Entreprises

Al Amana livre bataille aux mauvais payeurs

Par L'Economiste | Edition N°:3448 Le 19/01/2011 | Partager
10% du portefeuille à risque
Assurance, épargne, risque inondation, mobile banking…les nouvelles niches

Impactée partiellement par la crise du surendettement, Al Amana a entrepris une démarche ciblée d’assainissement de son portefeuille. Ce qui lui a permis de dégager un résultat net positif de 12 millions de dirhams en 2010.
Youssef Benchekroun, son directeur général, explique que «90% du portefeuille, soit plus de 320.000 clients, représentent un risque satisfaisant (autour de 6% avant radiation) et seulement 10% du portefeuille sont à 9%».
Le microcrédit qui a connu ces dix dernières années une croissance à deux chiffres est aujourd’hui en phase de maturité. Mais cette croissance accélérée n’est pas sans risque puisqu’elle a été accompagnée par le phénomène de surendettement auquel le secteur n’était pas outillé.
Dès 2007-2008, le niveau d’impayés du secteur a augmenté affectant ainsi les différents opérateurs. Cette période est d’ailleurs marquée par la fusion-absorption de Zakoura par la Fondation Banque Populaire, la mise en place d’une centrale de risque et la mise en commun des moyens techniques et juridiques pour les associations locales à l’initiative du Crédit Agricole.
A Al Amana, la stratégie «d’assainissement» mise en place tourne autour d’une action directe auprès de la clientèle. L’association a lancé une campagne nationale en mobilisant son staff pour approcher directement les clients en cessation de paiement. Elle a également conclu des accords avec de grands cabinets d’avocats et approché les autorités locales. De plus, l’association s’est mise au reporting régulier pour mieux suivre la situation. D’ailleurs, le résultat enregistré en 2010 est en partie attribué à l’assainissement qui a permis de récupérer près de 19 millions de dirhams.
Aujourd’hui, Al Amana compte se doter d’une direction des risques et d’un corps de contrôle interne pour éviter de retomber dans la même situation que les années précédentes.
A court terme, sa stratégie consiste à consolider les acquis, repenser les produits tout en opérant une segmentation du marché et investir encore plus dans le capital humain. «S’il faut 2.000 personnes là où seules 500 sont nécessaires dans le crédit à la consommation, c’est parce que dans le microcrédit, il existe la dimension d’accompagnement du client. La vocation du microcrédit, c’est l’éducation financière du client», soutient Benchekroun.
Pour lui, les clients doivent comprendre que les associations de microcrédit sont des entreprises privées d’intérêt général. Elles ne peuvent donc assumer leur mission d’insertion économique des populations non bancarisées et de développement de la microentreprise que si leurs clients respectent leurs engagements. Il ajoute que «les autorités locales, les élus nationaux, régionaux et locaux sont censés voir dans les associations de microcrédit des partenaires de développement de proximité et peuvent contribuer à éviter leur instrumentalisation et leur fragilisation».
Pour 2011, l’association table sur une croissance de 10% de l’encours actuellement à 2,45 milliards de dirhams. Elle mise aussi sur un retour à un taux de rendement des fonds propres de plus de 15% et aussi à une baisse du taux de risque de 1,3 point. Mais sur la période 2012-2015, elle prévoit l’accélération de son développement via de nouvelles niches sectorielles et géographiques et le soutien d’activités génératrices d’emploi pour contribuer à l’objectif assigné au secteur en termes de création d’emploi. Le secteur pourrait en créer quelques millions d’ici 2020. Une étude sur le sujet serait d’ailleurs en cours de finalisation.
L’association est aujourd’hui sur un projet de mobile banking et envisage de se mettre à la micro-assurance. «C’est pour assurer nos clients contre les coups durs. La micro-assurance permettra aussi de les éduquer financièrement». Al Amana compte démarrer par les produits décès emprunteurs pour lesquels les primes seraient de 250 dirhams par an. «Une étude sur la micro-assurance montre qu’en 2014 près de 700.000 à 800.000 contrats pourraient être contractés dont une partie pour l’épargne», affirme Benchekroun. Les microentrepreneurs seraient prêts à épargner 100 dirhams par mois. Une assurance hospitalisation ainsi qu’une couverture contre les inondations sont également envisagées.

Khadija MASMOUDI

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc