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Affaires

Festival des vieux gréements de Brest
L’Ethiopie mais pas le Maroc!

Par L'Economiste | Edition N°:1818 Le 23/07/2004 | Partager

. La ville bretonne revisite le patrimoine maritime mondial . Un sacré coup de promo pour les délégations participantesUne fois encore, ils ont hissé les pavois, cherché le vent et fait cap sur la pointe du Finistère; cette région de Bretagne dont le nom signifie, comme aiment à le rappeler quelques irréductibles Bretons, la fin de la terre ou le bout du monde. Ils, ce sont de vieux voiliers, ou vieux gréements en langage d’initié, venus d’horizons aussi lointains et antipodiques que le Brésil, la Norvège, l’Australie, la Grande-Bretagne, les USA, l’Espagne, l’Ethiopie, etc. C’est donc une véritable armada de trois-mâts, bricks, goélettes, ketchs, sloops, lougres, frégates, dundees… qui, depuis le 10 juillet, a pacifiquement envahi la rade de Brest pour une fête débridée dédiée à la mer et aux marins. Des bassins du port de commerce jusqu’aux quais de l’Arsenal -habituellement zone militaire de la marine française-, 10.000 loups de mer burinés et tannés par la brise marine ont amarré 1.400 embarcations aux couleurs de 20 nations. Notons qu’il y aurait dû y avoir plus de 2.000 embarcations présentes mais les mauvaises conditions météorologiques dans la première semaine de juillet obligé nombre de bateaux à rebrousser chemin et empêché la sortie de plusieurs centaines d’autres navires de leur port d’attache.Dans la cité du Ponant, la rencontre des vieux gréements n’est pas une nouveauté puisqu’elle existe depuis 1992 et est reconduite tous les quatre ans. Une périodicité nécessaire selon les organisateurs, “avec un événement de cette taille qui mobilise plus de 5000 bénévoles, nécessite deux ans de mise en place et un budget de plus de 9 millions d’euros”. L’édition 2000 ayant connu un déficit financier important lié en grande partie à la désertion du littoral finistérien par les touristes suite à la pollution provoquée par le naufrage du pétrolier l’Erika, cette année s’avère cruciale. L’équipe d’organisation a donc décidé de frapper un grand coup avec “une édition hors du commun” privilégiant la proximité avec le public et la diversité des attractions. A terre, 4 espaces culturels ou “villages” ont transporté les visiteurs des hauts-plateaux éthiopiens vers les jangadas brésiliennes, en passant par les fjords norvégiens et les marins du Leman suisse. Du côté des responsables des délégations étrangères, c’est l’unanimité. Sans fausse pudeur, Marit Hodanger, directrice de l’Office du tourisme norvégien en France, adjuge “un dix sur dix” à son village et s’avoue  ravie du grand succès rencontré par la présence de son pays à Brest 2004: “C’est un rendez-vous parfait pour l’image; cela vaut n’importe quel plan de communication média et c’est moins cher”. Même son de cloche chez nos amis éthiopiens qui, avec leurs pirogues en papyrus fabriquées sur place par Mezganow, un pêcheur venu directement de la région du Nil bleu. Des artistes-peintres et musiciens, de la gastronomie, une copie du squelette de Lucy et beaucoup de convivialité, de gentillesse et de chaleur, sont devenus la coqueluche de l’événement. Guebre Seffefe, attaché culturel à l’ambassade d’Ethiopie, résume l’affaire en quelques mots: “C’est une occasion unique de se faire connaître” et pour illustrer, il cite cette remarque d’une dame B.C.B.G. devant le menu du restaurant du village: “Je ne savais pas qu’il y avait tant à manger en Ethiopie!” Côté brésilien, l’artisanat du Hamac, les jangadas, ces petites barques à voile des pêcheurs de Fortaleza et rythmes endiablés ont séduit. Sur l’eau, des voiliers historiques tels que le Matthew, réplique de la Caravelle de John Cabot, génois de naissance, qui le 2 mai 1497, quitta Bristol en compagnie de ses trois fils et 15 membres d’équipage pour tenter de découvrir une route vers la chine. Les historiens disent qu’il a découvert Terre-Neuve, le Labrador ou l’île du Cap breton. Ou encore la Koggue de Kiel, un navire de commerce qui en 1380 fut emporté par un raz-de-marée et s’échoua en aval de Brême, en Allemagne, et tant d’autres tels que le Shtandart, une frégate russe de 1703, le Phœnix, une goélette anglaise de 1929 ayant connu une grande carrière dans le cinéma. Plus petit mais tout aussi impressionnant, le Renard, cotre du célèbre corsaire Surcouf. Le visiteur avait le choix entre l’animation de rue par les bagads, fanfares, et chants de marins, ou simplement se poser en attendant les grands concerts de Gilberto Gil, Carlo Nunez, Mahmoud Ahmed et Matmatah. On comprend dès lors qu’à Brest, on reste résolument attaché à cette manifestation qui est selon les responsables de la ville un “symbole d’une identité forte, féconde et vivante”. Un moyen intelligent de faire goûter au touriste une “tradition en mouvement qui n’a rien à voir avec le folklore”. Le mot de la fin restera à Gil Troel, musicien brestois rencontré sur les quais: “La culture maritime bretonne est attirante parce qu’elle se manifeste dans la vie de tous les jours”. Un exemple à suivre?


