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Ces bâtiments symboles de la métropole

Par L'Economiste | Edition N°:2160 Le 29/11/2005 | Partager

. Au fil des années ils se sont imposés comme repères. Des tops mais aussi certains flops. Goldorak et les Twin, ce qu’en pensent des architectesVitrail, structures métalliques, inox, aluminium, formes et couleurs, volumes concaves et convexes. Ce sont en substance les composants et les caractéristiques des nouveaux bâtiments à Casablanca. De l’avis de professionnels, la tendance s’inscrit dans tout ce qui peut être porteur donc solide, léger et moins cher. Désormais, les façades de la métropole sont dépourvues de fioritures, claires et transparentes. A tel point que certaines d’entre elles sont devenues des symboles de la capitale économique. Forcés de surmonter un foncier très réduit et une réglementation urbanistique contraignante, des architectes font le choix de nouveaux matériaux tels que les façades en métal, aluminium et verrerie. Résultat: des constructions hors du commun, allégées et lumineuses. Des édifices aux lignes audacieuses et à l’esthétique parfois futuriste, avec des surfaces vitrées, des murs-rideaux comme on les appelle dans le jargon. Ce sont des bâtiments qui datent pour la plupart des années 80-90. La fin du siècle dernier a connu une vague de constructions emblématiques qui ont donné une nouvelle facette et de l’élan à la métropole.Aujourd’hui, au-delà des bâtiments Art deco, néo mauresque ou encore ceux de l’après-guerre conçus dans le style international, Casablanca s’enorgueillit d’un nouveau cachet. Certains édifices, tellement leur design est réussi, sont devenus des repères emblématiques.Et ce sont surtout les boulevards Zerktouni, Abdelmoumen, Moulay Youssef, voire Sidi Maârouf, qui illustrent parfaitement ce tournant de modernité incarné par les façades vitrées et les open-spaces à l’américaine. Ces dernières offrent un décor en mouvement et des lignes épurées. . L’avenir dans le rétroviseur A Zerktouni par exemple, le quartier des affaires de la métropole, que certains baptisent le Manhattan, les façades en aluminium et les vitraux dominent. Et c’est l’immeuble Zerktouni qui semble avoir donné le la au début des années 80 dans ce quartier dédié au business. Un grand bâtiment de 17 étages, qui a aussi amorcé la culture du duplexe. Conçu dans le style international par un architecte marocain, El Mehdi Laraki, l’immeuble affiche une façade polymorphe avec de grands balcons de 8 mètres et un moucharabié en bois (arabesque), qui aère les buanderies, un régulateur thermique.Plus de dix ans plus tard, le Twin Center est venu rafler la vedette, puisqu’il est contigu à l’immeuble Zerktouni. Les deux tours jumelles affichent des façades dans le pur style de Beaufil, figure de proue de l’architecture post moderne. Avec de grands portails et des galeries marchandes, les tours n’ont donc rien à envier aux bâtisses des métropoles européennes. Pourtant, même si les deux tours sont devenues l’emblème incontestable de la métropole, elles sont loin de faire l’unanimité auprès des professionnels de l’acte de concevoir et de bâtir. D’aucuns y voient deux blocs de béton asynchrones et hideux. «Une tour hors époque», souligne un architecte puisque ce type de bâtiment avait été conçu dans les années 60 en Europe. Le Maroc les adopte 30 ans plus tard. Or, en 30 ans, le langage change et on ne fait plus la même musique que dans les années 70, souligne Rachid El Andaloussi, architecte à Casablanca et auteur de plusieurs ouvrages. Selon lui, les Twin, c’est du passé. Du neuf fait avec du vieux. «C’est comme si l’on mettait les tuiles et les arcades en 2005, une hérésie architecturale», ajoute-t-il. «Les Twin montrent à tel point on voit l’avenir dans le rétroviseur», résume l’architecte. Mais il nuance toutefois que ces sœurs jumelles ne sont pas ce qu’il y a de plus moche par rapport aux réalisations de Ricardo Beaufil. Les tours de Zerktouni sont beaucoup plus importantes que l’immeuble de Beaufil à Chicago, souligne tout de même El Andaloussi. Autre exemple de construction emblématique et contestée, Goldorak qui renvoie au célébrissime personnage de la bande dessinée nipponne (Manga). Situé au quartier Sidi Maârouf, à l’entrée de Casablanca, par l’aéroport -une sorte de Silicon-Valley à la marocaine, compte tenu du nombre de start-up et sociétés high-tech installées dans la zone- l’immeuble du Technoparc est un bâtiment qui illustre le gigantisme et la mégalomanie avec des formes disproportionnées. «C’est un espoir déçu», précise Aziz Lazrak, architecte DPLG.D’autres professionnels parlent d’idée mal aboutie. Pour El Andaloussi, Goldorak est une illustration de l’architecture post moderne expérimentale que l’on trouve dans les pays du Moyen-Orient. Une dichotomie de formes et de volumes avec des proportions difficiles. C’est le principe de la pyramide inversée que l’on touve à Tunis et à Riyad, précise El Andaloussi, qui privilégie ce format plutôt pour les ouvrages d’art, les ponts par exemple, avec une grande portée. «Le pont est filiforme, alors que le bâtiment est un volume qui se remplit. C’est dire que les prouesses techniques de l’architecture sont placées ailleurs», souligne l’architecte.Aujourd’hui, de nombreux observateurs s’accordent à dire que tout en intégrant les tendances