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Analyse
Enseignement supérieur
«La réforme de la réforme» pour fin mars

Par | Edition N°:4240 Le 25/03/2014 | Partager
Un test de français à l’entrée des facultés en réflexion
La gouvernance des universités revisitée
Formation professionnelle: Le privé autorisé à délivrer des licences

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- L’Economiste: Vous aviez promis la réforme de la loi 01-00 régissant l’enseignement supérieur, qui elle-même est une réforme, pour mars. Où en êtes-vous?
- Lahcen Daoudi: Le premier draft sera rendu aux syndicats vers la fin du mois ou, au plus tard, à la mi-avril. Rien ne se fera sans concertation avec toutes les parties prenantes. La réforme prévoit plusieurs nouveautés (voir illustration), y compris au niveau de la gouvernance des universités. C’est actuellement le souk au niveau de leurs conseils! Les élus n’y assistent presque jamais et les discussions portent sur tout et sur rien. Nous proposons donc l’introduction de conseils académiques qui auront pour mission de travailler sur les orientations pédagogiques. 

- La gestion des finances des universités n’est pas vraiment contrôlée. La Cour des comptes avait relevé plusieurs cas de détournements en 2008, mais il n’y a jamais eu de poursuites… 
- Dans le temps, les rapports de la Cour des comptes n’arrivaient pas jusqu’à la justice. Aujourd’hui, si. Le contrôle relève de la Cour des comptes ainsi que du Parlement. En cas de problème, le ministère envoie des commissions d’inspection. Actuellement, nous disposons d’un système d’information qui vient d’être généralisé à toutes les universités. Il permettra au ministre de faire le suivi des dépenses de tous les établissements à partir de son bureau. Nous avons également formé 17 spécialistes qui assureront la gestion financière des universités. Avant, c’était des professeurs qui s’en occupaient. Une aberration!
Par ailleurs, nous avons demandé aux présidents de ne plus lancer de  constructions, car la CGI et le ministère de l’Equipement peuvent s’en charger.  

- La procédure de nomination des présidents d’université et des doyens est également contestée. Que prévoyez-vous sur cet aspect?
- Au niveau des présidents, la procédure est déjà verrouillée, puisque c’est le ministre qui choisit la commission de sélection des profils. Depuis ma nomination j’ai veillé à choisir des personnalités au-dessus de tout soupçon, et il n’y a jamais eu de contestation. Dans la prochaine réforme, une présélection sur dossier est prévue. En revanche, concernant les directeurs des établissements et les doyens, c’est le président de l’université qui choisit les membres de la commission. Et là, effectivement, nous avons tout le temps des controverses. Il faut veiller à choisir des personnes objectives.

- Les enseignants universitaires sont les seuls fonctionnaires à pouvoir cumuler des emplois sans être inquiétés. Pour quelle raison?
- Ils ont normalement le droit d’exercer 20 heures par mois dans l’enseignement privé. Mais, en effet, certains comptabilisent ce nombre d’heures en une semaine! C’est la raison pour laquelle nous avons lancé le programme de formation de 10.000 cadres pour le privé.
Cela dit, nous avons un manque énorme en matière d’enseignants. Ils sont moins de 15.000 pour plus de 610.000 étudiants. Et ils n’ont le droit d’encadrer que 5 thèses à la fois. A ce rythme, nous n’arriverons jamais à combler le déficit. Nous sommes en train de réfléchir à la possibilité de les autoriser à encadrer 10 thèses.

- Des cours de français et de communication sont dispensés dans les facultés par des lauréats de masters. Sont-ils habilités à le faire?
- Il existe même des profils issus du primaire et du secondaire qui viennent donner des cours de français aux étudiants. Nous n’avons pas besoin de cela, mais de cours de terminologie afin d’enseigner le français technique, y compris via des cours on line. Et ce, dès le baccalauréat, afin que l’étudiant puisse bien préparer son entrée à la faculté. C’est ce que prévoit la nouvelle réforme. En économie par exemple, l’étudiant doit maîtriser au moins 200 concepts. Nous pensons, par ailleurs, à instaurer des tests de français à l’entrée de l’université, mais nous n’avons pas encore tranché cette question.   

- Mais vous risquez de réduire drastiquement les effectifs…
- Les étudiants pourront toujours choisir des filières arabophones. Malheureusement, l’étudiant est victime du système. Il finit par décrocher car il n’est pas suffisamment outillé pour suivre les cours. Et dans ce cas, les bourses accordées sont tout simplement perdues. Notre mission c’est de l’aider à réussir.

- Les écoles supérieures de technologie (EST) ont récemment été autorisées à délivrer des licences. Qu’en est-il des établissements privés de la formation professionnelle?
- Les bac+3 sont admis dans des facultés souvent sous équipées. Alors que les EST sont mieux loties et comptent des techniciens qui peuvent accompagner les étudiants. Les lauréats de la formation professionnelle auront eux aussi un quota pour décrocher une licence et pourquoi pas un master. C’est une passerelle pour les meilleurs.
Concernant les établissements de la formation professionnelle privée, il n’y a plus de blocage. Je leur ai également donné la possibilité d’ouvrir la 3e année, à condition, toutefois, que l’étudiant continue dans la même filière. Le privé est un partenaire fondamental qui dispose de plus de souplesse pour répondre aux attentes des entreprises. 
- Quelle est votre vision pour la gestion des ressources humaines du ministère?
- Nous avons revu notre organigramme il y a quelque quatre mois afin de redéployer l’ensemble des compétences dans les différentes directions. Actuellement, nous préparons un programme de formation continue pour nos cadres. Des conventions seront signées avec les ENCG de Tanger et de Settat pour les créneaux dont nous avons besoin, notamment la gestion et les langues étrangères. Un budget de 3 millions de DH sera mobilisé. Notre problème c’est que plus de 40% des effectifs du ministère de l’Enseignement supérieur ne sont pas diplômés. Il est donc nécessaire de renforcer les équipes en place. Malheureusement, nous ne disposons pas des postes budgétaires nécessaires, car la priorité est donnée aux universités.

Bourses: Les détournements toujours de mise

LE ministère de l’Enseignement supérieur a été secoué la semaine dernière par le suicide du chef de la division des bourses. Ce qui a remis la question des détournements des bourses sous le feu des projecteurs. La liste de tous les bénéficiaires avait été publiée à la rentrée universitaire sur le site du ministère. Des contestations des étudiants de plusieurs provinces s’en sont suivies. Le département de Lahcen Daoudi a fini par envoyer une commission d’inspection dans la province d’Azilal où des personnes aisées ont indûment bénéficié de bourses, contrairement à d’autres dans le besoin. Elle a conclu que le mal venait du ministère. Quelque 8 personnes, dont le responsable des bourses, ont été déchargées de leurs responsabilités. Une plainte contre X a également été déposée. Une association de Tinghir vient aussi de dénoncer des détournements. «J’invite les associations dans toutes les provinces à nous aider à relever les transgressions», insiste Daoudi.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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