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Le dépérissement de la classe moyenne américaine
Par le Pr. Mohammed GERMOUNI

Par L'Economiste | Edition N°:2852 Le 03/09/2008 | Partager

Les couches moyennes, ces catégories qui ont fait la puissance et la stabilité américaines, ont de plus en plus peur du lendemain, selon diverses études comme celle du Pew Research Center, dont les travaux d’enquêtes et d’analyse sont réputés pour leur rigueur et leur professionnalisme(1).Dans la perspective de l’élection présidentielle, une analyse fait ressortir que les conditions de vie de la classe moyenne américaine deviennent difficiles. L’intérêt d’un tel travail est qu’il permet de faire une sorte de point sur la situation matérielle et l’état de l’opinion de ces couches de la population qui déterminent le modèle et la référence de ce qu’il est convenu d’appeler «l’american way of life». D’importantes conclusions peuvent être tirées du rapport exhaustif produit par Pew dirigé par Paul Taylor, mettant l’accent surtout sur la nature des soucis et des angoisses de l’Américain moyen en cette période tumultueuse. C’est ainsi que la moitié des Américains interrogés ont constaté que leur situation au cours des cinq dernières années, non seulement ne s’est pas améliorée, mais a eu tendance à se détériorer. Ce qui constituerait une des attitudes relativement les plus pessimistes recueillies au cours du dernier demi-siècle. Ce comportement est légèrement tempéré par le fait que les deux tiers des personnes approchées par l’enquête reconnaissent cependant que leurs conditions de vie actuelles sont de loin meilleures à celles qu’ont connues leurs parents à leur âge, et pensent que leurs enfants vivront encore mieux.Néanmoins, le désenchantement est net, suite à l’augmentation du prix des carburants, à la baisse de la valeur des logements et du niveau d’emploi. Dans le même ordre d’idées, la couverture médicale, jugée peu satisfaisante, est à l’origine de sérieuses appréhensions, même en jonglant avec les cartes de crédit, comme le font de nombreux Américains. A leur tour, les restrictions affectant les crédits bancaires alimentent désormais une angoisse réelle chez cette frange de la population.

Prospérité précaire

 Certains spécialistes de l’évolution de la société américaine, comme Peter Gosselin du Los Angeles Time, identifient une évolution paradoxale, à savoir une prospérité individuelle des membres de cette catégorie pris un à un mais avec une forte proportion de précarité. Ainsi, des phénomènes comme une période prolongée de chômage, une baisse du nombre d’heures de travail des femmes ou les conséquences du divorce dont les effets auraient été limités durant les dernières décennies, semblent devenir visibles de nos jours.Les sérieux soucis de cette classe ne s’arrêteraient pas au simple resserrement des revenus. Près de 26% des ménages américains ont vu récemment leurs revenus baisser du fait des différentes formes de chômage contre seulement 17% dix ans auparavant. Le phénomène ne se cantonne plus aux seuls «cols bleus» et petits salariés mal payés de jadis. Il concerne de plus en plus des ingénieurs et des cadres dirigeants, suite aux nombreuses restructurations, licenciements ou départs anticipés à la retraite. Le taux de pension, en rapport direct avec les importants fonds investis en Bourse, fluctue à son tour à la baisse avec les indices. Fait nouveau, de plus en plus de personnes tendraient à s’identifier à ces situations réalisant qu’il n’est pas exclu que cela leur arrive à leur tour. Ce qui a remis en question une des recettes du «contrat social» ayant rendu Clinton populaire, à savoir un emploi, un revenu croissant et une protection contre les infortunes de la vie. Il s’agissait d’autant de promesses et d’engagements faits naguère aux couches modestes de cette classe moyenne.Si la plupart des Américains se considèrent en général comme en faisant partie, seuls près de 53% se déclarent comme membres à part entière, dont le cinquième constituerait ce que l’on désigne habituellement de couches supérieures, et autant pour les couches dites inférieures, selon l’étude Pew.La fragilité actuelle de cette catégorie de la population a fait l’objet fin juillet d’une discussion avec des experts à la chambre des représentants du Congrès américain, cherchant à prévenir certaines attitudes extrêmes de cette importante fraction du corps électoral. A l’occasion de ce débat, il a été dévoilé officiellement que le revenu annuel médian des ménages américains (point qui sépare un groupe en deux parties égales) a diminué de 1.175 dollars en termes réels par rapport à l’année 2000, inflation incluse. Par ailleurs, une famille américaine moyenne doit dépenser aujourd’hui 2.195 dollars de plus pour subvenir aux mêmes seuls besoins de base (logement, transport, nourriture et santé).Ainsi se comprend l’adoption en catastrophe par le Congrès américain, à la veille des vacances d’été, d’un ambitieux plan de sauvetage visant à aider les emprunteurs et les organismes de refinancement hypothécaires comme Freddie Mac et Fannie Mae, de crainte d’exclure un pan puissant de la société américaine. Provoqué par l’une des plus graves crises immobilières enregistrées depuis la grande dépression de 1929, un tel programme vise à aider des emprunteurs en relevant le plafond des prêts pouvant bénéficier d’une garantie publique. C’est une garantie de quelque 300 milliards de dollars qui a été ainsi mise en place par l’Etat. Ceci ne semble pas arrêter la hausse des taux hypothécaires, en dépit du ralentissement économique, tant la crise de confiance dans les banques est devenue préoccupante.Mais cela est une autre histoire… dont le cours demeure encore incertain.