les plus contemporaines, l’immeuble Goldorak reste un cas isolé dans un ensemble complètement différent et incompatible. «Au départ, si au moins l’ensemble de cette sortie de la métropole était pensé et conçu dans le même esprit que Goldorak, ce bâtiment pourrait être une bonne idée», estime Aziz Lazrak. Les flops sont légion, des échecs qui restent des années avant de disparaître. Comme le dit si bien l’adage, «les médecins ont la possibilité d’enterrer leurs cadavres, pas les architectes». Normal, dirait un autre architecte pour qui «l’architecture est comme le cinéma, chaque époque a ses navets».Ceci étant, il n’en demeure pas moins que certaines constructions récentes, notamment les sièges de quelques banques et compagnies d’assurances, ont enclenché une sorte de déclic et marquent le paysage architectural. Ces dernières années, les contraintes liées à un foncier très réduit, à la disponibilité de terrains et à la réglementation urbanistique ont poussé certains architectes à trouver de nouvelles formules en termes de conception et de choix de matériaux plus légers. Et c’est le cas du siège de la BCM, un immeuble en métal élaboré très design sis boulevard Abdelmoumen. Construit sur un terrain d’angle accolé à une impasse, l’immeuble bénéficie du choix technique du métal avec des installations artistiques, des escabeaux visibles, des poutres et de grands vitrages assortis de formes concaves et convexes. Désormais, la construction s’inspire de l’industrie automobile. L’intérêt, selon Lazrak, est de construire haut sans pour autant s’alourdir d’une grosse structure en béton qui aurait occupé beaucoup d’espace. Du coup, ce qui se présentait comme une contrainte d’espace limitative s’est traduit par des constructions qui réussissent à optimiser l’espace utile. A 100 mètres du siège BCM, celui de la Société Générale arborant une immense façade miroir en inox, marbre et verre. A quelques encablures plus loin, l’espace Capital de la BMCE en forme de tour blanche casse avec la monotonie des buildings élevés ou encore l’ex-siège de la Compagnie africaine, signé Zevaco. Eponyme de son auteur, l’architecte Jean-François Zevaco, qui a marqué Casablanca de son empreinte (villa Zevaco notamment). Un style qui privilégie une simplicité recherchée des formes, des lignes nettes et épurées avec des matériaux plus légers et raffinés.Désormais, la structure intérieure est perceptible à travers les façades. La transparence est donc totale dans ces bâtiments qui restent éclairés même de nuit. La transparence des locaux est devenue donc vecteur d’image et gage d’une gestion rationnelle et d’un état d’esprit. Un message que de nombreuses entreprises comptent véhiculer non seulement dans leur gestion quotidienne, mais aussi physiquement par la gestion de l’espace dans le siège social, les comportements. . Free JazzAutre succès de la métropole et qui sert de repère médiatique, l’immeuble de 2M. Un édifice qui déroge au schéma habituel du bâtiment au Maroc avec des portiques, poutres et panneaux. Des structures légères et résistantes. Conçu dans la hâte en un temps record, 3 mois, le bâtiment a été construit en 1989. Poutrelles métalliques, structures superposées, verreries, traverses chromées…, l’ensemble s’apparente à une installation high-tech dans un quartier foncièrement industriel, Aïn Sebaâ. «Normal, c’est un bâtiment dédié aux métiers de la communication qui fut concrétisé dans la vague hertzienne», explique son concepteur, Aziz Lazrak. L’architecte a également à son actif l’immeuble de La Marocaine-Vie. Un édifice qui ne passe pas inaperçu sur l’avenue My Youssef, l’un des rares poumons verts du centre-ville. Tel un patchwork recomposé ou encore un puzzle que certains comparent à une écriture «Free Jazz», l’immeuble a été conçu dans une logique de déconstruction et de géométrie de volumes. L’intérêt, selon son concepteur, était de créer une dissonance visible et favoriser l’émergence d’une symbolique de modernité et de convivialité. Au même titre que la publicité, le bâtiment devient donc un moyen de promouvoir l’image de marque et la culture d’entreprise. La volumétrie du siège de la BCM, sur le même boulevard, fait de ce quartier une sorte de galerie expérimentale. At least but not last, le bâtiment-repère le plus médiatisé de la métrople reste sans conteste celui de la Bourse de Casablanca. Un édifice qui fait souvent la Une des journaux. D’année en année, l’immeuble s’est fait une place dans le panorama général de la ville. Mieux, il est considéré comme l’un des exemples édifiants de l’architecture marocaine moderne. Dotée d’une volumétrie douce, cette tour clair-obscur en verre de l’avenue des FAR utilise la courbe et contre-courbe. Une trame accentuant l’horizontalité, des matériaux sobres et une coloration sans contraste. Toutefois, les adeptes du béton brut sont encore légion dans la métropole. D’aucuns contestent même la fiabilité du vitrage et de l’aluminium sur le long terme. Pour eux, les prouesses techniques l’emportent sur l’expression poétique et architecturale. Là encore, les partisans de la nouvelle vague soutiennent que les nouveaux matériaux sont plus efficaces en termes d’étanchéité, plus esthétique et plus résistants. «C’est leur mauvaise utilisation qui est à regretter. Elle peut les rendre nocifs ou mal perçus», précise Lazrak. Ça se discute!


