grande sensibilité aux droits de l'Homme, soucis du social, mais peu de relations avec l'entreprise privée et beaucoup de nettoyage à faire. A grands traits, le portrait de l'équipe gouvernementale qui s'installe.


L'équipe que s'est composée M. Abderrahmane El Youssoufi met en lumière des hommes qui n'étaient pas ou peu connus, à côté des figures historiques de l'USFP et celles du gouvernement sortant (MM. Filali, Basri, Azziman, Rabaï, M'Daghri Alaoui et Sbaï) .
C'était la règle du jeu, avec sa contradiction interne: chercher de nouveaux visages implique auto-matiquement le risque de donner l'impression de personnalités de second plan. Ingrate comme tou-jours, l'opinion publique a relevé avec satisfaction le renouvellement tout en critiquant le côté "seconds couteaux". Néanmoins, le renouvellement reste limité et la moyenne d'âge, très élevée, s'en ressent. En comptant comme les statisticiens 25 ans par génération, la plupart des ministres ont l'âge d'être les grands- pères du Marocain moyen qui a 18 ans.
Bémol aussi, le délai de constitution de l'équipe. M. El Youssoufi a certes été handicapé de devoir attendre le renouveau de l'Istiqlal. Il l'a été aussi par les luttes intestines des partis de la coalition. Le délai de cinq semaines entre sa désignation et la présentation de son équipe a sans doute écorné l'état de grâce auquel a droit toute équipe gouvernementale. Mais le plaisir du changement reste quasi-intact.
Plus opérationnelle est l'observa-tion sociologique. La grande majorité des ministres et secrétaires d'Etat vient de la fonction publique, avec une forte domination des professeurs du public. La représentation de l'entreprise privée est limitée à deux ministres: M. Alami-Tazi (RNI) au Commerce-Industrie et M. Rachid Filali (Istiqlal et fils du leader historique), le plus jeune de l'équipe (un Iscaeiste de 38 ans), qui devra s'occuper du secteur public et de la privatisation, avec rang de ministre à part entière pour les deux branches de ses responsabilités.

Il faut espérer que la remarque de M. Driss Benhima, qui retourne à l'ONE à plein temps, ne sera pas prémonitoire. A l'automne 1997, fâché des critiques que la CGEM adressait au gouvernement à cause de l'absence de l'Administration dans le programme de mise à niveau général, M. Benhima avait fait remarqué que "le gouvernement de M. Filali était peut-être le plus proche des préoccupations de l'entreprise qu'il y aurait avant longtemps". Valeur aujourd'hui, à moins d'une semaine de la composition de l'équipe gouvernementale, le soucis de l'entreprise n'est pas le premier qu'elle ait exprimé. Néanmoins, l'intérêt d'une équipe peu versée dans le monde de l'entreprise sera peut-être là où on ne l'attend pas. En effet, l'un des atouts majeurs pour la mise à niveau n'est pas dans la compréhension de l'entreprise, mais dans l'incompréhension des réseaux de pression qui veulent maintenir des privilèges d'affaires (protections douanière et politique, agréments de toutes sortes, opacité des comptes...). Une fois levés ces privilèges, les entreprises du secteur concurrentiel savent réagir aux données de leur environnement, simplement parce que pour elles c'est une question de survie.

La mise à niveau, même si beaucoup font mine de ne pas savoir ce que signifie l'opération, est une "ardente obligation". Elle n'est cependant pas aussi difficile qu'il y paraît. Les entreprises marocaines ont déjà eu un round sévère dans les années 80, avec la suppression de l'hyperprotectionnisme hérité des années 70. De plus, ce round, contrairement aux idée reçues, a réduit le nombre de pauvres, le déficit commercial, le déficit budgétaire et le taux de chômage. De plus, ces résultats ont été obtenus dans la pire conjoncture qu'ait jamais connue le Maroc: poids financier et politique de la protection du Sahara, envolées hiératiques des devises et du prix du pétrole, arrivée sur le marché du travail de la plus grosse vague démographique, déliquescence de l'enseignement public, accélération du progrès technologique dans le monde et pour couronner le tout, trois sécheresses historiques. Il n'y a sans doute jamais eu de tableau aussi noir. Pourtant les indicateurs marocains se sont améliorés, même si aujourd'hui l'opinion publique ne supporte plus ce qu'elle admettait comme fatal autrefois, tels que les enfants au travail, la pauvreté, l'analphabétisme...