La classe moyenne, qui est-ce?

S’IL est relativement facile de parler de couches et de classe moyennes en général, il s’avère toujours ardu d’en définir avec rigueur les critères les caractérisant, indépendamment des pays et des régions. Si les éléments de patrimoine et de revenus peuvent être retenus comme autant d’intéressants éléments de repère, l’effet de démonstration exercé par les modes de consommation et le recours au crédit tendent à en élargir en quelque sorte le périmètre de reconnaissance et la sphère de rayonnement un peu partout.Il y a cinquante ans, faire le tour de la classe moyenne consistait de façon schématique en un exercice de définition patrimoniale, comme la possession d’une voiture, d’un réfrigérateur, d’une machine à laver, et d’un abonnement au téléphone. La propriété de son logement est aujourd’hui au centre pour valider une réussite et une promotion sociale. Les importants mouvements de développement économique dans les régions asiatiques de ces vingt dernières années s’expliqueraient entre autres par l’apparition et le renforcement de la place de couches moyennes numériquement plus imposantes que celles d’Europe ou d’Amérique. Sachant que le comportement économique de ces catégories s’est plus qu’inspiré du modèle nord-américain, les évolutions en cours outre-Atlantique et affectant le statut des couches moyennes ne doivent pas laisser indifférent sur les autres continents les mêmes catégories concernées. Ainsi, en ces temps de mondialisation, perdre son logement aux USA, suite aux spéculations bancaires et financières, doit préoccuper les autres propriétaires à crédit, tant la place de la classe moyenne nord-américaine a toujours un symbole de succès et d’intégration par le travail.


Ticket d’entrée élevé

 

IL convient de préciser que quelque 70% des ménages américains ont deux à trois véhicules, un abonnement au réseau câble de télévision ou bénéficient des émissions par satellite, et que les deux tiers ont accès à Internet, et un dixième possèdent une résidence secondaire. En d’autres termes, le «ticket d’entrée» à la classe moyenne est de plus en plus élevé, sachant que les études supérieures qui y préparent coûtent de plus en plus cher, entraînant encore plus de dettes pour les ménages. Par ailleurs, les progrès des techniques médicales et des médicaments ont entraîné une hausse effective des dépenses de santé, mettant à rude épreuve les ressources financières de l’Américain moyen. Les quatre cinquièmes de l’échantillon interrogé avouent parvenir avec difficulté à maintenir leur mode de vie contre les deux tiers, il y a vingt ans.---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- (1) Voir «Middle Class Jitters» par Robert J.Samuelson, Washington Post, 22 mai 2008

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