Exhiber les muscles!

Autant les sièges d’entreprises privées ont été le théâtre d’innovations et d’audace, autant les édifices administratifs sombrent dans le conformisme et la mégalomanie. C’est le cas de nombreuses communes, préfectures et sièges de collectivités locales construites au lendemain des années 80 qui sont restées en dessous de tout. Ce sont des bâtiments de très mauvais goût qui ont fait beaucoup de mal au paysage architectural de la ville, souligne un professionnel. Et d’ajouter: «Je ne connais pas un seul bâtiment administratif qui soit une référence, y compris la préfecture de Monsieur Pinceau». Pour cet architecte, l’on ne construit pas des préfectures de ce type dans les années 80-90. La population est écrasée par ces bâtiments ostentatoires et redondants qui ne sont ni fonctionnels, ni à l’échelle des usagers, ajoute-t-il. Et à El Andaloussi d’ajouter: il y a des messages à décrypter dans ces constructions. C’est l’expression d’un imaginaire. Les colonnes, c’est l’exhibition de muscles. Les volumes traduisent les biceps et pectoraux, la force du pouvoir. D’autres encore essaient de trouver des explications en situant ces constructions dans leur contexte socio-politique, c’est-à-dire au lendemain des émeutes de 1981.


Une musique sans partition

Mis à part les quelques succes-stories de la métropole et qui se comptent sur le bout des doigts, pour de nombreux architectes, Casablanca devient comme un monstre incontrôlé. Ils considèrent que c’est le résultat d’un laxisme qui a prévalu des décennies durant. Pour Aziz Lazrak, Casablanca n’est pas à la hauteur d’une métropole du XXIe siècle. Comparée aux grandes villes méditerranéennes, la métropole n’a plus d’âme. «Mis à part quelques réalisations dans les années 80-90 qui incarnent la nouvelle vague, le reste est une cacophonie architecturale, une musique sans partition», commente Rachid El Andaloussi.Or, c’est le cachet architectural d’une ville qui booste des axes de développement pour le tourisme, l’investissement et l’art. Pour les nostalgiques de Casablanca des années 30-40, il est grand temps que la ville reconquiert sa vocation internationale. Amin RBOUB

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