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Economie

Chaouen veut s'affranchir du tourisme «hasch»

Par L'Economiste | Edition N°:1692 Le 27/01/2004 | Partager

. La région a de fortes potentialités dans le rural. Les paysans travaillent la récolte de cannabis de l'année dernièreLe bruit des bâtons sur le plastique qui couvre le cannabis perturbe le calme de cette matinée en montagne. Celle-ci surplombe la vallée d'Oued El Kennar à 80 kilomètres au Nord de Chefchaouen. A intervalles irréguliers, on entend cette musique monotone qui trahit une activité controversée, pour ne pas dire illicite. La technique est simple. Dans une sorte de récipient en bois de forme rectangulaire d'environ deux mètres de longueur et un mètre de largeur soutenu par de longs pieds, les paysans travaillent l'herbe. Les bottes de cannabis sont disposées en sandwich entre un tissu appelé familièrement «zif hayati» et un morceau de plastique. En tapant à l'aide de bâtons sur ce dernier, une poudre fine passe à travers les entrelacs étroits du tissu. C'est à partir de cette poudre que l'on fabrique la meilleure qualité de shit que les connaisseurs appellent tbaissla, techlila ou tout simplement hia. Les petites terrasses de maisonnettes bâties sur les flancs escarpés de la montagne servent d'ateliers. Les seuls villages relevant de Chaouen produisent 45% du cannabis marocain. Pourtant, les paysans arrivent difficilement à joindre les deux bouts. Ce sont les spéculateurs qui engrangent le plus de bénéfice. Nous traversons une étroite piste dans le 4x4 qui déhanche. Nous nous sommes arrêtés juste devant un de ces petits ateliers. Deux personnes absorbées par leur besogne s'arrêtent net. Les bâtons leur tombent des mains, la peur se lisant sur leur visage. Pendant quelques secondes, le temps s'arrête. Des regards échangés, les deux Jeblis comprennent qu'ils n'ont rien à craindre. Ils vont quand même attendre que nous repartions avant de reprendre leur activité. Nous sommes dans le village de Touguit au Nord de Chefchaouen. Les paysages sont captivants, à couper le souffle. La montagne est comme burinée. D'innombrables petits lopins de terre s'y égrènent dans une belle diversité de couleurs. Certains servent à la culture du cannabis et d'autres pour l'alimentation de l'élevage. Le village domine au Sud la vallée d'Al Kennar qui s'étend jusqu'à la mer. A l'Est, c'est un paysage enchanteur qui s'offre au visiteur au fur et à mesure qu'il remonte les pistes menant au village. Un véritable canyon serpente la montagne jusqu'à Chaouen. Les touristes viennent ici pour se promener et pêcher la truite qui prospère dans l'eau froide du canyon. C'est le dépaysement total. La région de Chaouen a la particularité d'être entre la montagne et 120 kilomètres de côtes. Les paysans de la région travaillent encore la récolte de l'année dernière. Des sacs en plastique pouvant contenir plus de 100 kilos de cannabis sont adossés aux murs des maisons. Ici, les paysans n'ont aucun mal à exposer leur produit. C'est leur seul moyen de subsistance. La région et ses habitants sont si captivants qu'on en oublie le motif de la visite. En fait, nous sommes là pour nous enquérir des premiers pas du tourisme rural. Nous assistons à la mise en oeuvre de la convention signée le 22 décembre 2003 entre le ministère du Tourisme et les autorités de la région. Cette convention porte entre autres sur la réalisation du PATC (le pays d'accueil touristique de Chaouen). Notre visite dans la région tombe à pic. Point de rencontre: la ville de Chefchaouen. Il est 8h30, l'on s'apprête à prendre le chemin pour Icherriten où est prévue la construction d'un gîte destiné à compléter un circuit qui regroupe deux autres gîtes. Ceux des villages d'Akchour et d'Imourassine qui se trouvent de l'autre côté de la montagne. L'objectif à terme est de proposer un package aux touristes qui ne