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Société

«Sans la culture, on va vers la catastrophe»
Entretien avec Frédéric Mitterrand, ministre français de la Culture

Par L'Economiste | Edition N°:3542 Le 01/06/2011 | Partager

Selon Frédéric Mitterrand, la culture est nécessaire dans l’émergence de la citoyenneté et offre des repères, mais n’est pas suffisante. «Elle ne résout pas les problèmes de la société», estime-t-il

Frédéric Mitterrand a fait le déplacement à Marrakech, lors du 10e anniversaire de l’inscription de la place Jamaâ El Fna au patrimoine oral et immatériel de l’Unesco. L’occasion de revenir sur les enjeux actuels culturels au Maroc, mais aussi sur l’impact de la culture dans l’émergence de la citoyenneté.

- L’Economiste: Quelle est la raison de votre présence ici à Marrakech?

- Frédéric Mitterrand: Je souhaite accompagner les Marocains dans cette tragédie qui n’est pas du tout conforme à la tradition du Maroc. C’est un fait complètement atypique de ce pays, qui ne mérite pas d’être stigmatisé. Je suis venu pour soutenir le Maroc et pour essayer de l’accompagner dans une image positive dont il a besoin.

- Ce patrimoine oral de la place Jemaâ El Fna évolue et est même aujourd’hui menacé. Quel serait votre conseil pour le préserver?

- Je trouve, pour ma part, que ce patrimoine est au contraire plutôt bien protégé. La société toute entière s’en sent responsable. En arrivant sur cette place, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de monde, que l’on sentait que c’était un cœur qui battait très fort. En France, il y a aussi beaucoup d’expressions folkloriques, mais qui restent plus locales. Tandis qu’ici on a l’impression que c’est le cœur vivant du Maroc, que c’est un «rien» qui se remplit de tout, une sorte de «work in progress». Si la place évolue aujourd’hui, je pense que ce n’est pas nécessairement négatif pour son avenir, sauf si on entre dans une société où les gens restent chez eux, devant la télévision.

- Que faites-vous en tant que ministre français de la Culture pour soutenir les artistes marocains?

- En tant que ministre français de la Culture, j’ai beaucoup travaillé à faciliter l’accès aux artistes marocains pour les visas, mais également aux résidences d’artistes, galeries…Malgré cela, je trouve que ce n’est pas encore assez. Il faudrait encore augmenter les bourses, les résidences, l’accès à la formation. J’espère que les artistes marocains auront les moyens de continuer à travailler et que l’Europe, qui connaît un fort repli sur elle-même, leur permettra malgré tout d’accéder au marché européen. Cependant, je constate que la plupart des créateurs marocains ont tout de même un pied en France. Il y a toujours un lien et une reconnaissance.

- Quel regard portez-vous sur le printemps arabe?

- J’ai des réticences à m’exprimer sur ce sujet, car je trouve que de manière générale, nous faisons en Europe une analyse très occidentale des révolutions qui se déroulent dans les pays du Maghreb, en les comparant à ce qui s’est passé en Europe au XXe siècle. Or, ce sont des révolutions qui se déroulent aujourd’hui et qui sont, de plus, différentes dans chaque pays où elles ont lieu.

- Quel rôle peut jouer la culture dans l’éveil de la jeunesse et face aux problèmes de chômage?

- La culture crée de l’emploi. C’est un fait matériel pur et simple. Par ailleurs, la culture permet d’avoir des repères.
Plus on est instruit, plus on est attaché à l’idée de la création et mieux on est à même d’exercer une fonction sociale. Mais la culture ne suffit pas. Elle ne résout pas les problèmes de la société. En plus de la culture, il faut une formation morale.
Par contre sans la culture, on va vers la catastrophe, car celle-ci offre un certain nombre de remparts.


Homme politique et d’art


FrédériC Mitterrand, neveu de l’ancien président français François Mitterrand, est ministre de la Culture et de la Communication dans le gouvernement de François Fillon depuis juin 2009. Il est aussi lui-même homme d’art et a été tour à tour exploitant de cinéma, animateur-producteur de télévision, chroniqueur et écrivain, réalisateur de documentaires et de films, ainsi que directeur de l’Académie de France à Rome. Il a notamment animé plusieurs émissions culturelles à la télévision sur France télévisions et à la radio, sur Europe 1 et France Culture. Il a réalisé de nombreuses séries documentaires sur les grands destins du XXe siècle, ainsi que des films pour le cinéma. En tant qu’homme politique, il a décidé en octobre 2009 la restitution de cinq fragments de fresques issus d’un tombeau égyptien, qui avaient été achetés par le Louvre et dont des doutes sérieux étaient nés sur la légalité de leur sortie du territoire égyptien. Lors de la révolution du Jasmin, il a d’abord refusé de condamner le régime de Ben Ali. Il a plus tard présenté ses regrets au peuple tunisien, dans une lettre publiée à la fin du mois de janvier dans un hebdomadaire tunisien.


Propos recueillis par M. N. R.

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