Le gouvernement de M. El Youssoufi est le premier sur lequel pèsent autant d'exigences sociales avec, en toile de fond, le souhait d'un fonctionnement gouvernemental et administratif différent.
Significative est la recomposition des responsabilités gouvernementales, qui implique une recom-position administrative. L'enquête menée pour L'Econo-miste sur l'ensemble du territoire a fait ressortir que l'opinion publique voulait que M. El Youssoufi rogne les ailes des Ministères des Finances et de l'Intérieur et donne du poids et des pouvoirs aux départements sociaux(1). C'est chose faite. Il y a un grand département social confié à M. Alioua, qui touche aussi trois secrétaires d'Etat (Handicapés: Mme Nezha Chekrouni; Protection Sociale, le gros morceau: Pr. Saâd Saâdi, que les milieux d'affaires connaissent pour ses investigations universitaires sur les groupes marocains; Solidarité-Action humanitaire, pour soutenir et aussi surveiller les ONG: M. Hammou Ouhali). En plus d'être aussi porte-parole du gouvernement, l'arrivée de M. Alioua n'est pas indifférente. En effet, il a participé à la modernisation idéologique de l'USFP et à l'enterrement des démons étatistes. Ce que l'on sait moins dans son parcours, c'est que dans les années 80, il a été la cheville ouvrière d'un programme de planning familial orienté vers les hommes et financé par l'USAID. A cette époque, il fallait avoir une forte personnalité et une vision sûre de l'évolution de la société marocaine, pour entrer en conflit, avec le sourire, contre autant de tabous à la fois. Il ne va pas manquer de travail: l'opinion publique veut du concret et de l'efficace dans le social, mais lui interdit de creuser le déficit budgétaire. C'est ce qui ressort aussi de l'enquête de L'Economiste.

M. Alioua devra donc s'abstenir de réclamer à son aîné, le Pr. Fathallah Oualalou, des moyens pour faire de la simple redistribution du Revenu national. L'opinion publique redoutait que le portefeuil-le des Finances échoit à un chantre du déficit budgétaire. M. Oualalou n'est pas de ceux-là: En tant que parlementaire, il a participé, critiqué et amendé, pas moins d'une vingtaine de loi de Finances et ce, aux moments les plus durs du redressement financier. De plus, il retrouve au Ministère bien de ses anciens étudiants en économie, lesquels ont préparé de longue main des dossiers chauds tels que la réforme de l'épargne, le lancement d'un marché hypothécaire, la mise à niveau des assurances... Au premier abord, le fait que son mandat s'étende à l'économie donne à penser, comme dans les années 70 et 80, que ses pouvoirs vont s'étendre à la conduite de la politique économique à travers les instruments que sont administrations et secteur public. Mais depuis cette époque, bien des choses ont changé en matière de politique économique. Elles sont plus nuancées et plus complexes aussi.
Le secteur public a perdu son prestige pour avoir abusé de ses privilèges. M. Radi, président du la Chambre des Représentants a indiqué à L'Economiste qu'il s'attachera à établir un contrôle démocratique serré sur les établissements publics(2), si souvent tentés de faire «Siba» et de réclamer ensuite que l'Etat et les contribuables payent leurs frasques. L'Administra-tion a aussi perdu de son lustre, si bien que la responsabilité de l'économie en général confiée à M. Oualalou, prend un sens nouveau. Il n'est pas déraisonnable de penser que, comme M. Strauss-Khan dans le gouvernement de M. Jospin en France, M. Oualalou aura aussi et peut-être surtout la charge d'amener son administration à être moins impériale et plus respectueuse des contraintes de l'économie libérale, de la transparence des actions et de la liberté d'initiatives des investisseurs. Mais il ne devra pas hésiter à aller dans le détail (selon les anglo-saxons, "c'est dans le détail que se cache le diable") et à forcer les résistances. Comme son homologue française, l'administra-tion a résisté avec succès aux investigations de tous les gouvernements qui ont voulu tirer au clair les rémunérations et les liaisons avec les entreprises privées ou publiques. C'est d'ailleurs ainsi qu'elle a perdu la confiance placée en elle, confiance qui était méritée lorsqu'elle s'est montrée capable de gérer sans casse la tempête du krach financier de l'Etat, entre 1983-88.