s'attardent pas dans la région, faute de structures d'accueil. Sur le chemin d'Icherriten, la beauté des paysages nous a contraints à faire une pause. Nous sommes dans la région d'Akchour, qui est traversée par un affluent d'Oued Laou. La nature est fabuleuse. Nous apercevons les maisons qui de loin ressemblent à des taches blanches éparpillées sur Jbel Krii. Ici, les habitants risquent chaque semaine leur vie pour arriver au souk hebdomadaire. Au lieu de perdre plus d'une demi-journée pour descendre la montagne en empruntant des pistes tortueuses, ils se laissent glisser le long d'une corde dotée d'un système à poulie qui joint la crête à la route. C'est très périlleux mais aussi plus pratique. L'économie de temps l'emporte ici sur le risque. Tour à tour, les habitants grimpent dans le panier qui, après quelques minutes dans le vide, atterrit juste à côté de la route. Ce transport acrobatique rappelle la Bolivie où ce moyen de locomotion à la limite de la commodité fait partie du quotidien des montagnards. Tout au long de la route, nos interlocuteurs Adil Hassouni, chef du pôle produits/niches au ministère et George W. Reed, responsable à Chemonics, une société américaine de consulting qui travaille pour le compte de l'Usaid(1), n'ont pas tari sur les particularités de la région. Hassouni croit fermement à la réussite du tourisme rural dans la région. Quant à Reed, qui parle un arabe impeccable, très proche de celui des Jbalas, il connaît parfaitement les us et coutumes de la région. Un avantage qui lui permet de mieux communiquer avec les habitants de la montagne. «En serrant la main à un Jebli, il faut la porter à la poitrine en signe de respect. Il y a des gestes qui rapprochent mieux que toutes les bonnes paroles», explique-t-il. Souk Essebt (souk du samedi) se trouve à 30 kilomètres de Chaouen. Ici, les femmes qui vendent de la poterie sont plus nombreuses que les hommes. La coopérative valorise bien leur travail. Elle propose des ateliers d'initiation qui permettent aux touristes curieux de s'exercer à la fabrication de la poterie. Ce genre d'initiatives est à même de créer une sorte d'émulation. La valorisation des activités artisanales pouvant dans l'avenir remplacer en partie la culture du cannabis. En tout cas, si dans un futur proche, le tourisme rural devient attrayant pour un plus grand nombre de touristes, plusieurs paysans seront tentés de se reconvertir dans d'autres activités. Cependant, la culture du cannabis ne peut être totalement supplantée dans la mesure où ces mêmes touristes viennent aussi pour le shit de la région. A Chefchaouen et bien que leur nombre ne soit pas aussi important que dans les années 80, les touristes sont visibles à la place d'Outah Hammam, où ils passent les froides nuits de Chaouen à fumer un shit de qualité.


Démarchage

Mustapha Agounjab, délégué du ministère et originaire de Chaouen, cherche une personne bien précise. Elle aurait déjà manifesté son intérêt pour le projet. Au village de Touguit, il a beau demander où habite cette personne, en vain. Ici, les gens sont facilement suspicieux à l'égard de leurs interlocuteurs venant du centre. Ce qui ne les empêche pas pour autant de prêter l'oreille aux propositions d'Agounjab. Certains les trouvent très intéressantes. Finalement, le délégué du ministère opte pour une autre tactique. Il aborde au gré des occasions les personnes rencontrées dans le village. Il s'approche d'un paysan en train de labourer son champ et lui explique l'intérêt du projet: «Un gîte dont les revenus pourront subvenir à certains besoins de la famille. Le touriste pourra passer la nuit et il achètera ses besoins en nourriture et autres chez vous», explique-t-il. Mostafa BENTAK(1) Une convention-cadre a été signée entre le ministère du Tourisme et l'Usaid pour la promotion du tourisme rural.

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