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    Politique

    Scrutin: La moitié vide du verre...

    Par L'Economiste | Edition N°:3673 Le 08/12/2011 | Partager
    Taux de participation, bulletins nuls… les points de désaccord
    Comment le PJD a raflé la mise

    Si l’ensemble des observateurs ont confirmé la transparence des élections du 25 novembre, certaines voix émettent néanmoins quelques réserves et évoquent une «manipulation des résultats dans le cadre d’une ingénierie électorale», comme l’a souligné Sion Assidon, militant associatif et membre de Transparency Maroc, lors d’un débat organisé mardi dernier par l’Ecole de gouvernance et d’économie à Rabat. Ce «contrôle» passe, selon lui, à travers le «toilettage des listes électorales, qui se sont caractérisées par une baisse drastique du nombre d’inscrits». Ce qui pose «un point d’interrogation sur la qualité du travail effectué», ajoute-t-il. Le militant associatif semble oublier que le renouvellement des listes électorales «s’est déroulé en présence de magistrats», comme le précise Kamal Lahbib, président du Collectif pour l’observation électorale, qui a critiqué les «conclusions hâtives d’Assidon, en l’absence des chiffres définitifs concernant l’opération électorale». Surtout qu’Assidon a également pointé du doigt le taux de participation qui, selon lui, «n’est pas réel, à cause de l’existence d’un grand nombre de bulletins nuls».

    Taux de participation
    Un constat partagé par Bernabé Lopez Garci, professeur à l’Université autonome de Madrid, qui va plus loin en appelant à relativiser les résultats, estimant qu’une partie importante de l’électorat n’a pas participé au scrutin. «Sur les 21 millions de citoyens en âge de voter, 38% n’ont pas été inscrits, 34% se sont abstenus. A cela s’ajoutent 6% de bulletins nuls. Ce qui signifie que seuls 5% des électeurs ont voté en faveur du PJD», explique-t-il. Son analyse a également porté sur le taux de participation en fonction du nombre d’inscrits. «Sur les 13 millions d’électeurs, nous retrouvons 54,5% d’abstentions, 10% de bulletins nuls, et seulement 8% des voix en faveur du PJD», note-t-il. Ce faible engouement s’explique par le fait qu’il s’agissait «d’élections sans véritable enjeu à cause de l’absence d’une bataille électorale basée sur des programmes», de l’avis d’Assidon. Ce faible taux de participation est également dû à «quelques complexités administratives liées à la distribution des avis de vote», selon Lahbib qui souligne que «certaines personnes qui souhaitaient voter n’arrivaient pas à trouver le bureau où elles devaient se rendre». Parallèlement, le nombre des bulletins nuls résulte aussi «de la complexité des bulletins qui favorise les erreurs et donc la nullité du vote», explique-t-il. Aussi, les votes blancs traduisent «un désintérêt pour les programmes des partis, mais pas pour l’opération électorale», de l’avis de plusieurs intervenants. Il faudrait toutefois prendre acte de ces résultats «sans tomber dans le cynisme selon la formule de tout changer pour que rien ne change», relativise Jean Claude Santucci, chercheur à l’Institut de recherches et d’études sur le Monde arabe et musulman. Or, «beaucoup de choses ont changé et il faudrait surmonter le doute pour favoriser le changement», affirme Lahbib qui relève des paradoxes dans la situation actuelle. «Après plus de 30 ans de lutte pour la démocratie par des militants de gauche, c’est un parti islamiste qui prend le pouvoir à travers les urnes», souligne-t-il, estimant que «cela est extraordinaire car ce sont les électeurs qui ont eu la primauté de la décision». Un choix qui doit être respecté par les défenseurs de la démocratie. Reste que «ceux qui ont milité en faveur d’un système électoral libre et démocratique ont été les premiers à appeler au boycott», déplore Lahbib qui rappelle que «nous ne pouvons pas changer les choses en se contentant du rôle de spectateur». Le PJD semble l’avoir bien compris en s’impliquant dans la vie politique à travers «une stratégie d’intégration en douceur qui a été initiée dès 1997», note, pour sa part, Serena Dalla Valle, docteur en sciences politiques, spécialiste du PJD. Contrairement aux autres partis, «notamment ceux de gauche, usés par l’expérience du pouvoir, le PJD a su se requalifier, à travers une approche de proximité sociale et un véritable travail d’encadrement», explique Santucci. La formation islamiste ne s’est pas limitée à l’instrumentalisation du référentiel idéologique, et «s’est montrée comme un parti pragmatique qui emploie un discours de real-politik», avance Dalla Valle. Il s’agit aussi d’une formation qui a su utiliser son discours de moralisation de la société. Le PJD a constitué une option de rechange et un espoir pour une grande partie de la population. Il a pu «remettre dans le système cet électorat flottant qui ne s’est pas exprimé en 2007», note-t-elle. Le parti a «obtenu une large victoire dans les circonscriptions qui ont connu une faible participation en 2007, notamment dans les grandes villes comme Casablanca et Tanger», selon la politologue. Néanmoins, il faudra relativiser sa victoire car, «s’il est arrivé en tête, c’est parce qu’il a eu plus de voix que les autres formations, mais reste loin d’une victoire écrasante», tempère-t-elle. Résultat: le parti devra cohabiter avec des alliés qui ne portent pas forcément les mêmes orientations, mais aussi une opposition qui l’attend au tournant. C’est pour cela que certains s’interrogent s’il ne s’agit pas de «pousser le PJD à l’usure, à travers une expérience gouvernementale qui reste très difficile», de l’avis de Santucci. Il faudra attendre pour voir «si le parti va réussir à s’autonomiser et à s’approprier tous les pouvoirs que lui accorde la Constitution», ajoute-t-il. Le PJD, qui a fait de la défense de l’effectivité des pouvoirs du gouvernement son cheval de bataille, sera-t-il en mesure de tenir ses engagements?

    Crédibilité

    Des intervenants au débat ont émis des craintes que la prise du pouvoir par le PJD ne soit «qu’un remake de l’expérience Youssoufi». A l’époque, «l’USFP a été mise au-devant de la scène pour résoudre une crise politique, et c’est ce qui semble se reproduire avec le PJD, qui paraît être la formation la plus à même de répondre aux attentes sociales». Le parti, il est vrai, doit son succès à sa virginité politique, car il n’a pas encore été usé par la pratique du pouvoir. Il a néanmoins «su garder son poids électoral dans les villes où il a eu l’occasion de gérer les affaires locales». Ce qui montre «une certaine crédibilité dont dispose le PJD qui a poussé les citoyens à lui donner une chance au niveau des législatives».

    Mohamed Ali MRABI

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