Tonnerre de…

Dans le bagne de Brest, on tirait un coup de canon lorsqu’un bagnard s’évadait pour avertir la population, car une récompense était offerte à ceux qui le capturaient.L’expression «tonnerre de Brest» ne vient pas de ce coup de canon, mais de celui qui annonçait l’ouverture et la fermeture des portes de l’arsenal. Chaque jour à 6 heures et à 19 heures, aux pieds du château, tonnait le canon.


Marins barbaresques, quesaco?

Peut-être que la faute en revient à l’enseigne du vaisseau, Olivier Colas, chargé de la communication de la Marine nationale française au niveau de la région ouest, qui a profité de la présence de L’Economiste pour lancer une invitation à une participation de la Marine royale marocaine à Brest 2008. L’idée a mûri. Surtout qu’au gré de pérégrinations sur les môles, après des essais d’approches et de contacts stratégiques sous la forme de séance de godille avec des îliens taciturnes, des essais asthmatiques de cornemuse écossaise et quelques prises de ris anthologiques, un peu de glace avait fondu et un semblant de discussion amène s’était installé avec quelques équipages. Quelques jeux de questions plus tard et constat amer: des grands navigateurs arabes, aucune trace dans le collectif des passionnés maritimes européens; des marins marocains ou barbaresques -comme on disait autrefois-, rien, ne serait-ce que la réminiscence d’une hypothétique et lointaine lecture. Ben Aïcha, Bargach, Ghaïlane, Fenniche, Estivanico sont inconnus chez les marins de l’Europe. Le coup de grâce fut administré par Laïla et Zaïna, deux jeunes filles d’origine marocaine qui au jeu de mots-question “maritime-Maroc” répondirent “ferry”. Elles eurent néanmoins gain de cause en affirmant très rationnellement que “le Maroc n’avait qu’à être là pour faire connaître son histoire”. Et toc!


“Cohésion d’un territoire”

Pour Brest, la rencontre des vieux gréements est d’un intérêt primordial. Dans une région où l’agriculture (51.200 exploitations), la pêche (51% de la production nationale), et le tourisme (4e place des régions françaises pour l’accueil de touristes français et la 5e pour l’accueil des touristes internationaux) constituent le fer de lance de l’économie, la ville du Ponant a surtout été liée à la marine française avec l’arsenal (port militaire et chantiers de construction navale) et une base de sous-marins. Au cours des années 90, face aux restructurations de la Défense nationale qui ont entamé la capacité productive du port brestois, les acteurs politiques de la communauté urbaine ont décidé de développer sa vocation touristique. Les élus ont donc opté pour des vecteurs de communication orientés vers l’histoire maritime avec la construction du grand aquarium Océanopolis et l’organisation d’un événement maritime fort qui “participe à la réputation de la ville et de la région”. Du côté des décideurs politiques, les retombées ne doivent pas se jauger à l’échelle des bénéfices financiers de la manifestation. Pour Pierre Maille, ancien maire de Brest, s’il faut effectivement assurer l’équilibre de telles opérations, il ne faut pas oublier qu’elles “contribuent à l’image de l’agglomération, à la cohésion d’un territoire”. Les industriels et opérateurs économiques bretons l’ont compris puisqu’ils ont profité de la fête pour médiatiser les nombreux atouts de Brest et montrer le savoir-faire d’une région à leur clientèle. L’importance d’une telle rencontre a aussi été confortée par la présence de nombreuses entreprises étrangères (Suisse, Grande-Bretagne, Japon, Allemagne…).


