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    La pauvreté, entre analyse économique et action politique
    Par Mohammed GERMOUNI, Professeur de Faculté

    Par L'Economiste | Edition N°:2107 Le 13/09/2005 | Partager

    L’intérêt accordé par le microcosme politique au phénomène de la pauvreté mondiale s’inspire-t-il d’une nouvelle approche (des solutions pertinentes et appropriées) ou est-ce juste une réaction incantatoire à une des menaces de globalisation? La pauvreté sera-t-elle revisitée à l’occasion de la “menace terroriste”? Il a été souvent reproché à l’analyse économique de trop se soucier de l’efficacité et pas assez de la pauvreté. La critique n’est pas dénuée de fondement, cependant, la pauvreté a préoccupé des économistes et non des moindres. Si bien qu’au fil du temps, l’approche s’est beaucoup affinée (voir encadré).Durant la colonisation, la hiérarchie des tâches était dictée par des contraintes politiques. La pauvreté était renvoyée à des jours meilleurs, c’est-à-dire après l’indépendance. Il y avait une sorte de postulat parmi les responsables politiques: une fois l’indépendance reconquise, tout presque finira par trouver une solution. Cela reflétait encore quelques relents des analyses économiques de J. A. Hobson et des thèses politiques de Lénine élaborées au début du XXe siècle. Ces auteurs analysèrent la pauvreté de la Chine, de l’Inde ou de l’Afrique de leur temps, tout simplement comme l’autre face, voire la simple contrepartie de la prospérité des pays industrialisés et une des principales conséquences de “l’impérialisme international”. Cette grille de lecture a longtemps fait office d’analyse, mais elle a rencontré ses limites au cours des dernières décennies.Les débats théoriques dans les régions nouvellement indépendantes ont fréquemment donné lieu à des surenchères de représentativité d’allure doctrinale intéressant des organisations, politiques ou syndicales en voie de formation, désireuses de prendre la défense des intérêts des “déshérités”, des “pauvres” ou des  futurs “prolétaires”.De façon générale, jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, la recherche des causes de cette pauvreté, qui touche de larges masses, ne constituait que rarement un souci majeur chez ceux qui étaient impliqués dans la réflexion économique.Diverses litotes (sous-développés, moins développés, en voie de développement, Tiers-monde), vont être ainsi inventées pour désigner cette “pauvreté de masse ” qui coexiste fréquemment avec la grande richesse d’un petit nombre dans plusieurs régions du monde, comme l’écrira entre deux ambassades avec sa pointe d’ironie habituelle le Professeur J.K. Galbraith. Il inaugurera d’ailleurs le premier cours à Harvard, intitulé “Pauvreté et développement”, enseigné au début des années 50. En France, les travaux de quelques précurseurs comme A. Sauvy, F. Perroux ou R. Dumont ont élaboré les introductions fondamentales dans ce domaine nouveau. Sur le plan méthodologique, la définition et l’approche de la pauvreté ont enregistré une importante avancée depuis cette période idéologiquement conflictuelle, caractéristique de la Guerre froide.Le dénominateur commun des réflexions et approches de politique économique de la pauvreté a été d’en privilégier l’étude et l’examen à travers la norme habituelle et classique du seul “facteur revenu”. Une mutation s’est opérée ces 20 dernières années pour appréhender la pauvreté sous l’angle des “privations de capacités”. Ceci a été rendu possible notamment à la suite des travaux novateurs de l’un des récents lauréats du Nobel d’économie, Amartya Sen (voir encadré). Ce n’est pas un hasard si les réformes économiques efficaces sont celles qui étaient accompagnées d’une préparation sociale effective. Sen souligne que cette étroite corrélation a été démontrée dans la plupart des économies asiatiques ayant réussi: le Japon en premier, la Corée du Sud, Taïwan, Singapour, Hong Kong ensuite et tout récemment la Chine et la Thaïlande. L’analyse moderne tend à démontrer que la réduction de la pauvreté cantonnée au revenu ne saurait servir de motivation essentielle aux politiques des Etats (surtout lorsqu’elles veulent réduire les inégalités et la pauvreté). L’approche par les capacités tend à éviter la confusion courante entre les moyens et les fins. Elle semble permettre une plus grande proximité des exigences d’une certaine justice sociale que l’approche courante en termes de revenus ne facilitait qu’insuffisamment.


