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Chronique

Mesurer le coût du «trop grand pour faire défaut»
Par Mark Roe

Par L'Economiste | Edition N°:4066 Le 03/07/2013 | Partager

Mark Roe est professeur à la Faculté de droit de Harvard

L’idée selon laquelle certaines banques seraient «trop grandes pour faire défaut» a émergé de l’obscurité du débat académique et de régulation dans le discours financier. Bloomberg News a récemment relancé ce débat avec une critique du bénéfice perçu par de telles banques (criticizing the benefit that such banks receive) – un bénéfice dont une étude publiée par le Fonds monétaire international démontre qu’il est substantiel.
Les lobbyistes et les représentants des banques ont rejeté le papier de Bloomberg, prétextant qu’il ne faisait référence qu’à une seule étude, et qu’il se basait sur le classement des grandes banques des agences de notation qui montre que plusieurs d’entre elles devraient payer plus cher leur financement à long terme si les marchés financiers ne s’attendent pas à une intervention de soutien de la part des gouvernements en cas de problème.
Mais en fait, il existe environ dix études récentes, et non une seule, sur le bénéfice que reçoivent du gouvernement les banques trop grandes pour faire défaut. La presque totalité de ces études s’accorde sur un même point: une forte augmentation des subventions en faveur des «trop-grandes-pour-faire-défaut» constatée pendant et après la crise financière, leur permettant d’emprunter moins cher.
Mais un récent rapport publié par Goldman Sachs prétend le contraire – et mérite d’être pris plus au sérieux que les efforts déployés par le passé pour mieux contourner le problème. Le rapport conclut que l’avantage des grandes banques par rapport aux petites en matière de coût de financement à long terme a été de 0,25%; que cet avantage est minime; qu’il s’est réduit récemment (et pourrait s’inverser); qu’il provient de leur efficacité et de la liquidité de leurs obligations; et qu’historiquement, ce sont principalement les petites banques, et non les grandes, qui ont fait défaut.
Le rapport Goldman semble répondre à une récente proposition des sénateurs Sherrod Brown et David Vitter visant à augmenter substantiellement les exigences de capitaux imposées aux grandes banques, tout en en exemptant les petites (probablement pour obtenir le soutien politique des petites banques, ou par nostalgie de la banque de proximité, ou parce que les sénateurs estiment que les petites banques ne présentent pas de problème de régulation). Et parce que les petites banques ont toujours été prônes à la faillite, et qu’elles furent particulièrement nombreuses à faire faillite, la proposition Brown-Vitter esquive un problème majeur que nous pourrions appeler: «trop nombreuses pour faire défaut».
Mais bien que Goldman ait eu raison d’élargir le débat pour y inclure la faiblesse des petites banques, cette position fragilise la logique soutenue par le rapport selon laquelle la diminution de l’avantage sur le financement à long terme signifie que les problèmes bancaires de l’Amérique sont résolus. Goldman a raison de dire que les petites banques ont fait défaut et qu’elles ont été protégées par l’assurance et les sauvetages du gouvernement ; mais cela signifie que cet avantage de financement perçu par les grandes banques doit être ajouté à tout avantage bénéficiant aux petites banques.
De même, si l’avantage de financement des grandes banques n’est véritablement pas si important qu’il a pu l’être par le passé, ce resserrement pourrait signifier que certains comprennent ce que traduit le rapport Goldman: les petites banques font aussi faillite, et le gouvernement ou le fonds d’assurance les renflouent. Cette réduction de l’écart dans les coûts de financement pourrait tout simplement vouloir dire que les marchés financiers l’ont admis.
En outre, en calculant le montant des subventions accordées aux banques trop grandes pour faire défaut sur la base des obligations à long terme des banques, le rapport Goldman manque le coche. Car c’est l’endettement à court terme d’une banque qui la plonge dans la crise, et c’est cette dette qui est renflouée en premier. Les grandes banques, et non les petites, sont les principaux acteurs sur le marché de la dette à court terme, ce qui rend leurs obligations plus risquées que celles des petites. Donc, si le marché évalue de la même manière l’endettement à long terme des petites banques et celui des grandes, même si l’endettement des grandes banques est plus risqué, il doit bien y avoir quelque chose qui donne un coup de fouet à cet endettement plus risqué des grandes banques.
Les régulateurs américains envisagent sérieusement d’autoriser le défaut de la dette à long terme dans le cadre de la faillite d’une banque, tout en affirmant qu’ils trouveront un moyen de sauver la dette à court terme. Si les marchés financiers estiment qu’ils vont effectivement octroyer cette autorisation, le coup de pouce accordé aux établissements trop grands pour faire défaut pourrait s’appliquer plus à l’endettement à court terme des grandes banques qu’à l’endettement à long terme de n’importe quelle banque. 
Et peut-on dire que les montants concernés – un tiers de point de pourcentage d’économies annuelles en intérêts débiteurs sur la dette à long terme – sont modestes? Les grandes banques ont tellement recours à l’endettement de nos jours et si peu à l’équité – le rapport est généralement de un à dix – qu’un petit avantage de financement se monte à une fraction substantielle des profits d’une banque. En fonction du montant d’endettement à long terme auquel une banque à recours, un avantage de financement d’un tiers de point de pourcentage peut rapidement représenter 10% ou plus de ses profits annuels. On peut difficilement qualifier cela de petit changement.
Enfin, il n’est pas suffisant de se concentrer uniquement sur les subventions pour les banques trop grandes pour faire défaut à un instant T. Les défauts sont moins probables lorsque l’économie est relancée. Les banques peuvent continuer d’être trop grandes pour faire défaut, mais dans la mesure où leur probabilité de faire faillite est moindre dans une économie dynamique, la subvention immédiate diminue. Et le coût le plus élevé dans la faillite d’une grande banque n’est pas la subvention, ou le coût du sauvetage. Il provient des ravages économiques provoqués par l’affaiblissement d’un trop grand nombre d’institutions financières et par la simultanéité de la dégradation de leur situation, ce qui entraîne un recul du crédit, et une dégradation généralisée de l’activité économique. Les défauts en masse coûtent cher, même si personne, petit ou grand, n’est renfloué.

Soutenir les petites banques

Goldman a parfaitement raison lorsqu’elle affirme que l’Amérique a toujours soutenu les petites banques qu’elle ne voulait pas voir échouer. La crise de l’épargne et du crédit des années 80 a représenté un problème de quelque 100 milliards de dollars. Les banques qui ont fait faillite pendant la Grande Dépression des années 30 étaient de petites banques. Et plus pernicieusement, parce que les petites banques, contrairement aux grandes, ont réglé la majorité des coûts de leur défaut par un fonds d’assurance, elles ont reçu des monopoles locaux pour éviter qu’une concurrence trop forte n’entraîne un trop grand nombre d’entre elles à la faillite. Les clients ont souffert en conséquence d’une trop faible concurrence.

Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats
Copyright: Project Syndicate, 2013.
www.project-syndicate.org

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