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Politique

Entretien exclusif
Yasmina Khadra: L’écrivain qui brigue la présidentielle en Algérie

Par L'Economiste | Edition N°:4164 Le 04/12/2013 | Partager

Yasmina Khadra: «Être président ne résonne aucunement en moi comme une fanfare, mais comme un chahut qui me tiendrait éveillé de jour comme de nuit»

Non, ce n’est pas une rumeur, pas plus qu’un coup de tête ou un caprice de star, Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohamed Moulessehoul, brigue la présidentielle en Algérie, prévue en avril 2014. Le célèbre écrivain est bien décidé à récolter les 60.000 signatures d’électeurs nécessaires à sa candidature. Un directeur de campagne, un coordinateur national, des représentants dans les wilayas… il a tout mis en œuvre pour y arriver. Il nous livre ses projets pour son pays.

- L’Economiste: Pourquoi cette candidature plutôt inattendue?
- Yasmina Khadra: Peut-être parce que j’étais excédé d’attendre. Le temps passe, le monde mute et notre pays n’en finit pas de crapahuter sur place. Il est devenu impératif, pour moi, de dire «ça suffit». Je ne pouvais plus croiser les bras et regarder ailleurs. Je ne pouvais plus me féliciter de mon parcours de romancier sans regretter de ne pouvoir le partager avec les miens. Je connais les Algériens, j’ai vécu et souffert avec eux. Je sais où le bât blesse. Mes livres ont su raconter nos affres et nos espoirs, nos misères et notre refus de disparaître. Je veux faire quelque chose pour notre peuple. Je l’ai toujours aimé, défendu, et j’ai porté sa bannière sur les chemins de croix.

- Avez-vous toujours eu cette ambition?
- Il ne s’agit pas d’ambition, mais d’un devoir hautement citoyen. Ma seule ambition est de mourir sans avoir fait du tort autour de moi. Beaucoup de proches ne comprennent pas pourquoi je me lance sur un tel champ de mines alors que j’ai tout pour vivre en rentier. Je refuse de vivre en rentier.
- Pensez-vous pouvoir récolter les signatures nécessaires? Où en êtes-vous?
- Cela dépendra des Algériens qui voudront tourner la page pour commencer un autre chapitre de leur histoire avec un écrivain qui les aime et qui saura les raconter. Je suis un candidat indépendant. Aujourd’hui encore, certains ne croient pas dans mon engagement ou bien demeurent perplexes et indécis. Ceux-là, je les comprends, à leur tour de me comprendre. Il ne s’agit ni d’une fantaisie ni d’un caprice. Il s’agit de savoir si nous voulons nous défaire d’un système obsolète ou pas, si nous voulons commencer dès maintenant à bâtir une vraie nation pour nos enfants et les générations de demain ou pas. Je tiens à dire aux indécis que je n’ai jamais été aussi sérieux. S’ils croient dans ma rectitude, ma connaissance de la société algérienne, ma probité citoyenne et ma détermination de changer les choses, qu’ils me rejoignent sans tarder, l’échéance électorale étant pour bientôt. Je suis en train de déployer des réseaux de soutien un peu partout, j’ai un directeur de campagne, un coordinateur national, des représentants dans l’ensemble des wilayas. La tâche est rude, titanesque. Un candidat indépendant se doit de faire du porte-à-porte.

- Si vous ne réussissez pas cette fois-ci, seriez-vous prêt à retenter votre chance pour une autre échéance?
- Chaque chose en son temps. Si je m’engage aujourd’hui, c’est pour réussir.

- Qu’adviendrait-il de Yasmina Khadra l’écrivain?
- Je pense qu’à un certain moment, il faut agir en citoyen pleinement éveillé à son devoir. J’ai besoin de me sentir dans mon élément, et mon élément est l’Algérie. Si je réussissais à me rendre utile aux Algériens, mes lecteurs ne m’en voudraient. A un journaliste américain de l’AP, j’ai dit ceci : si je gagne, tant mieux pour mes électeurs: si la victoire n’est pas au rendez-vous, tant mieux pour mes lecteurs. J’aurais au moins la satisfaction d’avoir essayé de servir les Algériens. Être président ne résonne aucunement en moi comme une fanfare, mais comme un chahut qui me tiendrait éveillé de jour comme de nuit. J’estime que l’avenir de mon pays mérite tous les sacrifices personnels.

- Vous avez choisi de ne pas enfiler de couleur politique, pour quelle raison?
- Je suis poète, les couleurs de mon arc-en-ciel sauraient m’éclairer.

- Est-il possible, selon vous, aujourd’hui de percer en politique en Algérie sans le soutien d’un parti, notamment un parti historique comme le FLN?
- C’est le peuple qui décide. S’il veut le changement, il choisira de rompre avec ceux qui l’ont déçu.
- Quels seraient vos projets pour l’Algérie?
- Avant tout, rendre à l’Algérien sa citoyenneté, c’est-à-dire lui permettre de vivre dans un pays où il sera respecté et écouté. Depuis des décennies, l’Algérien ne sait plus où donner de la tête. Tout lui échappe, tout le rejette. Il est humilié chez lui, persécuté ailleurs, fragilisé par les faux problèmes et «harcelé» de promesses farfelues qui, à défaut de l’achever, le maintiennent sous perfusion. L’Algérien a besoin de recouvrer l’intégralité des valeurs qui lui ont permis de survivre à travers les âges et les civilisations. Il a besoin d’évoluer dans la quiétude, de voir clair dans ses affaires, de dépoussiérer ses repères et d’élever ses enfants en paix. Mes premières mesures seraient d’assainir les institutions, en particulier l’Administration, afin de faciliter la vie aux Algériens. La corruption et le clientélisme, quand ils se déclarent en ces lieux censés être au service du citoyen, sont un danger mortel. Il faudrait «désinfecter» les institutions pour soigner le citoyen, ensuite alléger la bureaucratie qui impose, pour la plus banale des opérations administratives, des parcours de combattant hallucinants.  Pour moi, la sérénité citoyenne serait la base de mon programme. Il me faut un citoyen rassuré, confiant dans ses institutions, responsable et satisfait avant de lui soumettre la charge des réformes que j’aurai à engager. Ce serait la plus grosse tâche à accomplir, et la moins aisée: comment bonifier une mentalité viciée par un demi-siècle de démagogie, de parjures, d’encanaillement, d’incompétence, d’abus, de vexations et de démission?

