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Culture

Le débat sur l'exception et la diversité culturelles s'invite au Maroc
Par Mohamed Othman Benjelloun*

Par L'Economiste | Edition N°:1682 Le 13/01/2004 | Partager

. Les mêmes lois doivent-elles gouverner le commerce de la tomate, des avions et biens culturels? Avant, pendant et après la 3e conférence ministérielle de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) (Seattle, novembre 1999), le monde a assisté à une remise au goût du jour d'un débat qui a pour objet les rapports qu'entretiennent, ou doivent entretenir, le négoce et la culture. Cette dispute, plus connue sous l'intitulé “débat sur l'exception culturelle”, est née au cours des négociations de l'Uruguay round lorsque les Européens s'opposèrent aux prétentions des Américains de libéraliser le secteur de l'audiovisuel. Son enjeu était, et reste, de savoir si oui ou non, dans un monde au marché globalisé, les produits culturels doivent être considérés comme des marchandises parmi d'autres ou si, au contraire, ils doivent bénéficier d'un traitement spécial.Ce débat a été vécu d'une manière virtuelle par le monde culturel marocain, qui ne manquait pas de manifester une solidarité de principe vis-à-vis des positions défendues par la France et le Canada en la matière. Jusqu'à ce que la question, de lointain débat d'idées, ne s'invite chez nous en prenant, en quelques semaines, une tournure plus concrète pour les diplomates et les acteurs culturels marocains. En effet, voilà que les négociations en cours entre le Maroc et les Etats-Unis, sur la mise en place d'une zone de libre-échange, viennent de provoquer, en décembre 2003, la naissance d'une coalition pour la diversité culturelle marocaine qui englobe sept associations d'intellectuels et de créateurs. Son souci déclaré est la défense du “droit légitime à la différence culturelle du Maroc”. Avouant son ignorance des termes de la négociation en cours, elle tient les pouvoirs publics pour responsable du black-out qui les entoure. La coalition ne dénonce pas tant l'accord, ni la culture américaine mais dit militer pour “protéger notre identité parmi d'autres identités distinctes” et la pérennisation de “l'appui moral et financier de l'Etat au développement du bien culturel au Maroc”. Elle s'active pour obtenir des garanties, comme l'avaient fait avec un certain succès leurs homologues de l'industrie phar-maceutique dans l'affaire des médicaments génériques (cf. L'Economiste, 4 décembre 2003, p.11). . Des industries avant toutPuisque le débat sur l'exception et la diversité culturelles s'est invité chez nous, par effraction, et devant l'absence d'informations fiables sur les termes des négociations en cours, faisons contre mauvaise fortune bon cœur et voyons de quoi il en retourne dans cette affaire. Les positions de départ des protagonistes de l'Uruguay round -le terme voulant dire ce qu'il veut dire(1)- puis de celui de Seattle, allaient mettre face à face: - d'un côté, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Nouvelle Zélande et l'Australie. Ce club anglo-saxon considère que les industries culturelles sont des industries avant tout. Elles doivent de ce fait être soumises aux mêmes lois de l'offre et de la demande qui régissent tout produit industriel; - d'un autre côté, des pays du Nord et du Sud, une cinquantaine aujourd'hui dont le Maroc, qui ne partagent pas le point de vue anglo-saxon, avaient pris l'initiative de se constituer en réseau international sur la politique culturelle avec comme but de soustraire les biens et services culturels aux lois du libéralisme économique. Le concept d'exception culturelle est d'une opération-nalité certaine comme arme de négociation. Mais son adoption n'exprime aucun a priori idéologique vis-à-vis de la musique et du cinéma américains. Et à supposer que c'est le cas, la qualité intrinsèque, universellement reconnue, des oeuvres de F.F. Coppola et de Woody Allen, de Miles Davis et des frères Gershwin, ne serait pas pour autant affectée.Mais si le monde connaît l'Amérique via son cinéma et sa musique, l'Amérique conti-nue à ignorer superbement le monde et sa diversité culturelle. En ces temps de patriotisme exacerbé, il y a peu de chance de voir les Etats-Unis se rallier à une posture d'ouverture sur les cultures du monde, alors qu'ils l'ont combattue sous l'ancienne administration démocrate en des temps relativement plus apaisés. Il faut se rendre à l'évidence: seuls les Etats riches du Nord peuvent imposer la protection de leur diversité culturelle et financer leur droit à l'exception. Or, sans moyens financiers, les pays du Sud ne pourraient raisonnable-ment oeuvrer à la promotion de la leur dont la perte se fera ressentir au niveau de l'humanité tout entière.Le Maroc, par le biais de son ministre de la Culture, Mohamed El Achaâri, avait proposé lors de la conférence de l'Unesco de Stockholm sur les politiques culturelles, la reconversion de 1% des dettes des pays du Sud en investissements dans les domaines culturels. Pourquoi cette idée originale n'a-t-elle pas été proposée à nos partenaires européens, français et espagnols en tête, qui ont les premiers accepté le principe de la reconversion d'une partie de la dette publique marocaine en investissements? . Argument puissantDepuis Seattle, de nombreuses instances internationales se sont prononcées en faveur de la promotion de la diversité culturelle. Cet élan international commence à porter ses fruits, puisque la conférence générale de l'Unesco a adopté, en 2001, une déclaration univer-selle sur la diversité culturelle. Texte à portée symbolique, il n'est pas opposable aux Etats. D'où la nécessité d'un instru-ment international contraignant, sous l'égide de l'Unesco, qui constituerait un argument puissant dans les négociations en cours entre le camp anglo-saxon et celui qui milite pour une exception culturelle.En attendant que cet in-strument voie le jour et produise des droits et des obligations, les professionnels marocains de la culture, comme l'autorité de tutelle, doivent redoubler d'effort pour sensibiliser l'opinion pu-blique à ces enjeux et participer au plan international aux efforts de plaidoyer (lobbying) engagés:- tant par les Etats au sein de l'OMC, l'Unesco, la Cnuced et l'Ompi;- que par les ONG, parmi lesquelles celles coalisées dans le cadre des forums associatifs, dont celui adossé au Ripc.Ces efforts de sensibilisation ne feront que renforcer la position de négociation du Maroc face à ses partenaires bilatéraux (Etats-Unis) et multilatéraux (Union européenne). “L'exception culturelle n'est pas négociable”, déclarait la ministre française de la Culture et de la Communication, à la veille de la conférence de Seattle (cf. Le Monde, 10-11 octobre 1999). Pour que la formule garde son mordant et sa pertinence pour nous autres de ce côté-ci de la Méditerranée et de l'Atlantique, et dans l'attente de l'instrument normatif international, il faudra rappeler aux partenaires du Maroc, conformément à l'esprit de l'article 1 de la Déclaration universelle sur la diversité culturelle, un principe quasi intangible pour l'écrasante majorité des gouvernements de par le monde, à savoir que la diversité féconde et créatrice des cultures du monde est aussi nécessaire à l'humanité que l'est la biodiversité pour la vie sur terre.


Des dizaines de milliards de dollars

Le secteur des industries audiovisuelles représente des enjeux commerciaux colossaux se chiffrant en dizaines de milliards de dollars. Elles participent pour une part importante au PIB de leurs pays respectifs. Le déficit des échanges entre les Etats-Unis et l'Europe dans le secteur audiovisuel, est passé en dix ans de 2 milliards de dollars pour atteindre, en 1999, 6,5 milliards de dollars. De même, les films américains squattent à hauteur de 60% les écrans européens, grands et petits, tandis que les films européens ne représentent que 3% de l'ensemble des oeuvres de fictions projetées aux Etats-Unis. Ce déséquilibre est condamné à s'aggraver du fait de la présence de plus en plus dense des chaînes américaines sur les satellites et les réseaux câblés européens. * Docteur d'Etat en science politique, professeur associé à la Faculté de droit de Rabat-Souissi.(1) Si “ round ” a, dans la langue de Shakespeare, une acception plurielle renvoyant généralement à l'idée de circularité, de mouvement cyclique, voire d'éternel recommencement, le mot, en passant dans la langue française, n'a gardé que son seul sens pugilistique de “ reprise dans un combat de boxe ”.

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