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    Demain, les objets qui pensent

    Par L'Economiste | Edition N°:418 Le 08/01/1999 | Partager

    La révolution des nouvelles technologies de l'information va pénétrer encore plus dans notre vie quotidienne, pour la faciliter.


    Michael Dertouzos
    Michael Dertouzos est directeur du Laboratoire d'informatique de MIT et professeur de sciences informatiques et d'ingénierie électrique à MIT (Cambridge, Massachusetts). En 1980, il a écrit une première publication sur le marché de l'information. Il a depuis beaucoup écrit sur le sujet, notamment dans son dernier ouvrage, «What Will Be» (1997). Il est également auteur et coauteur de six autres livres, et membre de l'Académie Nationale d'Ingénierie des Etats-Unis et de l'Académie des Arts et des Sciences d'Athènes.

    - Quelles seront les principales nouvelles technologies du futur ?
    - Il s'agit moins des technologies proprement dites que de la façon dont elles affecteront notre vie. Nous serons entourés de milliers de surfaces et de produits issus de cette révolution de l'information, mais nous ne les considérerons pas en termes de technologie. Ils feront simplement partie de notre quotidien et affecteront tout autant notre vie personnelle que notre vie professionnelle.

    - Pouvez-vous nous donner un exemple ?
    - Imaginons que vous êtes Français et que vous vendez des chaussures. Dans le monde de demain, au lieu de vendre des chaussures dans un magasin, vous les vendrez peut-être depuis chez vous. Vous vendrez des chaussures à tous les Français du monde qui pourront voir vos chaussures sur leur écran. Ils vous demanderont si le cuir est solide et quelles sont les tendances actuelles. Vous utiliserez l'informatique pour décrire ces chaussures qui seront peut-être fabriquées à Milan. Une fois la transaction terminée, les chaussures seront envoyées et les acheteurs les recevront deux jours plus tard.

    - Vous annoncez l'ère des «ordinateurs omniprésents», des «objets qui pensent» et des «pièces intelligentes». A quoi notre quotidien va-t-il ressembler ?
    - Toutes ces choses sont plus ou moins identiques. Il s'agit simplement d'avoir plusieurs ordinateurs intégrés dans votre environnement, plutôt qu'un seul. Au lieu d'avoir un ordinateur sur votre bureau, vous en aurez partout : sur les murs, dans votre cuisine, sur vos vêtements, etc. L'idée est de fournir un service d'informations où que vous soyez, au lieu de tout mettre dans un seul et même endroit. Par exemple, vous pourrez vous rendre dans votre cuisine, ou bien l'appeler du bureau pour dire : «Préparez des Chateaubriand pour quatre personnes ce soir, s'il vous plaît».

    Et les bodynets ?
    - Le bodynet est un réseau que l'on peut porter sur soi et qui combine tous les gadgets que vous avez l'habitude d'emporter avec vous: baladeur portatif, radio, walkman vidéo, téléphone mobile, agenda électronique, etc. Le bodynet les rassemble tous, de façon à ce que vous n'ayez qu'un seul écran sur vos lunettes. Ces lunettes pourront être munies d'un microphone, pour que vous puissiez parler au téléphone ou consulter votre E-mail.

    - Dans combien de temps pensez-vous que ces outils feront partie de notre vie quotidienne ?
    - Vous en verrez apparaître très bientôt, notamment des systèmes de compréhension du discours, qui constitueront certainement la plus importante interface de la première décennie du XXIème siècle.
    Par exemple, je peux aujourd'hui appeler un endroit pour connaître la météo. Imaginez que vous puissiez faire la même chose pour connaître le prix des actions ou le prochain vol pour Rome, ou encore consulter vos en-têtes de E-mail, et cela par le simple son de votre voix. Dans 5 à 7 ans, vous devriez pouvoir obtenir ce type de reconnaissance, avec une fiabilité de 95 %.
    Ensuite viendront les interfaces visuelles, qui pourraient jouer un rôle très important. Si vous montrez quelque chose à la machine, celle-ci comprendra ce que vous lui avez montré: un geste, une expression faciale ou un objet.
    Les interfaces impliquant le toucher viendront un peu plus tard. Dans d'autres domaines, il se peut que les choses ne se produisent jamais ou qu'elles mettent des centaines d'années avant d'apparaître, comme des maillots de corps qui pourraient sentir et suivre vos mouvements, de façon qu'une autre personne puisse les sentir.

    - Dans votre ouvrage «What Will Be», vous dites que toutes ces interfaces nous donneront accès au marché de l'information. Pourriez-vous expliquer cette idée ?
    - Nous sommes déjà dedans, et nous nous y enfonçons un peu plus chaque jour. C'est l'idée que les gens et les ordinateurs sont interconnectés et ne font que trois choses : ils achètent, ils vendent et ils échangent librement des informations et des services d'information.