Paradoxes des Pêches et de l'Agriculture


Ce ne sera pas une partie de plaisir pour M. Oualalou, qui devra en outre s'attendre à essuyer les critiques de ses collègues ministres qui ne dédaigneront jamais soigner leur popularité grâce au Budget. Pourtant la croissance de l'économie marocaine sera au prix de transformer sa propre Administra-tion, à commencer par la Douane. Celle-ci est toujours en instance d'une modernisation de son Code.
Un certain soulagement est perceptible dans les milieux financiers nationaux et inter-nationaux: le Pr. Habib El Malki, qui ne voulait pas de l'Emploi, prend en charge l'Agriculture-Pêches-Développement rural, et non pas les Finances. Intéressantes pour un débat, les idées du Pr. El Malki prônant l'accroissement du déficit budgétaire, lui ont sans doute porté préjudice. Il est un fait que l'enquête de L'Economiste a clairement montré que les gens n'en veulent à aucun prix. Le cabinet de M. El Malki est tout trouvé: "il fonctionnait déjà comme un ministre, avec un cabinet formé de ses proches, au CNJA et au CMC", notent ses collaborateurs. Dans son secteur se concentre la partie la plus pauvre de la population active du Maroc et il lui faudra de l'imagination pour casser la fatalité qui veut que ces emplois aillent avec une grande pauvreté. Il trouve aussi quelques grandes fortunes, avec parmi elles quelques unes d'origine trouble: derrière les assurances et devant le tourisme, la pêche a été un grand sinistre financier, dû justement aux côtés troubles du secteur. Même phénomène en agriculture, où M. El Malki n'aura pas trop du soutien de M. Oualalou pour relever la CNCA et lancer les recouvrements qui lui sont dus. Les situations scandaleuses qu'ont produit la pêche et l'agriculture ont considérablement joué dans la perte de crédibilité des gouvernements des années 80 et 90. Sur le Pr. El Malki pèse donc la charge de recrédibiliser l'Etat en tant que régulateur-pourvoyeur de l'activité économique. M. El Youssoufi y tient et l'enquête de L'Economiste l'a plébiscité dans ce sens.

Il n'est d'ailleurs pas indifférent de noter que le Premier ministre s'est adjoint un ministre des Affaires générales, portefeuille nouveau, et l'a confié à M. Ahmed Lahlimi Alami, un homme qui a eu maille à partir avec les réseaux d'influence à la CNCA. De plus, c'est aussi l'homme qui à travers la Fondation Bouabid, a eu à poser les jalons théoriques de la transition...
Moderniser l'Etat est l'un des principes politiques des Libéraux, mais peut-être que l'histoire marocaine donnera aux Socialistes le travail de le faire en pratique.


