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Musée Mohammed VI

Une vitrine pour des générations d’artistes talentueux

Par L'Economiste | Edition N°:4373 Le 07/10/2014 | Partager

- Jilali Gharbaoui est l’enfant rebelle de la scène artistique marocaine. L’histoire de Jilali Gharbaoui est un véritable feuilleton à multiples rebondissements. Né à Jorf El Melha en 1930, orphelin dès ses premières années, à l’adolescence, il quitte son village natal pour Fès. C’est dans la ville impériale que l’enfant prodige a été repéré par Ahmed Sefrioui, à l’époque directeur de l’Ecole des beaux arts de Rabat, qui l’aide à décrocher une bourse. Après un séjour à Paris où il a étudié à l’Ecole des beaux arts, il rentre au Maroc où il sera mal accueilli par un public très peu ouvert à de nouvelles formes d’expression comme l’art abstrait. Sa déception l’a conduit à se réfugier à Azrou, avant de repartir en France, où il a été retrouvé mort, sur un banc public, dans l’indifférence générale. A l’image d’autres grands artistes, Jilali Gharbaoui n’a été vénéré qu’après sa disparition. Ses toiles ont depuis vu leur cote grimper.

- Mohamed Kacimi est l’artiste qui a fait de l’Homme sa principale source d’inspiration. Mohamed Kacimi, l’enfant prodige de Meknès, est décédé jeune, emporté par la maladie, mais a laissé derrière lui un grand héritage. Pour beaucoup de critiques, les œuvres de Mohamed Kacimi brisaient les limites entre abstraction et figuration. Un style unique, qui fait de l’Homme, dans sa composante primaire, un objet de toutes les réflexions. C’est aussi un artiste social, qui a mis l’accent dans ses travaux sur la ville et le paysage.

-Farid Belkahia est à l’honneur quelques jours après son décès,  à l’occasion de l’inauguration du Musée Mohammed VI des arts modernes et contemporains. Une salle sera baptisée à son nom et une journée spéciale lui sera dédiée. Ses œuvres ouvriront également l’exposition: le Maroc contemporain, qui sera tenue à l’Institut du monde arabe à Paris, à partir du 14 octobre prochain.
Des initiatives pour rendre un hommage posthume à celui qui a fait de la mémoire une inspiration transversale de ses œuvres. Natif de Marrakech en 1934, Farid Belkahia a grandi dans une ambiance artistique, grâce aux fréquentations de son père, lié à des artistes étrangers. Sa passion pour la peinture l’a conduit à Paris, où il a fait des études à l’Ecole des beaux arts, puis à Prague, où il a étudié la scénographie à l’Académie de théâtre.
A son retour au Maroc, il prend les rênes de l’école des beaux arts de Casablanca, où il introduit de nouvelles méthodes d’enseignement. Il a été aussi l’un des concepteurs de la revue Souffles, une des références de la scène culturelle dans les années 60. Farid Belkahia a été également un précurseur, en faisant sortir l’art des ateliers vers la rue. C’est lui qui a organisé, en 1969, la première exposition sur la place Jamaa El Fna, à Marrakech. C’est dans la ville ocre qu’il s’est retiré à partir de la fin des années 70, pour se consacrer à ses créations, en modelant différentes matières comme le cuivre, la peau…

- MAHI Binebine est artiste peintre, sculpteur, écrivain… Il est l’une des références de la nouvelle scène artistique marocaine. Né à Marrakech en 1959, il a fait des études en France, où il a enseigné les mathématiques. A la fin des années 80, il troque son costume de professeur pour un tablier d’artiste peintre. Son talent sera vite reconnu, et ses œuvres sont exposées dans de nombreuses collections publiques et privées. Ses toiles sont présentes dans différentes galeries de renommée, telles le Musée de Guggenheim à New York, celui de Bank Al Maghrib, ainsi que dans différentes fondations privées.

- Mohamed Melehi, à l’image de Gharbaoui, Mohamed Melehi est l’un des artistes singuliers, qui ont marqué leurs époques par leurs œuvres qui sortent des sentiers battus. Ce natif d’Asilah a rapidement pris conscience de son don. Il a quitté le lycée pour rejoindre l’Ecole des beaux arts de Tétouan. Il a par la suite sillonné le monde, avec des escales en Espagne, en Italie, en France et aux Etats-Unis, où il a forgé son style unique.
A son retour au bercail, il s’est distingué par ses œuvres d’abstraction géométrique. Il a fait de l’onde, un motif très présent dans ses œuvres, sa marque de fabrique. Melehi faisait aussi partie des artistes engagés, au cours des années 60-70.
Il est l’un des fondateurs de la revue Anfass. C’est à lui également que l’on doit la beauté de la ville d’Asilah, avec ses fresques murales. Melehi en avait fait sa cause, au point que 11 peintres exécutèrent en 1978 des peintures qui ont introduit une nouvelle vie à cette cité côtière.