    - En quoi cela changera-t-il la vie de chacun d'entre nous ?
    - A presque tous les niveaux. Le matin, vous pourrez être réveillé par une chanson, fournie par votre service de réveil. Vous n'avez jamais entendu cette chanson, mais vous l'aimez bien. Le service, en effet, connaît vos goûts et choisit des chansons proches de celles que vous aimez. Puis il pourra vous aider à choisir les vêtements que vous allez porter et vous dire où vous devez aller ce jour-là. Puis, quand vous consulterez les nouvelles, il pourra vous apprendre que dans votre ville d'origine, un de vos amis s'est fiancé, en même temps qu'il vous donnera les nouvelles internationales. Et cela peut continuer ainsi tout au long de la journée : avec votre santé, vos rendez-vous, vos achats et vos ventes, vos loisirs, bref, avec toutes les activités humaines. En fait, existe-t-il une seule activité humaine qui ne puisse bénéficier du marché de l'information ?

    - Les relations personnelles et la vie émotionnelle?
    - Imaginez des personnes âgées vivant seules. Ce qu'elles pourront faire avec le marché de l'information, c'est allumer leur écran et communiquer avec leurs amis. Aujourd'hui, c'est déjà possible avec le courrier électronique, mais demain, on verra leurs visages à l'écran. Et ces personnes pourront ainsi remplir leur vie solitaire de relations humaines.

    - Quel sera l'impact de ces changements sur la société au sens large?
    - Nous sommes les mêmes hommes préhistoriques que nous avons toujours été. Chaque changement est un nouvel outil. Avez-vous radicalement changé avec l'automobile ou l'électricité? Si vous pensez que la réponse est oui, alors vous changerez de la même manière avec l'informatique. A mes yeux, ce ne sont pas des changements radicaux.

    - Quelle part de notre réalité deviendra virtuelle?
    - Une toute petite part seulement. Je pense que les gens ont du bon sens. Beaucoup ont peur de voir apparaître une culture universelle qui uniformisera tout le monde. Je pense que c'est absurde. Par exemple, dans l'Union Européenne, tous les membres parlent anglais. Cela a-t-il changé la culture des Italiens, des Français ou des Grecs? Cela a introduit une très fine couche de normes culturelles partagées. Il se produira la même chose avec le marché de l'information. Il y aura quelques normes partagées, mais la majorité des gens, des tribus, des nations et des groupes d'intérêt commun resteront plus ou moins les mêmes.

    - Les nouvelles technologies pourraient-elles résoudre certains vieux problèmes humains?
    - Elles pourraient aussi les aggraver. Ma plus grande crainte est le fossé entre les riches et les pauvres. Les riches peuvent acquérir les nouvelles technologies, devenir plus productifs et plus riches, alors que les pauvres restent derrière.
    - Mais le fossé ne risque-t-il pas de se creuser avec ceux qui refuseront les nouvelles technologies?
    - Il y a un siècle, les gens ont résisté à l'automobile. Mais aujourd'hui, la plupart s'y sont adaptés et jamais, dans les journaux ou à la radio, ne se pose la question de savoir si l'on doit ou non acheter une voiture. C'est devenu partie intégrante de notre culture.

    - Mais à cause de l'automobile, nous avons la pollution. Risquons-nous également une sorte de pollution technologique?
    - Oui, en effet. Dans chaque nouvelle technologie, il y a des aspects qui nous aident et des effets secondaires qui nous affectent. Vous avez par exemple la médecine nucléaire et la bombe nucléaire. Vous avez l'électricité pour éclairer votre maison mais vous avez la chaise électrique. La technologie proprement dite n'apporte pas le bien ou le mal. Les anges et les démons sont en vous et en moi. Ils ne sont pas inhérents à la technologie. La vraie question est la suivante: est-ce que vous ouvrez la porte à une nouvelle technologie et poursuivez le cheminement humain qui consiste à explorer et à progresser, en vous heurtant de temps à autres à quelques problèmes, ou est-ce que vous fermez la porte et vous contentez de ce que vous avez ? Personnellement, je préfère ouvrir la porte et aller de l'avant.

    - Quels sont vos espoirs et vos rêves pour le siècle prochain?
    - Mon espoir est qu'après avoir connu trois révolutions -la première agraire basée sur la charrue, la seconde industrielle basée sur le moteur et la troisième informatique basée sur l'ordinateur- nous arrêtions d'avoir des révolutions basées sur des objets. J'aimerais que nous ayons une quatrième révolution, dans laquelle nous essayons de comprendre la plus précieuse ressource que nous possédions: nous-mêmes.

    Propos recueillis
    par Dijana Sulic
    et Weronika Zarachowicz,
    (World Media Network)

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