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International

Chine: L'épidémie SRAS vue de l'intérieurPar Pierre HASKI*

Par L'Economiste | Edition N°:1509 Le 30/04/2003 | Partager

Les grandes secousses ont parfois des causes imprévues. Il y a deux mois, la Chine apparaissait triomphante, ayant réussi une passation des pouvoirs en douceur entre deux générations de dirigeants communistes, surfant sur une croissance de 9,9% au premier trimestre alors que le reste du monde peine à retrouver du souffle. Quelques Cassandre prédisaient des difficultés sociales ou des luttes de clans, mais pas de quoi perturber la croisière du paquebot Chine.. Le virus ou la gestion calamiteuse?Qui aurait pu croire que moins de deux mois plus tard, les rues de Pékin seraient désertées par ses 13 millions d'habitants en panique, que plus un visiteur étranger, touriste ou homme d'affaires ne s'aventurerait dans les hôtels ou les aéroports chinois... En un mot, que la Chine ferait de nouveau peur. Et tout ça pour un virus jusque-là inconnu, à l'origine du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) qui, parti du sud de la Chine, a gagné plus d'une vingtaine de pays et a déjà reçu le titre peu enviable de «première maladie grave du XXIe siècle«.On ne sait pas trop si la panne que subit aujourd'hui la Chine est due au virus ou à la gestion calamiteuse de cette crise sanitaire par le pouvoir chinois. Le virus, après tout, n'est que modérément grave. Comme toutes les épidémies, il faut la combattre dès ses débuts avant qu'elle ne devienne une pandémie et ne soit impossible à éradiquer, ou même à contenir. Mais le SRAS n'est contagieux qu'après un contact étroit, le virus ne survit que quelques heures dans l'air, et le taux de mortalité est autour ou inférieur à 10% des cas.Pas de quoi, a priori, ébranler le colosse chinois. Et pourtant, c'est ce qui s'est produit pour des raisons politiques et pas médicales. Pour avoir minimisé l'épidémie à ses débuts dans la province de Canton, omis de la signaler à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), puis carrément menti sur son ampleur dans la capitale, Pékin, le pouvoir chinois vit sa première crise politique depuis le massacre de Tiananmen, il y a treize ans. Le ministre de la Santé et le maire de Pékin ont été sacrifiés, victimes expiatoires d'une affaire qui a sérieusement ébranlé la confiance internationale dans ce pays en pleine transformation.Aujourd'hui, en ces derniers jours d'avril, alors que l'épidémie fait encore rage à Pékin et dans d'autres coins du pays, il est encore trop tôt pour évaluer le coût politique, économique et social de cette crise. Mais elle a, d'ores et déjà, entamé la belle assurance -l'arrogance disent certains- du pouvoir chinois, et amené certains intellectuels chinois à se poser des questions jusque-là occultées.Pour avoir vécu en Chine toute la montée en puissance de cette affaire, on ne peut qu'être surpris par les faibles réactions internes. Des amis chinois, intellectuels voyageant beaucoup à travers le monde, à qui nous faisons valoir, aux débuts de cette crise, que leur gouvernement avait caché des faits qui auraient peut-être permis d'éviter que le virus ne sorte de Chine, nous ont ri au nez. Leur réponse, goguenarde: «Nous avons grandi avec l'idée que ce gouvernement mentait sur tout, alors une fois de plus, bof...«Une autre Chinoise, disposant de tous les moyens d'information et ayant étudié à l'étranger, nous a, elle aussi, répondu par l'humour. «Vous les Européens, vous êtes trop gâtés. Dès qu'il y a un petit problème de santé, vous criez au secours«. Lorsque l'épidémie a gagné Pékin et que les véritables chiffres de la contamination ont été publiés, cette intellectuelle n'a pas été la dernière à paniquer, allant retirer son enfant de l'école et s'enfermant chez elle, non sans avoir préalablement stocké du riz.. Un médecin à la retraiteLe choc a été rude pour ces éléments éclairés de la classe moyenne chinoise, endormis par les progrès considérables de la Chine dont ils sont les premiers bénéficiaires, au risque d'en oublier de se poser la moindre question sur le modèle de développement, le système politique, ou la crédibilité