- Mehdi Qotbi, le président de la Fondation nationale des musées est l’un des artistes les mieux cotés, au Maroc et à l’international. La vie de Mehdi Qotbi est une vraie leçon pour les jeunes. Parti de rien, il a grimpé les échelons jusqu’au sommet de la célébrité. Sa cote montait, son œuvre séduisait. Sa carrière fulgurante est aussi le fruit de ses rencontres avec des personnages clés, à l’image de Jilali Gharbaoui. Mehdi Qotbi avait intégré l’Ecole des beaux arts de Toulouse, puis l’Ecole supérieure des beaux arts à Paris. Il y apprend les bases académiques, avant de devenir enseignant. Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des plus grands peintres de la lettre calligraphique arabe. Ses œuvres font partie des plus prestigieuses collections à travers le monde. Après plusieurs années passées au service du rapprochement maroco-français, Qotbi est appelé actuellement à jouer un nouveau rôle dans le renforcement du rayonnement culturel du Maroc, à travers la Fondation qu’il préside.

- Fouad Bellamine est le chantre de la non-figuration, dans la mesure où sa peinture ne cesse de faire des clins d’œil au motif, comme il l’a souvent répété. Il a créé son propre langage plastique, avec sa fameuse monumentalité gestuelle. Ce natif de Fès en 1950, a étudié les arts appliqués à Casablanca, avant de commencer à exposer ses œuvres à partir de 1972. Après un DEA à Paris en 1987, il expose ses toiles en France et dans d’autres pays, parallèlement à son métier d’enseignant à l’Université Paris VIII. A son retour au Maroc, il s’est consacré à la peinture, et a organisé, en tant que commissaire, plusieurs expositions d’art contemporain.

- Ahmed Cherkaoui est une incarnation du concept adopté par les rockeurs américains: Live hard, die young. Décédé à 33 ans, en 1967, cet artiste peintre a légué un riche héritage à la scène artistique marocaine. Ce fils prodige de la ville de Boujaad est l’une des références reconnues. De l’art figuratif, il est passé à l’abstrait, tout en restant fidèle à ses questionnements relatifs à la mémoire, à l’immersion dans le monde moderne, à l’arrachement au sous-développement. Il a fait du signe son langage plastique et sa marque de fabrique.

- Chaïbia Talal est l’une des artistes les plus populaires au Maroc. Chaïbia , icône de l’histoire culturelle marocaine, est une artiste au parcours hors du commun. Née en 1929 au village de Chtouka dans la région d’El Jadida, Chaïbia a grandi dans un contexte rural traditionnel, avant de découvrir les nouveaux horizons des couleurs, à l’âge de 25 ans. Son fils, Houssein Talal, également artiste peintre, a joué un grand rôle dans la carrière de la diva de l’art naïf ou spontané. Chaïbia est considérée comme une école à part entière. Sa peinture s’affranchit des formes convenues. Elle est inclassable, inimitable, unique, de l’avis de plusieurs critiques. Elle a contribué à l’émergence d’une scène artistique féminine, après des années marquées par la domination des hommes. Sa notoriété internationale a ouvert la voie à une nouvelle génération d’artistes. Ses œuvres ont été exposées, à partir de 1966 dans différentes capitales de l’art telles Paris, Rotterdam, Copenhague… Elle s’est éteinte en 2004, à l’âge de 75 ans.

A l’IMA et au Louvre

L’exposition « Le Maroc Contemporain », en partenariat avec la Fondation Nationale des Musées, se tiendra du 15 octobre au 25 janvier prochain à l’Institut du Monde Arabe (IMA). Cette manifestation pluridisciplinaire est la plus importante jamais consacrée au Maroc en France. Il s’agit même de la plus grande exposition destinée à présenter l’art contemporain d’un pays étranger. L’exposition présente plusieurs aspects du paysage artistique marocain contemporain, arts plastiques, design, architecture, littérature, cinéma, musique… Et pour la première fois également, l’entièreté de l’espace de l’IMA lui sera consacrée. Pour sa part, le Musée du Louvre à Paris abritera une exposition sur « le Maroc médiéval: un empire de l’Afrique à l’Espagne »  du 17 octobre au 19 janvier. Cette manifestation qui comprend près  de 300 œuvres, invite à la relecture du XIème au XVème siècle qui a connu plusieurs dynasties (Almoravide, Almohade et Mérinide) tant du point de vue historique qu’artistique. Le Maroc médiéval invite à un voyage dans l’espace marocain et andalou suivant un fil chronologique. De Fès à Séville, le parcours retrace les chantiers architecturaux majeurs et les œuvres créées pour ces villes.

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