    Smith, Marx, Dalton et les anciens

    Si on remonte aux origines de l’économie, Adam Smith, qualifié souvent et à juste titre de “père de l’économie moderne”, s’est fortement soucié de l’écart existant entre riches et pauvres. Le lecteur est même surpris par la forte défiance manifestée par ce fondateur du libéralisme, et surtout sa critique des “motivations économiques des catégories aisées”, encore plus sévère et inattendue que celle ultérieure d’un certain Karl Marx par exemple. D’autres économistes de valeur en même temps que théoriciens de la société, comme Marx, John Stuart Mill, Rowntree ou Hugh Dalton, pour citer quelques traditions représentatives, ont contribué peu ou prou à l’analyse de la question de la pauvreté notamment en privilégiant l’angle de l’inégalité.Plus près de nous, l’analyse économique de l’inégalité est presque devenue une discipline à part entière grâce aux travaux d’équipes comme celle du Pr Anthony B. Atkinson , l’un des meilleurs économistes contemporains à consacrer l’essentiel de son temps à l’étude de la pauvreté.


    Le grand apport d’Amartya Sen

     

    Les travaux d’Amartya Sen, prix Nobel d’économie, sont novateurs. Il passe par des “capacités”, correspondant aux “libertés substantielles” qui permettent à un individu de mener le genre de vie qu’il a “raison de souhaiter”.En caractérisant la “pauvreté réelle” comme un ensemble de capacités dont un individu se trouve privé durant une période plus ou moins longue de sa vie, on note le réel déplacement de la réflexion, initié par les tenants de la nouvelle approche. L’analyse passe ainsi des moyens (les revenus) vers les fins (les libertés).Cette distinction, entre notion de pauvreté comme inadéquation des capacités et celle de pauvreté comme faiblesse du revenu, a sans conteste son importance lors de l’examen et de l’évaluation des politiques publiques chaque fois que celles-ci s’attèlent à réduire les inégalités et la pauvreté.


    La pauvreté ne paye pas

     

    Si peu de chercheurs pour un si grand problème?! Ne nous faisons pas d’illusions: l’étude de la pauvreté favorise rarement la promotion financière et sociale de celui ou de celle qui s’y consacre. L’analyse de la pauvreté offre peu de perspectives confortables à l’ambition de jeunes chercheurs et s’insère encore moins à la stratégie de ceux qui sont déjà bien établis. Ce qui pose un problème de la motivation qui ne peut être essentiellement que d’ordre sociopolitique: les travaux sont le plus souvent effectués soit sous la pression d’un risque encouru soit au service d’une cause sociale.


    Intérêt académique, intérêts tout court

     

    Au cours des cinquante dernières années, l’intérêt académique pour la pauvreté dans les pays riches servait à contrer une “menace” grave pour les intérêts de ces pays. - Le premier exemple est la crainte des pays riches devant tant de pauvreté dans le monde: comment s’en protéger? C’est en termes de risque potentiel que de prestigieuses fondations (Carnegie, Rockefeller,..) vont engager des dotations pour un diagnostic objectif. Ceci paradoxalement coïncidait avec le début de la phase de la grande prospérité américaine.- Le deuxième exemple est la peur du communisme: la pauvreté serait un terreau favorable pour les idées socialistes et communistes. En accord avec Galbraith, on peut constater que l’histoire contemporaine a démontré le caractère erroné de cette doctrine: Les échecs du socialisme ont été patents. Dans certains cas, comme en Asie ou en Afrique, ils tournèrent à la tragédie. Un des écrits les plus intéressants élaboré sous la pression de l’anticommunisme, est le travail de Wassily W. Rostow (“les étapes de la croissance”). Ce conseiller économique de J. F. Kennedy, enseignant à Harvard, a voulu écrire une sorte de “contre-manifeste communiste”. Il a eu un fort retentissement académique et politique, dans la décennie 1960. Rostow est le père de la formule célèbre du “décollage économique”: une démarche consistant à aborder la réduction de la pauvreté par le biais du thème du développement économique.

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