de leurs dirigeants. Il est vrai qu'en Chine, il n'y a que des coups à prendre à se poser trop de questions. Surtout quand le niveau de vie augmente, qu'on peut s'acheter sa première voiture, son premier appartement, se payer ses premières vacances à l'étranger...Résultat: si le gouvernement a bougé, s'il a enfin pris les mesures draconiennes qui s'imposaient pour tuer dans l'oeuf cette épidémie avant qu'elle ne prenne des proportions incontrôlables, c'est exclusivement parce qu'il a été soumis à de fortes pressions extérieures. Et d'abord celles de l'OMS, qui, à l'heure où les Nations unies sont contestées, rappelle le rôle essentiel de ce type d'organisations pour lutter contre les problèmes transnationaux comme les épidémies. L'OMS a pleinement joué son rôle, sortant quand il le fallait de la réserve habituelle des organisations intergouvernementales, un fait trop peu fréquent pour ne pas être relevé.La presse étrangère a aussi joué son rôle: elle a fait le travail que la presse chinoise n'est pas autorisée à faire, en questionnant les versions officielles, en donnant la parole à ceux qui mettaient en doute la vérité du moment. Le tournant de cette crise a sans doute été la lettre envoyée par un médecin militaire à la retraite à l'hebdomadaire américain Time, contestant le nombre de victimes du SRAS à Pékin que venait d'annoncer à la télévision le ministre de la Santé. Ce médecin, parlant au nom de ses collègues actifs -un phénomène fréquent en Chine, les retraités pouvant moins être réprimés que les jeunes-, avait d'abord écrit à la télévision pour contester les propos du ministre, et affirmer que, dans les questions de santé, «le silence tue«. Sans réponse de la télévision nationale, il s'est tourné vers un journal étranger: moins d'une semaine plus tard, le ministre de la Santé était limogé et le gouvernement s'engageait à la «transparence«.Cette gestion de la crise devrait faire réfléchir les élites chinoises. Aveuglées par leur course effrénée à la croissance économique, elles en ont oublié la finalité: l'homme, même si ce n'est pas très confucéen... Mais si le pouvoir a choisi de cacher la vérité sur un problème de santé publique pour ne pas perturber la vie économique et la stabilité politique, c'est qu'il avait inversé les valeurs. . Les mineurs et les maladesAujourd'hui, la télévision chinoise proclame que «la vie est au-dessus de tout«, mais le parti communiste chinois a trop longtemps agi comme s'il pensait le contraire.Il y a certes quelque injustice à ce que cette crise frappe de plein fouet une équipe gouvernementale qui n'est installée que depuis quelques semaines aux commandes. Mais quand le Premier ministre Wen Jiabao se construisait une image sociale de dirigeant proche du peuple en allant passer une nuit auprès des mineurs de charbon, son gouvernement se fourvoyait dans la gestion d'un problème de santé publique. Et il aura fallu plusieurs mois d'épidémie pour que le nouveau numéro un chinois, Hu Jintao, ne paraisse s'y intéresser.Les révisions douloureuses auront-elles lieu une fois l'urgence passée? Ou les anciennes pratiques reprendront-elles de plus belle? Tout dépendra, en fait, de la réaction de la société. Si les citoyens chinois acceptent la version de la propagande officielle -quelques responsables incompétents qui n'ont pas fait leur travail...- et remercient le Parti de les avoir sauvés de la menace du virus, rien ne changera. Si, à l'opposé, la peur actuelle des Chinois se transforme en colère et qu'ils demandent des comptes à des dirigeants qui ont failli, le débat risque d'être rude. Réponse dans les prochains mois. D'ici là, il reste à la Chine à surmonter cette épreuve, ce grain de sable imprévu qui perturbe son irrésistible ascension.--------------------------------------------------------* Après avoir été chef du service étranger du journal Libération en France, Pierre Haski a donné une orientation différente à sa carrière: il est retourné au terrain en devenant correspondant de son journal à Pékin. Par ailleurs, il a été le représentant de Libération au sein des instances du réseau mondial de journaux, World Médias

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