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    Economie Internationale

    Côte-d'Ivoire: Les raisons de la rapide victoire des putschistes

    Par L'Economiste | Edition N°:671 Le 30/12/1999 | Partager

    · Le putsch réussi du général Gueï met en lumière toutes les faiblesses du pouvoir en place: Simulacre de démocratie, façade constitutionnelle, gestion calamiteuse, institutions bloquées...
    · Les hommes en uniforme se découvrent une vocation de bâtisseurs de démocratie réelle


    Le putsch de Noël en Côte-d'Ivoire confirme ce que de récents coups d'Etat -l'an dernier au Nigeria et cette année au Niger, aux Comores et en Guinée-Bissau- avaient déjà suggéré: même dans une Afrique "démocratisée" sous la pression des bailleurs de fonds, l'alternance au pouvoir passe par les casernes et non par les urnes. C'est une mauvaise nouvelle. Quand le général Gueï assigne comme objectif au Conseil National du Salut Public, la junte qu'il préside, la tâche de "créer les conditions nécessaires pour une démocratie réelle, avec la perspective d'organiser des élections justes et transparentes", on peut craindre que cette "perspective" soit lointaine. Mais surtout on comprend que la Côte-d'Ivoire, comme tant d'autres pays du continent, s'était installée dans un simulacre de démocratie, avec des élections truquées ou rendues insignifiantes par le boycottage de l'opposition ou le "forfait" de vrais rivaux pour le Président.
    Sortie pitoyable. Henri Konan Bédié travaillait justement de toute son énergie à l'éviction de son challenger à la prochaine présidentielle, Alassane Ouattara, prétendument de "nationalité douteuse", lorsque les mutins ont fini par enfoncer les portes ouvertes de la présidence. Le pouvoir en place s'est révélé creux, même le parti du Président n'était pas prêt à le défendre. C'est ainsi qu'on a vu son secrétaire général et ministre de la Solidarité Nationale, Laurent-Dona Fologo, entériner le "changement" imposé par les militaires, alors qu'une semaine auparavant il expliquait à la presse le bien-fondé de la politique gouvernementale. Il faut reconnaître que le Président a donné l'exemple en ajoutant à six années de gestion calamiteuse une sortie pitoyable: après s'être réfugié à la résidence de l'ambassadeur de France, Konan Bédié a attendu dans la base militaire française près d'Abidjan qu'un hélicoptère le transporte en exil.
    L'opposition ivoirienne est au coeur du dilemme. Si hier le parti de Laurent Gbagbo a "pris acte" de la nouvelle donne, Alassane Ouattara, qui séjourne dans le Sud-Est de la France, n'a pas fait la moindre déclaration en attendant de savoir de quel côté tourne le vent. Il lui était difficile de défendre une "légalité constitutionnelle", qui l'avait frappé d'inéligibilité, qui avait jeté tout l'état-major de son parti en prison et avait lancé un mandat d'arrêt contre lui. En même temps, il eût été imprudent de saluer avec empressement une prise de pouvoir par la force. Ce qui ne change rien à la réalité: sauf de rares exceptions, les pays africains n'offrent à leurs opposants que le choix entre un strapontin "alimentaire" et le recours aux armes. Et non seulement dans des pays comme le Centrafrique, le Cameroun, le Togo, la Guinée ou le Gabon, mais aussi, par exemple, au Sénégal, si la présidentielle de février n'y efface pas la fâcheuse impression que tous les scrutins sont courus d'avance. Celui-ci, ces derniers temps, s'opère de plus en plus par procuration. L'armée prend le pouvoir pour le rendre, voire pour le rendre plus vertueux.
    C'est une pente glissante. Dans d'autres Etats où l'alternance semble inaccessible par la voie électorale, des hommes en uniforme pourraient se découvrir une vocation de bâtisseurs de "démocratie réelle". La Côte-d'Ivoire vient de prouver qu'une façade constitutionnelle, des institutions bloquées et des rites électoraux "confirmatifs" ne suffisent pas à la démocratie. C'est une évidence à laquelle il faut se rendre si l'on ne veut plus que l'alternance soit au bout du fusil.

    Stephen SMITH
    Syndication L'Economiste-Libération (France)

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