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    Enquête

    Congrès France-Maghreb sur les ressources humaines : Tous condamnés à la mobilité

    Par L'Economiste | Edition N°:154 Le 17/11/1994 | Partager

    Finis l'emploi à vie et les plans de carrière. L'accélération de l'évolution technologique doublée de la récession mondiale impose, partout dans le monde, compressions de personnel et reconversion. Venant de quatre pays différents, les DRH de France et du Maghreb, réunis à l'Unesco en congrès, le confirment: la mobilité est la valeur dominante du travail de demain.

    Qu'est-ce qui ressemble le plus à une entreprise française? Une entreprise marocaine. M. Driss El Bouri, consultant, après avoir été responsable du social à la Cosumar, parlait bien sûr de la grande entreprise. Il évoquait ainsi à l'héritage de l'organisation taylorienne et de tous les carcans réglementaires, que des générations de cadres, formés dans les écoles et universités françaises, sont venus renforcer.

    Aux 1ères rencontres France-Maghreb des ressources humaines, les similitudes des problèmes apparaissaient encore, en dépit de contextes économiques différents, et d'évolutions technologiques partout accélérées, mais à différents rythmes.

    C'est ainsi que la mobilité est apparue comme une tendance majeure du monde du travail d'aujourd'hui et de demain. "L'emploi n'est plus l'emploi à vie", affirme simplement Youssef Alouane, président de l'association tunisienne Arforghe.

    Employabilité

    Au mieux, les entreprises ne peuvent garantir à leurs cadres et leurs ouvriers qu'une "employabilité". Elles veillent alors au maintien de leurs compétences, à l'amélioration de leur qualification. Muté ou remercié, le salarié doit toujours conserver sa faculté de reconversion. Rien ne sert donc de résister. La salarié (cadre dirigeant compris) doit s'y faire. On ne lui conseillera pas assez de prendre en charge son employabilité, de la porter. "Il revient à chacun d'anticiper sa propre évolution de carrière et de ne pas compter sur son entreprise pour le faire", conseille un professionnel.

    Quant aux jeunes, qui arrivent sur le marché de l'emploi, bardés de diplômes supérieurs, ils changeront 8 à 10 fois d'entreprises ou de fonctions.

    Cette mobilité devient la règle à travers le monde et dans les 4 pays, quelle que soit l'évolution du pays. Ainsi, la France et les pays développés subissent actuellement une double pression sur l'emploi: d'une part, la récession diminue l'offre de postes, en quantité; d'autre part, l'évolution technologique, l'automatisation en suppriment dans l'industrie, mais n'en créent pas autant dans les services.

    Au Maroc, la protection de l'emploi est toujours garantie par la loi, mais plus par les entreprises qui ne bénéficient plus de protection: les PAS, l'adhésion à l'OMC et tout le processus d'ouverture aux produits étrangers incitent à plus de vigilance sur les effectifs, la productivité. "Le management des hommes n'est plus un fleuve tranquille, il devient un torrent irrésistible, avec des rapports de force nouveaux", dit en substance M. Ghzali, président de l'AGEF.

    La Tunisie connaît un environnement similaire, mais c'est en Algérie que le choc de la réalité est le plus violent. Les entreprises (les fameuses sociétés nationales) étaient riches des rentrées pétrolières.

    Partout dans le monde, la mobilité s'ajoute donc aux soucis des gestionnaires du personnel, à la tâche réputée et compliquée. "Sale temps" pour les DRH qui ne sortent par indemnes de la récession. Eux, qui ne juraient que par le bilan de compétence ou le cercle de qualité dans la décennie 80, celle de l'euphorie, en reviennent au côté ingrat de la fonction: licencier. Même le terme "ressources humaines" qui a remplacé le mot "personnel" comme symbole de modernité est mis en cause: "la ressource est une matière, à exploiter, on ne fait que développer les ressources en l'homme". Une entreprise française a créé une direction des potentiels sur les cendres de sa DRH;

    L'entreprise et sa légitimité

    Au lieu des carrières, les entreprises n'offrent plus que des "missions" de quelques mois à quelques années, bien payées: installer une filiale, lancer une ligne de produits, dégraisser une unité... La race des mercenaires d'entreprises est née.

    La mutation n'est pas sans heurts. Omar Aktouf, universitaire algérien, exerçant au Canada, rappelle le revers de la médaille: "un livre vient de sortir sur le sabotage, devenu phénomène dans l'industrie américaine. Un ouvrier de la GM y avoue qu'il monte le carburateur des voitures à l'envers, à chaque fois qu'il en a l'occasion. C'est sa seule façon d'exercer son libre-arbitre dans son entreprise". Car le taylorisme n'est pas mort. Il est la règle. Pourtant, tous les patrons du monde clament qu'ils n'ont de richesse que leurs hommes. Il semble que les salariés ne les croient plus depuis qu'ils sont tous (du directeur à l'OS) menacés de faire partie des coupes, et qu'ils sont redevenus des "frais variables" à minimiser.

    Les participants

    C'est le Palais de l'Unesco à Paris qui a abrité les premières rencontres des Ressources Humaines France-Maghreb, les 9 et 10 novembre. Le Président français Mitterrand a accordé son haut patronage à cette manifestation qui a regroupé 240 professionnels et universitaires, 143 de France, 35 d'Algérie, 28 de Tunisie et 34 du Maroc. M. Belarbi, directeur général de la Somaca, président de la Commission Sociale, qui devait présenter l'évolution marocaine des ressources humaines, a été remplacé par M. El Bouri, consultant (Promofor). 3 chefs d'entreprises marocaines sont intervenus dans les tables rondes. Autres interventions: M. G. Auguste (SGS-Thomson). M. Bousta (Frumat), des consultants, E. Bellal (Diorh), A. Mezouar (LMS Conseil, professeur). M. Tebaâ (CNJA, professeur universitaire et HEM) ainsi que Mme El Alami Khallad (OFPPT). Ont participé également du côté marocain d'autres consultants, comme M. Dassili (Dama Service), M. Serhani (Gesper) et des DRH de grandes entreprises comme M. El Kohen (ONA), M. Aounsekt (Makro), Mme Daoudi (Cinouca), M. Ghzali (Brasseries du Maroc), président de l'AGEF. La rencontre a été organisée par les associations regroupant chacune dans son pays les gestionnaires des ressources humaines: l'ANDCP (France), l'AGEF (Maroc), l'ALGRH (Algérie) et l'Aforghe (Tunisie) et MRH, un cabinet parisien dirigé par un Marocain, M. El Ouahdoudi.

    Khalid BELYAZID

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