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    Politique Internationale

    La fermentation temporelle d'un fonctionnaire

    Par L'Economiste | Edition N°:657 Le 10/12/1999 | Partager

    Feuilleton inédit de Réda ALLALI

    2ème épisode
    As-tu regardé Guadalupe hier soir?

    Résumé de l'épisode d'hier

    Kamal, fonctionnaire, vit mal son matin du premier jour du Ramadan: pas rasé, il va au bureau et de fort mauvaise humeur: Pas de demi/demi, pas de terrasse de café, pas d'Opinion des Jeunes ce matin.


    Kamal prend donc la direction du bureau, son journal sous le bras. Malgré l'heure tardive (plus de dix heures et demie), il est le premier arrivé au bureau. Vous l'avez compris, Kamal est fonctionnaire. Il fait partie de cette cohorte de serviteurs plus ou moins zélés de l'Etat qui, chaque jour, travaillent à l'édification du Maroc moderne.
    Il partage son bureau avec Saïd, avec qui il a peu d'affinités. Said n'est pas encore arrivé ce matin. Bien, bien tant mieux, je suis tranquille... Il se laisse alors aller à un état de somnolence facilité par l'absence de café où son esprit erre à travers les hautes plaines du rêve (Kamal arrive toutefois à atteindre cet état semi-conscient même avec ses deux cafés habituels dans l'estomac).
    Si j'avais un visa...
    - Bonjour, mon frère! C'est le mois sacré. Félicitations!!
    Exceptionnellement, Saïd se penche vers lui pour l'embrasser. L'accolade est chaleureuse. Trop au goût de Kamal qui se sent frappé de plein fouet par l'haleine fétide de Saïd.
    Mon Dieu, aurait-il avalé un plat de sardines à l'ail et aux oignons, le tout arrosé d'un litre de "lben" juste avant le lever du soleil?
    Comment peut-il dégager une odeur aussi écoeurante, c'est épouvantable!!!
    Je me demande s'il sait à quel point il m'énerve...
    Peut-être qu'il le sait et que toutes ces effusions ne sont là que pour m'énerver encore plus. Ce serait pervers, vraiment... Mais il en est capable, le bougre, je sais qu'il en est capable...
    Saïd s'installe bruyamment à son bureau et entame aussitôt, avec une bonne humeur provocante, la conversation que Kamal redoute tant:
    - Tu as regardé Guadalupe hier soir?
    - Non.
    La question ne change jamais, même les intonations sont les mêmes. Remarquez, la réponse non plus ne change pas, mais ça n'empêche pas Saïd de poser sa question tous les matins: Tu as regardé Guadalupe hier soir?
    Saïd sait pertinemment que Kamal a une télévision couleur de dernier cri, achetée par bonheur juste avant l'opération de lutte contre la contrebande. Mais il ne se dit pas que, puisque Kamal a une télévision et qu'il ne regarde jamais Guadalupe, c'est que, peut-être, les méandres de la vie sentimentale de Guadalupe ne l'intéressent pas. Non, il ne peut pas envisager pareille bizarrerie de la part de quelqu'un qui vit aussi près de lui. Si Kamal n'a pas regardé Guadalupe hier soir, c'est que le malheureux l'a loupée, Guadalupe... Et Saïd, qui ne supporte pas de voir les gens malheureux autour de lui, va réparer cette injustice en lui racontant le dernier épisode de Guadalupe.
    - Alors, Alfredo...

    Guadalupe par procuration


    Le cauchemar commence pour Kamal. Malgré lui, il doit suivre cet interminable feuilleton par procuration. La narration de Saïd se fait en temps réel, c'est-à-dire que pour une heure de feuilleton, Kamal a droit à une heure de pénibles explications.
    C'est que Guadalupe lui rappelle son Ibtissam. Ça fait dix ans qu'il n'a pas vu Ibtissam, mais, dès que Guadalupe est apparue sur l'écran pour la première fois, dévoilant un visage qui alimenterait les fantasmes de toute une population pendant plusieurs années, Kamal a reconnu celle qui lui avait brisé le coeur dans sa jeunesse. Un observateur objectif aurait sans doute constaté entre Guadalupe et Ibtissam la même ressemblance qu'entre Sharon Stone et Najat Atabou, mais évidemment Kamal n'était pas un observateur objectif. Il avait idéalisé violemment, avec d'autant plus de facilité qu'il avait, un soir de rage et de désespoir, déchiré la seule photo d'Ibtissam qu'il possédait. Il avait vu faire ça dans un feuilleton brésilien et il lui avait semblé que c'était la bonne chose à faire en ce type de circonstances.
    - Et tu sais qui va venir dans trois mois?!

    Prochain épisode, demain 10 décembre:

    Le Ministère des bruits qui courent

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