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    Dar As-Sikkah: Dissuasion maximale dans l'usine à sous

    Par L'Economiste | Edition N°:421 Le 13/01/1999 | Partager

    La fabrication des billets de banque s'effectue sous un dispositif de sécurité et un contrôle-qualité draconiens. Rien n'est laissé au hasard, y compris les plus petits des détails. L'Economiste est rentré pour vous dans les ateliers de Dar As-Sikkah.

    A l'approche des installations de Dar As-Sikkah située sur la Route de Meknès à la sortie de Salé, le visiteur est surtout frappé par le gigantisme du bâtiment (le complexe industriel s'étend sur 19.000 m2), mais aussi par l'implacable dispositif de sécurité qui entoure les lieux. Sécurité et confidentialité sont du reste les deux maîtres-mots de cette institution plutôt froide à vue d'oeil et assez peu connue du grand public. "L'usine à sous" du pays est classée site stratégique. Ce n'est pas une surprise. C'est pareil partout dans le monde. Une caserne de la Gendarmerie Royale jouxte ses installations pour parer à toute éventualité. En tous cas, l'effet de dissuasion est garanti. Dans les statuts de Bank Al-Maghrib, il est prévu que l'Etat assure la protection des bâtiments et des convois de l'institution.
    A l'intérieur, un bataillon d'agents, appuyé par un système de surveillance-vidéo qui enregistre faits et gestes dans tous les coins complète le dispositif. L'escorte obligatoire au visiteur. Le passage entre différentes sections est minutieusement encadré. A l'ouverture, le matin, ainsi qu'à la fin de la journée, chaque atelier doit dresser son compte. Attention, ici on ne badine pas avec les principes de comptabilité. Le débit doit correspondre au crédit, comme dans une balance des comptes. L'organisation du travail est orientée vers la spécialisation pour des raisons de sécurité. Les employés aussi bien que les sections sont spécialisées par tâches. Un mode d'organisation plutôt de type taylorien.
    De toute façon, le temple de fabrication de l'argent fait rêver. "Cinq minutes de production changeraient la vie de n'importe qui", plaisante un chef d'atelier. "Chaque jour, je rêve", renchérit-il. Un peu plus qu'ailleurs, l'effervescence est perceptible dans la section qui abrite les ultimes étapes du processus de fabrication, celles du découpage et du regroupement de billets par liasses avant qu'ils ne regagnent les coffres. Ce sont des montagnes de billets "prêts à payer" qui défilent sous les yeux des employés. En majorité des jeunes femmes, elles ne semblent pas le moins du monde impressionnées par l'importance du lieu, même si elles en saisissent l'enjeu. Aucun indice de frustration non plus dans le regard de ces salariés qui côtoient l'équivalent de plus d'un siècle de leur rémunération. Tout juste comme les visiteurs d'ailleurs, elles inhalent l'odeur de billets de banque qui rappelle que l'on se trouve dans un endroit "riche".
    Pour d'évidentes raisons de confidentialité, Dar As-Sikkah est organisée de manière intégrée. Dans ses effectifs, figure une diversité de spécialités de haut niveau: artistes, dessinateurs, techniciens de maintenance, ingénieurs, spécialistes de design et de photogravure, laborantins, chimistes, etc. L'entreprise est obligée de fonctionner sous un régime d'autosuffisance pour la plupart de ses besoins: elle fabrique même sur place le petit matériel de rechange. Ce qui n'est pas toujours sans conséquence sur ses prix de revient. Selon la coupure, le coût de production d'un billet de banque oscille entre 30 et 50 Centimes. "Il ne dépend ni de sa grandeur ni de la beauté du design du billet, mais des éléments de sécurité qu'il comporte", explique M. Mohamed Marrakchi, directeur de Dar As-Sikkah.
    Tout au long du processus de fabrication, les billets sont soumis à un contrôle rigoureux de qualité effectué manuellement. Selon M. Marrakchi, la marge de "fautés" (billets défectueux) est de 2%.
    La production annuelle est fixée pour chaque coupure, par les experts de Bank Al-Maghrib en fonction de l'augmentation de la circulation fiduciaire et de la masse de billets usagés. La production se fait avec un décalage de trois mois par rapport à la livraison. En tous les cas, l'impératif est d'assurer la couverture des besoins des agents économiques quels que soient les aléas.

