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«Il est urgent de positionner Casablanca«
Entretien avec Aziz Lazrak, architecte DPLG

Par L'Economiste | Edition N°:2160 Le 29/11/2005 | Partager

. Le boom de l’après-guerre. Les années 80, un détachement par rapport à l’Histoire- L’Economiste: Quelles sont les tendances fortes de l’architecture de la métropole?- Aziz Lazrak: Le grand boom architectural a eu lieu pendant l’après-guerre, surtout dans les années 50. Presque tous les grands bâtiments de la métropole ont été réalisés entre 1940 et 1950. Ce sont généralement des bâtiments de grande importance, dans le style international, notamment sur l’Avenue des FAR, l’immeuble Liberté, le 17 étages… des bâtiments qui ont marqué cette période et montré à l’époque Casablanca comme une ville à la pointe de la modernité. C’était les tours, les bâtiments hauts. Les années 60 étaient une sorte de prolongement de l’architecture internationale avec de très bons architectes. Malheureusement, il n’y avait pas beaucoup d’architectes marocains à l’époque. - Qu’en est-il des années 70?- Le Maroc a connu deux phénomènes dans les années 70. D’abord, l’arrivée plus ou moins massive d’architectes marocains sur le marché, les premiers lauréats de grandes écoles qui ont vécu la crise de l’architecture dans le monde. A la fin des années 60, il y avait une sorte de crise de la créativité, de léthargie. Autant l’architecture moderne avait, semble-t-il, apporté des solutions à tout. Autant à la fin des années 70, elle a montré ses limites. L’urbanisme qui était conçu à cette époque-là ne résolvait pas non plus les problèmes des villes. Ces dernières étaient devenues trop impersonnelles, inhumaines. Cette crise de l’architecture a fait évoluer la profession vers un retour en arrière. D’où l’émergence du postmodernisme comme une solution transitoire dans les années 70. Un courant qui s’est traduit par plusieurs réalisations. Ensuite, le mouvement s’est rapidement essoufflé dans les années 70. L’un des exemples les plus marquants à cette époque du postmodernisme était le siège de Wafabank. Cette tendance a été mal exploitée au Maroc et a donné naissance à une architecture de frontons et de colonnes, qui a fleuri un peu partout. C’était devenu une rengaine de mauvais goût. Ce qui a donné à Casablanca un visage un peu cheap, un peu spectaculaire et a enlevé cet aspect de l’architecture internationale. - Mais il y a eu un déclic juste après avec une vague moderniste?- Justement, les années 80 ont connu un peu plus de jeunes architectes qui arrivent sur le marché, donc plus d’émulation et de nouvelles idées. Un détachement a été entrepris par rapport à l’Histoire. D’où l’émergence d’une architecture qui se voulait moderne. Parmi les constructions de cette époque, 2M, La Marocaine-Vie, la Compagnie Africaine par Zevaco, l’immeuble Axa et puis un certain nombre de petits bâtiments sur le boulevard My Youssef tels que le siège de la BCM. Dans le même temps, le bd Abdelmoumen était très prisé par les sièges de banques et de compagnies d’assurances. Pareil pour Zerktouni, l’immeuble du même nom, celui de la CNIA et une série de bâtiments de 17 étages. Une tendance qui allait dans le même sens. Il y avait aussi un grand frein du côté de l’administration qui enrayait cet élan de l’architecture moderne et prônait le retour aux traditions. Ce qui s’est traduit par un gros dilemme auprès de nombreux architectes: entre le fait de vouloir construire moderne et satisfaire les desiderata d’une administration conservatrice. Les années 90 ont vu confirmer un certain nombre de nouvelles tendances, une vague qui cherchait un style, un langage et voulait aller vers une modernité franche dépourvue de fioritures. - Il y a aussi des immeubles qui ne font pas l’unanimité, les Twin ou Goldorak par exemple…- Il faut dire que ce sont des bâtiments-emblèmes qui marquent la ville. Et en tout cas, ils se sont vite imposés comme repères incontournables, ne serait-ce que par la taille. Il faut rappeler aussi que les Twin sont une œuvre de Beaufil, figure de proue du postmodernisme très connu par le style de ses façades. Quoi qu’il en soit, j’estime que cette tour est hors d’époque. Dans les années 90, on ne construisait plus de tours de ce type. Les deux tours sont conçues dans le style des années 60. Sur ce plan, il n’y a pas eu d’innovation. Quant à Goldorak, c’est un espoir déçu. C’est une idée mal aboutie. On aurait dû concevoir toute cette entrée de la ville dans l’esprit de Goldorak. A ce moment-là, il n’aurait pas paru étrange, isolé. Il aura fallu qu’il soit noyé dans un ensemble urbanistique homogène. - Est-ce qu’il y a suffisamment d’architectes-designers au Maroc?- L’architecte n’est pas forcément designer. Mais comme il y a beaucoup de liens de parenté entre les deux disciplines, il y a forcément des interférences puisqu’elles s’intéressent toutes deux à l’environnement de l’homme. L’architecture est l’enveloppe de l’homme et le design est ce qu’il utilise. Forcément, les deux disciplines se croisent donc. Ce qui fait que certains architectes exercent les deux métiers, puisque la démarche créative est souvent la même. Pour dessiner une chaise ou un immeuble, la démarche est la même (croquis, esquisses, maquettes, dessins…) avec des proportions adaptées à l’homme. Forcément, beaucoup de grands architectes ont été des designers, surtout en Italie où le design et l’architecture faisaient bon ménage. En revanche, en France, les designers et les architectes ne sont pas toujours les mêmes. Ce qui explique qu’au Maroc, il n’y ait pas beaucoup de designers.- La métropole a perdu de son aura à l’international…- La métropole ronronne. Aujourd’hui, c’est une cité qui n’est absolument pas placée au rang des villes internationales. Casablanca n’a pas de nos jours une image à offrir au monde. Autant dans les années 20-30, la ville était hypermoderne. Autant, aujourd’hui, elle n’a aucun caractère prédominant, unifié fort, il y a un peu de tout. C’est dire qu’il est urgent de positionner Casablanca, si on veut qu’elle renoue avec son aura dans le pourtour méditerranéen. De nos jours, c’est un des aspects auxquels s’attachent aussi les investisseurs potentiels, un axe de développement pour le tourisme d’affaires. Or, Casablanca ne se vend pas aujourd’hui.