Un Marocain pour le Renard

. Parcours hors normes d’un R’bati qui a fait carrière dans la marine française. Au festival de Brest, il conduit une réplique d’un navire de SurcoufA Brest 2004, il y avait le Renard. Rien de bien surprenant puisque ce bateau est la réplique du navire de l’une des plus grandes figures de la tradition maritime bretonne, Robert Surcouf, le corsaire malouin. Rien d’étonnant aussi à ce qu’y soit rattaché un officier de liaison de la marine française, l’un des principaux partenaires de l’événement. Un peu plus hors normes est le profil de cet officier croisé sur les quais du port de commerce. Mohamed Marzouki, actuellement enseigne de vaisseau ou lieutenant réserviste dans la marine tricolore, est franco-marocain. L’homme est discret et n’accepte de se révéler qu’après plusieurs rencontres et l’autorisation de la hiérarchie navale. Autour d’un café, le képi sur la table, Mohamed Marzouki avoue néanmoins «savourer le plaisir de bavarder en arabe». Pour ce natif de Rabat, âgé de 36 ans et que rien ne prédestinait à une carrière, même ponctuelle, sous l’uniforme, “les choses se sont faites un peu par hasard”. Un baccalauréat scientifique en poche, le jeune lycéen envisageait à l’époque de poursuivre ses études en ex-URSS et s’y prépare avec cette même rigueur qui le fera bien noter par ses chefs militaires: «J’ai même fait trois ans de russe». Les conseils avisés de quelques aînés de la famille aidant et l’occasion se présentant «d’avoir une bourse d’études», ce ne sera pas Moscou mais l’Institut technologique de Lannion en France (Université de Rennes) à la fin des années 80. «Ça a été un bouleversement total, explique Mohamed Marzouki, au lieu de la biologie et de la pharmacie, je me suis retrouvé à faire des études en électronique». Avec succès puisqu’il décroche un diplôme de technicien supérieur. Marié entre-temps et installé dans la région brestoise, il est naturalisé français et effectue son service militaire. Mohamed opte naturellement pour la marine «dans l’espoir d’être rattaché à Brest». Et ce sera à quelques kilomètres, à la base aéronavale de Landivisiau en tant que matelot radiotechnicien. A la fin de son service, il reprend ses études tout en restant réserviste, passe son diplôme d’ingénieur dont une partie chez Thalès (ex-Thomson CSF), l’un des plus importants fournisseurs de la marine française en systèmes électroniques de communication et de surveillance. Un stage en laboratoire «secret défense» et dans un domaine ultrasensible que le jeune R’bati sait devoir en grande partie à son statut de marin réserviste: «Mon service dans la Marine nationale française m’a permis une meilleure intégration». A la suite de son diplôme d’ingénieur, il est promu officier. Aujourd’hui, Mohamed Marzouki ne renie en rien ses origines marocaines. Il affirme, au contraire, que sa plus grande satisfaction serait “de servir d’officier de liaison pour les bâtiments de la Marine royale qui accostent dans les ports français”. Messieurs de la Marine royale, que ce soit à Toulon, Brest, Cherbourg, Lorient et autres lieux d’accostage, n’hésitez donc pas à demander comme officier de liaison l’enseigne de vaisseau Marzouki de Brest! Le message est transmis. En attendant, en dehors de ses obligations militaires, Mohamed continue à enseigner les mathématiques et compte entamer un master. Bon vent, lieutenant Marzouki! De notre correspondant, Amine Benabid

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