    Abashi SHAMAMBA


    Les faux-billets, phénomène marginal


    La circulation de faux billets est la grande hantise de tous les fabricants de monnaie de par le monde. La course technologique entre argentiers et contrefacteurs bat son plein, cha-que partie voulant prendre l'autre de vitesse. Les premiers redoublent d'ingéniosité en recourant à des procédés de plus en plus sophistiqués. Scanners et autres photocopieuses en couleur sont les deux armes "dangereuses" utilisées par des faux-monnayeurs. Sans parler de la traditionnelle impression en quadrichromie.
    Sans avancer d'estimation précise sur l'ampleur du phénomène, le directeur de Dar As-Sikkah affirme que la copie frauduleuse de billets de banque reste marginale au Maroc. "La contrefaçon n'atteint pas de seuil important. Pour autant, ajoute-t-il, il ne faut pas baisser la garde". Pour l'essentiel, les faux billets de Dirham proviennent de l'étranger, d'Europe en particulier. Très habiles, les contrefacteurs procèdent aux émissions par petits lots de billets vieillis artificiellement avant de les larguer dans la circulation. Les périodes propices sont généralement des événements particuliers (fêtes religieuses et moussems par exemple), de manière à passer inaperçus.
    La meilleure arme contre la contrefaçon serait que les éléments de sécurité (voir encadré) soient identifiables par le public. De leur côté les banques commerciales ne sont pas toujours rigoureuses. Elles n'assurent pas systématiquement le tri à leurs guichets lors des dépôts d'argent liquide. Quoi qu'il en soit, ce sont les banques qui supportent in fine le coût s'il est prouvé que des faux billets s'étaient glissés dans les dépôts qu'elles effectuent auprès de Bank Al-Maghrib. Au guichet de la banque des banques, les liquidités sont toujours reçues sous réserve de comptage et de tri. La contrevaleur d'éventuels faux Dirhams est débitée sur le compte du déposant. Personne ne sait exactement l'étendue de la note: Chacun se garde habilement de l'évoquer, sans doute pour ne pas effrayer la clientèle.

    A. S.


    Les garde-fous de l'authenticité


    Papier spécial, procédé d'impression high tech, encre "sur mesure", numéros de série... autant de garanties mises en oeuvre par Dar As-Sikka pour parer à toute tentative de contrefaçon.
    Les billets de banque contiennent de nombreux éléments de sécurité visant à décourager la contrefaçon. Parmi les éléments les plus faciles à distinguer et qui sont communément connus, le filigrane à l'effigie du Souverain et le fil de sécurité micro-imprimé situé au niveau de la masse du papier de chaque billet. "100% coton", le papier fiduciaire utilisé pour la fabrication de billets est importé par Dar As-Sikkah selon un cahier des charges spécifique.
    Parallèlement, le procédé d'impression dit "de taille douce" qui fait appel à l'utilisation de plaques gravées en creux permet d'imprimer en relief le portrait du Souverain et d'autres éléments. C'est une technique onéreuse qu'on ne trouve pas dans l'édition traditionnelle. Ce procédé est décisif, car c'est lui qui confère en quelque sorte au billet son caractère authentique. Pour le cas par exemple du billet de 200 DH, le chiffre "2" change de couleur selon les orientations du billet. Imprimé en encre optiquement variable, en face, ce chiffre apparaît mauve, alors que sur lumière rasante, sa couleur devient verte.
    Le grand public est appelé à faire attention à ce que l'étoile à cinq branches imprimées sur le recto correspond exactement à une étoile imprimée au verso ou à une autre couleur. La vérification pourrait se faire en regardant le billet par transparence, recommande le directeur de Dar As-Sikkah. Ce n'est pas toujours évident de reconnaître un faux billet, tant la copie peut parfois ressembler à l'originale.
    Outre l'apparence et la texture uniques, les billets de banque comportent d'autres éléments de sécurité, notamment l'impression de micro-caractères, de numéros de série et les signatures.
    Globalement, c'est la qualité des billets qui constitue le meilleur antidote face aux faux-monnayeurs.

    Rachid JANKARI

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