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    Culture

    Budapest 1956: Le soulèvement symbole
    Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

    Par L'Economiste | Edition N°:2392 Le 01/11/2006 | Partager

    Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont La guerre au XXe siècle, Hachette 2003; Les crises internationales, de Pékin à Bagdad, Editions Complexe 2004 (Ph. Cherkaoui)La Hongrie célèbre le cinquantième anniversaire de son soulèvement contre le régime communiste. Le 23 octobre 1956, les étudiants de Budapest organisaient un rassemblement de solidarité avec la Pologne où soufflait un vent de liberté. A l’époque, tous veulent croire à la possibilité d’une «voie hongroise» vers le socialisme. Les étudiants défilent d’abord dans le calme. Puis la manifestation prend de l’ampleur, la police intervient brutalement. Très vite, les affrontements se déchaînent, le mouvement évolue en une insurrection nationale aux objectifs révolutionnaires. Le 24 octobre, Budapest sombre dans un chaos sanglant. Les chars tirent sur les insurgés qui ripostent. L’agitation s’étend à tout le pays. Sur les bords enfiévrés du Danube, des militants chantent la Marseillaise. Nommé Premier ministre, Imre Nagy tente de canaliser l’émotion populaire. Moscou annonce le retrait de ses troupes. L’espoir et la joie sont immenses. Ils ne durent pas. A l’aube du 4 novembre, 2.500 chars et 75.000 soldats soviétiques réinvestissent la capitale hongroise. Cette insurrection illustre les difficultés d’une guérilla urbaine menée par des combattants improvisés contre une armée puissante que n’étouffent pas les scrupules humanitaires. Toutes choses égales, l’échec des insurgés hongrois ressemble à l’effondrement de la Commune insurrectionnelle de Paris en 1871 ou à l’écrasement de Varsovie en juillet 1944. A Varsovie, toutefois, les soldats polonais se battent contre un ennemi allemand, bien identifié, haï par leurs compatriotes. A Budapest, le soulèvement vise à chasser du pouvoir les dirigeants d’un Etat autoritaire et policier, soutenus par le «grand frère» soviétique. Mais à l’instar de Varsovie, non secourue par les Soviétiques, Budapest succombe faute de recevoir un appui extérieur. . Une insurrection originale L’aide du peuple est pourtant acquise aux émeutiers. Vivres et soins ne leur font jamais défaut. La mobilité des combattants et aussi leur recrutement, les liaisons, le renseignement, sont grandement facilités par les habitants de la capitale. Les insurgés sont des gens modestes, ouvriers d’usine, étudiants, gavroches des faubourgs, pris en main par des chefs que les évènements ont révélés et que conseillent ici ou là des transfuges de l’armée régulière. Cette insurrection est singulière(1). Fruit des circonstances, le soulèvement n’a été ni prévu, ni préparé. Les combats concernent surtout la capitale où quatre acteurs sont aux prises. Dressés contre le pouvoir communiste et ses policiers appuyés par les troupes soviétiques, les insurgés, soutenus par le peuple, trouvent en face d’eux l’Armée populaire hongroise (APH). Elle est intervenue contrainte et forcée, mais participe peu à la lutte. Plusieurs commandants d’unité se disent déterminés à ne pas tirer sur la foule; ils n’ont d’ailleurs pas pris de munitions avec eux. Sauf exception, l’APH n’utilise pas ses armes contre les émeutiers, mais aucune de ses formations, non plus, ne se range de leurs côtés. Appelés par un pouvoir aux abois, souvent venus de province, les soldats sont acclamés par les habitants de Budapest qui les mettent ainsi en condition. Le problème à Budapest, essentiellement politique, est relativement simple à régler au plan militaire. Fin octobre, le Kremlin prend la décision d’en finir et le notifie aux parties en cause. Probablement moins de 5.000, les insurgés sont peu structurés et mal armés: quelques fusils-mitrailleurs et mitrailleuses, moins d’un millier d’armes automatiques, très peu d’armes antichars. Possédant seulement une dizaine de lance-grenades antichars, les émeutiers se rabattent sur les «cocktails Molotov», de fabrication locale. Ces engins se révèlent très efficaces en ville contre les chars soviétiques de l’époque, des T55 à la plage arrière encombrée par deux fûts de carburant non protégés!Les Hongrois veulent croire en la vertu des barricades, édifiées à la hâte dans des endroits propices à l’embuscade, là où les champs de tir sont étroits. Ces ouvrages doivent constituer des obstacles pour les colonnes blindées adverses; en principe non tenus, on les imagine suffisants pour stopper un moment les colonnes, le temps de les détruire par des tirs de flanc. Le tout s’appuie sur des centres de résistance installés dans des bâtiments publics aux murs épais, comme les casernes Budaorsi, l’immeuble Kilian, le cinéma Corvin ou dans des endroits en principe faciles à tenir, comme les deux gares ou l’île Csepel. . L’assaut de l’Armée rougeCes schémas ne tiennent pas devant la puissance de l’Armée rouge. Celle-ci donne l’assaut. Les Soviétiques progressent en tirant de toutes leurs armes le long des axes principaux sans rencontrer de véritable opposition. Ils s’emparent des ponts sur le Danube, puis fractionnent et isolent les groupes d’insurgés, qu’ils réduisent les uns après les autres. Mal coordonnée, la défense hongroise prend la forme de quelques combats désespérés contre un adversaire brutal qui mène l’opération sans souci des populations. Tout immeuble soupçonné d’abriter des francs-tireurs est systématiquement détruit au canon de char. Chaque fenêtre, pièce après pièce, d’étage en étage, est l’objet de tirs directs, comme l’avaient été, onze ans plus tôt, les immeubles de Berlin. Le 10 novembre, les armes se taisent.Militairement manquée, l’insurrection hongroise s’inscrit en revanche dans la liste des événements fondateurs d’une nation. Le soulèvement de Budapest n’a pas entraîné la chute de l’URSS, mais y a contribué. Surtout, semblable bataille, parce qu’elle est urbaine, marque les esprits. Budapest figure au nombre des villes symboles(2) dont le siège, la destruction et les combats qui s’y sont déroulés ont, d’une manière ou d’une autre, fait avancer l’histoire: Carthage, Verdun, Berlin, Madrid, Stalingrad, Varsovie, Hiroshima, Beyrouth, Sarajevo,…


    Aller plus loin 

    - Les Héros de BudapestDe Phil Casoar et Eszter BalazsLes Arènes, 260 p.- Budapest 1956: La RévolutionPhotographies de Lessing, texte de FejtöEd. Biro, 250 p.- Budapest 1956: Les 12 jours qui ébranlèrent l’Empire soviétiqueVictor SebestyenCalmann-Lévy, 442 p.- Budapest 1956:La tragédie telle que je l’ai vue et vécueAndré FarkasTallandier, 286 p.- Le Printemps en OctobreHenri-Christian GiraudLe Rocher, 810 p.

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