Economie

Finance alternative: Un énorme potentiel
Par Brahim Sentissi

Par L'Economiste | Edition N°:3246 Le 02/04/2010 | Partager

Force est de constater que la finance islamique (dite alternative au Maroc) connaît un dynamisme mondial sans précédent. Si l’Angleterre, pionnière dans les innovations financières, a pour ambition de devenir une plaque tournante de cette activité, le Maroc, depuis 2007 mais surtout, depuis 2010, commence à se donner les moyens de développer les produits bancaires dits «halal». Mais, au fait, sur quels principes repose la finance islamique? Quel est l’historique de son développement? Quels sont les « big players » mondiaux? Quels sont les produits phares (au Maroc et dans le monde)?La finance islamique se base sur la Charia, qui peut être décrite comme une guidance morale permettant d’être en conformité avec les principes de l’Islam. Les principes fondamentaux des contrats islamiques reposent sur une éthique et une morale très fortes: sincérité sur les produits concernés, ne pas tirer parti de la détresse financière de sa contrepartie, traiter tous les clients de la même manière, etc. Bref, un très haut niveau d’exigences qui, a priori, se heurtent à la dure réalité des affaires et de la compétition commerciale. En particulier, il faut éviter les trois grandes prohibitions du commerce islamique: Riba: Considérée par certains comme étant l’usure, la plupart des savants musulmans l’assimilent purement et simplement à l’intérêt «classique», à savoir générer de l’argent avec de l’argent. En effet, la finance islamique exige que chaque rendement soit associé à la performance d’un actif et au risque associé.Gharar: Il s’agit d’une incertitude ou d’un manque de clarté qui peut être évité. L’ambiguïté de manière générale est à proscrire des contrats islamiques.Eléments interdits (Haram: ne peuvent être traités que les produits «Halal», typiquement l’alcool, les produits pour adultes ou alimentaires à base de porc sont prohibés. Même si elle revient d’actualité par le potentiel du marché qu’elle représente, la finance islamique remonte en réalité à l’avènement de l’Islam. Quatre siècles plus tard, une grande partie des pratiques des commerçants musulmans avait été adoptée en Europe et au Moyen-Orient. Ensuite, ces pratiques ont été longtemps délaissées. Il faut attendre les années 1960, avec un projet de micro-finance en Egypte, et surtout 1975, avec la création de la Banque islamique de développement (Islamic Development Bank ou IDB) pour qu’une dynamique commence à se propager de nouveau et avant que les grands groupes bancaires internationaux ne se saisissent de ce filon. Le mouvement est parti des monarchies du Golfe. Bien plus tard, de grandes banques islamiques verront le jour, telles que la Dubai Islamic Bank, la Kuwait Finance House ou la Faisal Islamic Bank of Sudan que l’on peut considérer comme des précurseurs. L’arrivée de ces nouveaux acteurs dans la finance mondiale va aussitôt entraîner l’accélération du processus de normalisation. En 1990, les institutions internationales de standards islamiques ont été créées: l’AAOIFI (Accounting et Auditing Organisation for Islamic Financial Institutions) pour la comptabilité et l’audit en 1990 et l’IFSB (Islamic Finance Service Board) pour la gestion des risques en 2003. Aujourd’hui, outre ces régulateurs, un nombre important d’instances œuvrant pour la promotion et le développement de la finance islamique sont très actives, telles que l’Agence de rating islamique (IIRA ou International Islamique Rating Agency) ou l’Institut de recherche et de formation (IRTI ou Islamic Research and Training Institute).Bahreïn a joué un rôle crucial dans l’«industrialisation» de la finance islamique, et ce à travers sa banque centrale (CBB ou Central Bank of Bahreïn), et l’AAOIFI qu’il abrite sur son territoire. La CBB est connue entre autres pour l’émission de ses Sukuks. L’Arabie saoudite, Qatar, les Emirats arabes unis ainsi que le Kuweït encouragent officiellement la finance islamique. En Asie, le Pakistan mais surtout la Malaisie en sont des acteurs très importants. Cette dernière abrite l’IFSB, et est considérée comme une plaque tournante de la finance islamique. En Europe et en Amérique, les pays les plus actifs sont les Etats-Unis et l’Angleterre, ce qui n’est pas un hasard si ces deux pays étant aussi les deux premières places financières mondiales connues pour leur capacité d’innovation. En 2002, le gendarme de la Bourse de Londres (Financial Services Authority) a adopté une série de mesures pour encourager son développement.

Un levier de croissance de la bancarisation ?
Au Maroc, si des produits de finance alternative ont été autorisés depuis 2007, c’est depuis la loi de Finances 2010, et les mesures correspondantes sur la TVA des produits Murabaha pour l’immobilier, qu’ils peuvent exploiter leur potentiel de développement. Si les produits Murabaha, Musharaka ou Ijara y ont déjà été introduits, il existe en réalité une importante variété de produits, dont: La Murabaha: Ce produit s’apparente à un prêt à la consommation, sauf que ce contrat ne contient pas d’élément de Riba. En effet, le produit sous-jacent est directement acheté par la banque, puis revendu avec une marge;La Musharaka est une prise de participation dans une société. Les gains sont partagés suivant un ratio défini dans le contrat. Les pertes sont partagées à hauteur du capital investi; La Ijara est lui un produit qui s’apparente à du leasing, à savoir une utilisation d’un actif contre le paiement d’un loyer. A la fin du contrat, il peut y avoir une transaction de vente sur le sous-jacent du contrat. La Mudaraba: C’est une association entre deux parties, où l’une apporte le capital (Rab Al Mal) et la seconde le travail (Mudarib). Les gains sont partagés suivant un ratio prédéterminé, cependant l’ensemble des pertes est imputable (sauf négligence du Mudarib) au Rab Al Mal. Salam/Istisnaa: Produits avec paiement immédiat et livraison différée (concernent principalement les matières premières et agricoles pour le Salam, et les projets de construction pour l’Istisnaa). Sukuk: C’est l’émission d’emprunts, parfois d’états, qui ne comportent pas d’éléments de Riba. Ainsi les investisseurs partagent les profits et les pertes. Il existe plusieurs types de Sukuk: Mudaraba Sukuk, Musharaka Sukuk, Salam Sukuk, Ijara Sukuk,… Takaful: C’est l’assurance islamique. Elle repose sur le principe d’un «pot commun» (proche du concept de l’assurance mutualiste) qui est géré par une entité tierce (Takaful Operator).Pour le Maroc, ces produits permettraient d’offrir une alternative aux produits classiques, et, pourquoi pas, augmenter significativement le taux de bancarisation du pays, qui peine à décoller.
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