- Mais il y a aussi d’autres chantiers…
- Dans la foulée, pour accompagner le processus sus-cité, assainir la Justice avant de lui rendre sa totale indépendance afin que l’égalité et la vérité soient sauves. Il n’est pire déclencheur des révoltes et des catastrophes humaines que l’injustice. Parallèlement, m’occuper de l’école afin qu’elle redevienne le lieu de la connaissance et de l’ouverture sur le monde, la pépinière des espoirs et des rêves, une école où l’esprit devra être aussi sain que le corps (études, activités sportives et culturelles. L’école algérienne a connu, de par le passé, des moments de gloire de cette nature - troupes de théâtre et compétitions sportives scolaires à l’échelle nationale). Une école en mesure de fournir à l’université les cadres de demain, et une université revisitée, décontaminée, sauvée des dérives qui la singularisent aujourd’hui et qui reposera sur la compétence et le savoir transcendant. M’occuper de cette jeunesse blasée, malheureuse, livrée aux ennuis et au désespoir, oubliée par les décideurs et qui ne songe qu’à s’exiler au risque de sa vie. Il y a tellement de débouchés pour cette jeunesse. Commencer par lui faire comprendre que l’assistanat n’est bon que pour les vieilles personnes impotentes et pour les patients, que l’Algérie a besoin de son énergie et de sa fraîcheur. Faire découvrir à cette jeunesse des vocations ignorées, des métiers et des carrières insoupçonnés ou négligés, dans le sport (nous avions des champions qui se décomposent dans l’oisiveté), le spectacle (des comédiens, des humoristes, etc. ne savent où exposer l’étendue de leur talent). Pour ce faire, ouvrir des ateliers d’apprentissage dans toutes les villes et villages (écuries de boxe, d’arts martiaux, etc.), des centres de formation professionnelle, créer des disciplines à compétition pour, d’une part, résorber le chômage et permettre au jeune de s’inventer une ambition et donner un sens à sa vie, d’autre part.

- Qu’en est-il de l’économie?
- Les colonnes que votre journal m’accorde ne suffisent pas à résumer les chantiers qui me tiennent à coeur, notamment les projets économiques autres que les hydrocarbures (l’agriculture, la pêche, l’industrie, le tourisme), la redéfinition des rapports Etat-peuple, la place de l’Armée dans la société (je suis pour une armée professionnelle et soumise aux exigences de la démocratie), la création d’un organisme chargé de la diaspora (l’apport de notre intelligentsia établie à l’étranger pourrait être considérable), la répartition équitable des richesses afin qu’aucune région du pays ne sente défavorisée, la création de l’emploi en encourageant les petites et moyennes entreprises, l’investissement dans le Grand Sud et les Hauts-Plateaux jusque-là quasiment sinistrés... Mais avant toute réforme, construire d’abord le citoyen éclairé, compétent ou simplement conscient de la nécessité pour lui d’être utile à la société. Si la base populaire ne s’implique pas, aucun programme ne saurait être probant. Je suis persuadé que la priorité des priorités réside dans le souci de rendre à l’Algérien sa citoyenneté, seule condition pour lui de s’éveiller à ses responsabilités en devenant le bâtisseur principal de son propre devenir et le garant potentiel de l’avenir des générations de demain. 

Un parcours atypique

Auteur d’une vingtaine d’ouvrages traduits dans près de 42 pays et adaptés au cinéma, lauréat d’une multitude de prix internationaux, Yasmina Khadra a fait son entrée dans le dictionnaire, Le Petit Robert des noms propres, en 2013. Son entrée dans l’histoire politique, c’est peut-être pour bientôt, si jamais il arrive à devenir président de l’Algérie. Sa candidature en a surpris plus d’un, mais il semble décidé à relever le défi. Il y croit, même s’il tente l’aventure en solo, sans soutien d’un parti politique. De toutes les façons, sa vie professionnelle n’a jamais été un long fleuve tranquille. D’abord commandant de l’armée algérienne, engagé dans la lutte contre les mouvements islamistes, rien ne le prédestinait à porter une plume à la place d’une arme. Pourtant, c’est ce qu’il a fait. L’écrivain publie, sous son vrai nom, plusieurs romans vers la fin des années 80. Pour contourner la censure, il continue à écrire sous plusieurs pseudonymes, dont celui de sa femme, Yasmina Khadra. Il se fait connaître à l’international grâce aux aventures du Commissaire Llob, à qui il consacre quelque 4 romans. En 2000, il démissionne de l’armée, se consacre aux lettres et publie toute une série de titres qui lui valent la reconnaissance de ses pairs. Sa dernière œuvre, «Les Anges meurent de nos blessures» (Ed.Julliard), est parue en septembre dernier. Yasmina Khadra dirige aujourd’hui le Centre culturel algérien à Paris.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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