L’esthétique de la façade

- On recourt de plus en plus à des matériaux industrialisés. Pour certains, cela se fait au détriment de la fiabilité des constructions...- Au Maroc, jusqu’à présent, il faut dire que le bâtiment est encore artisanal. C’est rare que des constructions recourent à des matériaux industrialisés, sauf pour les façades. Depuis un certain temps, la tendance veut que l’on soigne plus les façades. L’esthétique de la façade est devenue un argument de vente, surtout pour les immeubles résidentiels. Mais on voit de plus en plus de constructions qui font preuve de recherches architectoniques parfois heureuses, souvent malheureuses. Mais une chose est sûre, les gens ne restent pas insensibles à cet aspect. Le choix des matériaux industrialisés s’inscrit dans l’air du temps; ils sont d’ailleurs très performants. C’est leur mauvaise utilisation qui est à regretter. Une façade rideau plein sud ou plein ouest, est une aberration. Par contre, une façade rideau plein nord apporte beaucoup de choses au bâtiment. C’est dire que c’est l’usage qu’on en fait qui est mauvais.


Parcours

Architecte DPLG, Aziz Lazrak a reçu plusieurs prix (Grand prix d’architecture en 1998 et Prix Aga Khan en 1986…). Il a à son actif plusieurs réalisations avant-gardistes, notamment l’Ecole Malaïka, ou encore le groupe La Colline et la Bourse de Casablanca. La particularité de ces constructions est qu’aucun immeuble ne ressemble à l’autre. Il revendique son refus de conformité à un style ou une tendance. Après un diplôme en arts décoratifs à Paris, Lazrak avait intégré les Beaux-Arts dans les années 70 avant de devenir architecte. Propos recueillis par Amin RBOUB

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