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La douce habitude des petits fromages

Par L'Economiste | Edition N°:322 Le 19/03/1998 | Partager

Qu'est-ce qui fait qu'on a autant de peine à parler de la mise à niveau de l'Administration? Qu'est-ce qui fait que nous avons autant de difficultés à projeter le Maroc dans un monde moderne? Une partie de la réponse est dans les petits fromages.


SI une partie de votre revenu dépendait de la consommation nationale des boîtes de petits pois et que vous soyez Monsieur ou Madame Petits Pois au Maroc, c'est-à-dire la personne qui veille à ce que soit correctement appliqué un vieux règlement imposant aux Marocains de manger au moins une boîte de petits pois par mois, seriez-vous enthousiaste pour que ce règlement soit modifié et remplacé par l'obligation de manger, une boîte de haricots verts par mois? Bien sûr que non et d'ailleurs cette question est parfaitement idiote: qui aurait l'idée d'obliger les Marocains à manger des petits pois ou des haricots verts ou quoi que ce soit. Les gens mangent ce qu'ils veulent.

Malheureusement, la question n'est pas aussi stupide qu'elle en a l'air. Remplaçons la boîte de petits pois par les bateaux espagnols pêchant dans les eaux marocaines en vertu de l'accord de pêche passé avec l'Union Européenne. Et vous, au lieu d'être M. ou Mme Petits Pois, vous êtes fonctionnaire au Ministère des Pêches. La question est-elle devenue plus intelligente pour autant? Certainement pas. Mais cette fois-ci, elle correspond à une situation réelle. Le Ministère des Pêche distribue des complé-ments de salaires à ses fonctionnaires, compléments pris sur les redevances versées par l'Union Européenne pour maintenir ses bateaux dans les eaux marocaines. Il y a bien eu quelques ruades à Bruxelles, qui aurait voulu que cet argent aille à la mise à niveau de la pêche marocaine, mais comme cela a été expliqué à l'Exécutif européen, le niveau des salaires des fonction-naires peut aussi être compris dans le niveau général de la pêche. Logique, n'est-ce pas? Et puis... "à cheval donné qui irait regarder les dents"? Pauvres fonctionnaires de la Marine Marchande. Ils ont perdu ce complément en se faisant intégrer au Ministère des Transports, là où ils restent aussi avec la nouvelle équipe de M. El Youssoufi. Ils avaient pourtant bien résisté, puisqu'il avait fallu plusieurs semaines, au cours de l'été 1997, pour que la décision politique de recomposer ces deux Ministères puisse s'appliquer.

Continuons le jeu. Remplaçons maintenant les petits pois par les amendes frappant les commerçants ou les industriels qui manquent aux diverses réglementations sur le contrôle des prix. Et vous vous devenez fonctionnaire à la Direction du même nom, rattachée au Ministère chargé de l'Incitation de l'Economie. Pour une question évidente de cohérence politique, la responsabilité des prix devait échoir depuis longtemps au Premier ministre directement. Une réforme de fond est en stand by depuis le début des années 80, qui aurait propulsé le Maroc de l'ère du contrôle à l'ère de la liberté. Rien de plus normal donc à essayer de placer le projet dans les mains du Premier ministre au lieu de laisser ce Département dans un simple Ministère délégué, qui n'a pas le pouvoir de négocier avec la multitude d'administrations, de corps professionnels... impliqués. Ce Département a si peu de pouvoirs, si peu de personnel, qu'il n'est même pas concerné par le contrôle sur le terrain, lequel relève du Ministère de l'Intérieur et des divisions des prix placées dans les préfectures. Il n'empêche que la Direction des prix et son petit département ministériel ont engagé depuis une bonne décennie des guerres de tranchées successives et victorieuses pour rester exactement là où ils sont. Tant-pis pour la politique économique, pour le retard industriel et commercial, puisque on gardera une part sur le produit des amendes.

Combien y en a-t-il de ces petits fromages? Pour un de découvert, combien restent cachés? Le pire c'est peut-être le sentiment de bonne conscience: aucun des fonction-naires qui ont mis en place le système, aucun de ceux qui en profi-tent n'a le sentiment de s'être placé dans une situation de conflit d'intérêt, préjudiciable à l'Etat et à la Nation. Il faut être américain pour voir là une des formes les plus dangereuses, parce que pernicieuse, de la corruption. Pas étonnant qu'on ait mauvaise image de l'autre côté de l'Atlantique. Et si pour une fois on regardait les choses en face et qu'on remettait à plat les rémunérations de la fonction publique?

Nadia SALAH

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