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    Tourisme
    Avis de tempête sur les agences de voyages

    Par L'Economiste | Edition N°:3681 Le 20/12/2011 | Partager
    La fin du modèle du voyage à forfait met la profession en difficulté
    La plupart des voyagistes n’ont pas su anticiper les mutations de leur secteur

    Les recettes des voyages sont depuis 2006 sur un trend haussier malgré une année 2009 assez morose. Mais l’embellie au niveau des rentrées de devises n’est pas observée au niveau du taux de nuitées

    Malgré le contexte régional et les difficultés économiques en Europe, le tourisme achève une bonne campagne 2011. Les recettes (brutes) sont en hausse de 4,5%, à 54,6 milliards de dirhams (données arrêtées à fin novembre, source: Office des changes). Pendant ce temps, l’évolution des nuitées, indicateur crucial de l’exploitation dans l’hôtellerie, décroche et ne rend pas compte de cette embellie: -6% au cours des dix premiers mois. Ce tableau résume tout le paradoxe de la situation actuelle dans le tourisme. D’un côté, des performances économiques globalement bonnes, voire très bonnes, et de l’autre, une situation financière des opérateurs, notamment les agences de voyages et dans l’hôtellerie, qui va en se dégradant.
    Et pour la saison 2012, le tableau ne devrait pas changer. La rupture structurelle qui a commencé dans la moitié des années 2000 dans l’industrie mondiale du tourisme touche de plein fouet les professionnels marocains qui, à l’évidence, ont raté ce virage. Le modèle de distribution qui faisait des tour-opérateurs des passages obligés pour le touriste a vécu. La montée en puissance d’internet et des compagnies à bas coûts dans le transport aérien a tout chamboulé. La révolution des ventes en ligne a d’abord touché l’aérien avant de s’étendre à toute la chaîne de l’industrie des voyages. Les TO européens, grossistes des forfaits touristiques vers le Maroc, ont perdu le pouvoir. Les conséquences sont immédiates. Sur le marché français (premier pourvoyeur de touristes vers le Maroc), les agences de voyages et les TO ne brassent plus que 30% des touristes qui viennent au Maroc.
    Pour venir à Marrakech, un Lyonnais ou un Suédois n’a plus besoin d’acheter un forfait au guichet d’un tour-opérateur. Le client décompose ce qui fut jadis le forfait en achetant directement au détail, chez le prestataire. Selon les spécialistes, au moins le 1/3 des touristes ne loge pas dans les établissements hôteliers. L’autre explication du décalage entre les rentrées financières et les nuitées tient au comportement des MRE (2,5 millions de touristes par an). A la faveur de la baisse du prix moyen du ticket d’avion, cette clientèle fractionne ses séjours au Maroc et ne va que très rarement dans les hôtels.
    La plupart des TO se trouvent d’ailleurs en proie à de grosses difficultés financières (Fram, Nouvelles Frontières, etc.) et sont condamnés à se restructurer. Résultat, côté marocain, les agences «réceptifs» qui vivent des commissions perçues des TO se retrouvent entraînés par les difficultés de leurs partenaires.
    Au même moment, c’est cela le contraste, les indicateurs du tableau de bord sectoriel sont au beau fixe: recettes et arrivées en hausse. Il y a toujours autant, sinon plus de touristes qui viennent au Maroc, mais une grosse partie n’emprunte plus les canaux «historiques» de la chaîne de prestations: agence de voyages, hôtel. La profession relève un recul de 5 à 15% sur les produits séjours hôtels et de 30 à 60% sur les circuits groupes, villes impériales et sud marocain. L’incentive connaît également des difficultés. En plus de l’effet de la crise économique, Othman Chérif Alami, directeur général du groupe Atlas Voyages, les attribue aux «mutations du tourisme en Europe et à la montée du canal internet dans la distribution».
    «Les recettes sont un excellent baromètre de la rentabilité du secteur, mais quand on regarde les nuitées, on se pose des questions en particulier par rapport au développement de l’hébergement informel», analyse Habib El Eulj, président de la Fédération nationale des agences de voyages du Maroc (Fnavm). Quitte à recourir à la méthode Coué: «Nous restons optimistes quant à l’actuelle saison et aussi par rapport à 2012, d’autant que les investissements sont là et le Maroc jouit d’une stabilité politique par rapport à ses concurrents, en particulier l’Egypte et la Tunisie». Et de lancer au passage un conseil à ses pairs: «Les agences de voyages doivent s’adapter à la réalité du marché; celles qui ne s’adapteront pas finiront par disparaître».
    Dans deux mois, vers mi- février 2012, les contrats avec les tour-opérateurs seront conclus pour la saison 2014 (la saison va du 31 octobre de l’année en cours au 1er novembre de l’exercice suivant). A l’érosion de la clientèle TO, les voyagistes vont de nouveau être soumis à une forte pression pour baisser leur marge. Décidément, le malheur ne vient jamais seul.

    Heureusement qu’il y a la «Omra»

    Pour Faouzi Zemrani, directeur général de Z’tours, «la conjoncture actuelle nécessite une mobilisation pour permettre aux agents de voyages de jouer leur rôle: le marketing et la promotion de la destination». «Dans la nouvelle vision, nous devons innover pour mieux vendre notre produit devant la fébrilité des TO qui n'osent plus prendre de risque sur notre destination», poursuit cet opérateur.
    «La tendance à la baisse avec la France est jugulée par de nouveaux produits tels que le culturel sur lequel nous essayons de faire le maximum de forcing», note Sqalli Azeddine, directeur général de S’Tours. Les voyages religieux ont également permis à de nombreux opérateurs de tirer leur épingle du jeu.

    K.M.

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