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Tourisme: Othman Alami tacle la tutelle

Par L'Economiste | Edition N°:3681 Le 20/12/2011 | Partager
La communication sur les chiffres fait polémique
Sous-déclarations des hôteliers, selon l’Observatoire

Othman Chérif Alami, vice-président des voyagistes de Casablanca, également patron du premier réceptif marocain, Atlas Voyages, prêche pour sa paroisse. «Comme le textile, il faut soutenir voyagistes et hôteliers»

LA polémique sur la communication des statistiques du tourisme refait surface. De nombreux opérateurs dénoncent des écarts, des incohérences, voire «une dé-corrélation» entre les chiffres du ministère (surtout les nuitées) et la réalité sur le terrain.
Le patron du premier réceptif marocain, Atlas Voyages, également vice-président des voyagistes de Casablanca (AVC), Othman Chérif Alami, dit tout haut ce que les opérateurs chuchotent entre eux. «Arrêtons de nous voiler la face, le tourisme va mal. Il faut mettre en place, pour les voyagistes et les hôteliers, des outils de soutien comme ceux qui ont été donnés au secteur du textile pour l’aider à passer la crise. Nous avons connu une année difficile, même si officiellement l’on donne des chiffres qui montrent une croissance de rapatriement de devises et des arrivées». Autre temps, autre ton! Chérif Alami semble s’affranchir subitement de ce «discours officiel», qu’il a pourtant défendu bec et ongles aux côtés de l’ex-ministre Yassir Zenagui. Il avoue aujourd’hui que l’activité du tourisme réceptif tourne dans le meilleur des cas à moins 50% de sa capacité. Chérif Alami a radicalement changé de ton, ces dernières semaines. En tout cas, selon certains observateurs, ce changement de ton traduit l’inquiétude de plusieurs professionnels qui avaient tous refusé d’admettre la situation.
Parallèlement à ce «rétropédalage» en règle, la Fédération du tourisme (FNT) appelle cet après-midi à Casablanca au recadrage de ses instances (lire De Bonnes Sources). Le résultat de cette dramatisation se lit dans le mot d’introduction des dernières statistiques de l’Observatoire du tourisme (OT), à fin octobre, qui viennent d’être rendues publiques. L’instance dirigée par Kamal Bensouda constate à son tour une «dé-corrélation» entre les arrivées (+2% à un peu plus de 8 millions de touristes) et les nuitées (-6%). Pour faire face à cette «incohérence», l’Observatoire a commandité une étude pour recenser les nuitées déclarées par les hôteliers. Les premiers résultats de ce travail font ressortir des «écarts dans la déclaration des nuitées par certains établissements hôteliers». Des sous-déclarations qui ont impacté le volume des nuitées déclarées à l’échelle nationale tout comme le taux de remplissage.
Ali Ghannam, le président de la fédération de l’hôtellerie (FNIH) appelle à relativiser l’impact de cette dé-corrélation qui «n’est pas nouvelle». Pour lui, de toute évidence, «il y a une explication à cette situation, mais c’est à l’étude de l’Observatoire de la déterminer». «La sous-déclaration, ce n’est pas vis-à-vis du fisc», tranche Chérif Alami, elle répond plutôt à un souci des hôteliers de minimiser la taxe sur la promotion touristique (TPT). Alami estime entre 5 et 10% la minoration des nuitées par les hôtels de petites catégories.
En tout cas, les instances du tourisme s’accordent à dire qu’il faut absolument moderniser le système des déclarations des nuitées. Jusqu’ici, les données sur les arrivées aux postes frontières sont communiquées par la police des frontières, relevant de la DGSN.
Pour rectifier le tir et adopter un système aux standards internationaux, il a été décidé de mettre en place un système de déclaration électronique alimentant en temps réel tous les départements concernés. Le nouveau dispositif est censé apporter des gains substantiels de temps avec l’adoption de modèles rapides de saisie de nuitées, des nationalités et des durées moyennes de séjour. Plus encore, ce mécanisme de comptage devra favoriser des modèles d’analyses plus affinés afin de mieux cerner les évolutions de l’activité et anticiper.
L’enjeu est de mieux coller à l’actualité des marchés, des nouvelles tendances et réactions de l’offre et la demande pour plus d’efficience et de réactivité dans le monitoring. Le mode de recensement des arrivées montre aussi ses limites.

Moins de Français et d’Espagnols

Est-ce seulement l’impact de la conjoncture géopolitique et économique internationale ou un flottement dans la gestion de ce secteur? Après les mois d’août (-6,6%) et septembre (-1%) catastrophiques pour les recettes, octobre (+5,4%), la pente recommence à fléchir à fin novembre (+4,5%). Quant aux nuitées, véritable baromètre des opérateurs qui est déterminant pour le chiffre d’affaires, ce n’est pas la joie. Les deux pôles touristiques, en l’occurrence Marrakech et Agadir, ont reculé de 9 et 6% respectivement. Rabat, Casablanca et Fès s’inscrivent également à la baisse. Ces contre-performances sont la résultante des baisses des marchés français (-10%) et espagnol (-15%).

A. R. & B. T.

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