La CGEM réclame la transparence


"Le nouveau gouvernement bénéficie d'un préjugé favorable et il faut lui donner un peu de temps", indique M. Abderrahim Lahjouji, président de la CGEM, à L'Economiste. Pour la Confédération Générale des Entreprises Marocaines, la tâche importante est la mise à niveau, qui "doit être globale" c'est-à-dire inclure l'Administration et le système judiciaire. M. Lahjouji indique très fermement que la "CGEM ne cédera pas sur la discrimination dont sont victimes les entreprises nationales". Les entreprises nationales veulent être traitées comme celles étrangères, avec des délais précis et respectés de paiement, des contrats clairs... La GCEM insiste aussi sur la passation des marchés publics et des cessions d'actifs, qu'elle veut plus transparentes, avec des règles fiables et connues à l'avance. Il faut "rétablir la légalité et l'égalité", affirme M. Lahjouji.


Impôt sur le patrimoine? "Pas à court terme", dit M. Oualalou


"Un déficit budgétaire, c'est un déficit national qu'il faut payer tôt ou tard", confie le Pr. Oualalou à L'Economiste. "Je n'ignore pas la grande contrainte sociale tout comme l'importance des équilibres macro-économiques", poursuit-il en indiquant qu'il veut "créer une synergie entre les contraintes à court terme et la préparation d'une croissance régulière". En matière fiscale, il met un bémol à la perspective de l'impôt sur le patrimoine: "Pas sur le court terme". Il considère que le plus important c'est d'établir la confiance des partenaires, patronat et syndicats et annonce qu'il pratiquera une politique de concertation dans la conduite de la politique économique.


Ceux qui restent en place


Des hommes qui restent en place après le changement. Il n'en faut pas plus pour que la doctrine politique marocaine s'enrichisse d'un nouveau concept: les ministères de souveraineté. Sont dans ce cas, l'Intérieur (mais reconfiguré), l'Extérieur (mais flanqué d'un Secrétariat d'Etat politique), les Habous-Affaires islamiques, l'armée (mais placé sous la houlette du premier ministre) et la Justice. Le Secrétariat Général du Gouvernement, toujours détenu par Me Rabaï, est un cas à part.
Pour les Affaires Etrangères et pour l'Intérieur, le maintien de MM. Filali et Basri ne faisait pas l'ombre d'un doute. Ce qui était en jeu, s'était l'ampleur du redimension-nement de l'Intérieur, centré davantage sur ses tâches sécuritaires que par le passé. Les collectivités locales restent chez M. Driss Basri, mais l'Urbanisme et l'Aménagement du Territoire, comme l'Habitat (parti depuis longtemps) atterrissent chez un poids lourd de la politique socialiste, M. Mohamed El Yazghi. Compte tenu de sa personnalité, l'ensemble pas si hétéroclite qu'il y parait, devient super-ministère, dont le rôle structurant sera déterminant pour le visage du Maroc. Les observateurs prédisent quelques heurts entre les hommes de M. El Yazghi et les fonctionnaires du Ministère de l'Intérieur ancienne version. En revanche, le nouveau ministre trouve à l'Habitat un Ministère qui a été secoué par le passage de M. Chérif: il a coupé bien des réseaux d'influence et de profits lesquels, incapables de faire face aux besoins de logements, ont mis à bas la puissance financière de ce secteur. M. M'Barki, un homme de la maison (sans jeu de mot) est le secrétaire d'Etat attaché à M. El Yazghi pour s'occuper de l'Habitat. M. Chérif a fait quelques petites phrases lors de la passation de pouvoir, qui en disent long sur les dossiers qu'il confie à la probité de M. El Yazghi.

Des grincements de dents, il y en a eu dans une partie de la magistrature mécontente de voir le Pr. Aziman maintenu dans sa mission de recrédibilisation de la Justice. Quelques uns avaient, comme dit gentiment M. Aziman, "de mauvaises habitudes" qu'il s'emploie à leur faire passer. Normal qu'ils n'apprécient pas le maintien de M. Aziman qui a la triple confiance de SM le Roi, de M. El Youssoufi et du grand public.

Nadia SALAH & Mohamed CHAOUI

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