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Comment les armées peuvent-elles lutter contre le terrorisme?
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2302 Le 21/06/2006 | Partager

Le colonel Dufour, qui a donné, le 16 mars à Casablanca, une conférence sur «les nouvelles formes de la guerre» (cf. L’Economiste des 16, 17 et 20 mars 2006; www.leconomiste.com), est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont La guerre au XXe siècle, Hachette 2003; Les crises internationales, de Pékin à Bagdad, Editions Complexe 2004 Si l’organisation séparatiste basque (ETA) et l’IRA irlandaise semblent avoir renoncé à la lutte armée, le terrorisme salafiste, celui d’Al-Qaida et de ses affiliés, demeure. Les ressorts du terrorisme islamiste sont intacts: sentiment d’humiliation de l’islam à l’égard de l’Occident, puissance de l’Amérique, conflit israélo-palestinien, le tout aggravé par la guerre en Irak où affluent les volontaires du Djihad. Maints spécialistes, comme les Français Gilles Keppel ou le juge Bruguière, prédisent une persistance du phénomène pour au moins vingt ans, le temps d’une génération. . Les difficultés de l’asymétrieFace à cette menace, que peuvent les forces armées? Deux logiques s’affrontent: la France a choisi de cantonner ses militaires dans un rôle d’appui secondaire, les Etats-Unis, au contraire, engagent en première ligne leur outil de défense aux dépens de la CIA.L’ennemi de la guerre froide offrait des cibles parfaitement connues mais délicates à détruire car défendues par des armes de haute technologie. L’adversaire terroriste présente des caractéristiques inverses: cibles très difficiles à trouver mais aisées à détruire. Supprimer un membre d’une organisation terroriste quand il est localisé paraît simple. Repérer son adversaire et prévoir ses coups est un autre problème, propre à tout conflit asymétrique. Ce type de guerre n’est pas né avec les attentats du 11 septembre. La lutte entre David et Goliath était déjà asymétrique. L’un des adversaires, parce qu’il est trop faible pour vaincre selon les règles établies, choisit la ruse pour frapper l’autre. «Plus irrégulières et moins organisées sont les forces de l’ennemi, plus elles s’affranchissent des règles stratégiques(1)». Là est le problème rencontré par une armée moderne face à ce type d’adversaire, son inadaptation à la lutte antiterroriste.Des parades existent pourtant. La spécificité de l’outil militaire fait des armées un acteur irremplaçable de la lutte contre le terrorisme. Pour assurer la protection des populations et des biens, le rôle des armées est prépondérant. En France, le plan Vigipirate permet de déployer des patrouilles dans les lieux publics. L’armée de l’air maintient 8 appareils en alerte permanente destinés à traiter une cible détectée au-dessus du territoire en moins de 15 minutes. La marine opère en mer contre toute intrusion malveillante. En cas d’attaque terroriste non conventionnelle, les moyens nucléaires, radiologiques, biologiques ou chimiques (NRBC) peuvent être réquisitionnés par le ministère de l’Intérieur. L’armée de terre, enfin, fournit 80% des moyens engagés en défense civile.Dans le domaine du renseignement, la place des armées n’est pas négligeable grâce à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), à la Direction du renseignement militaire (DRM) et à la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD). Quant à la gendarmerie, le maillage très dense de ses forces lui permet de jouer son propre rôle. Enfin, confrontées à un objectif clairement identifié (camp d’entraînement, dépôt), les armées (forces spéciales, missiles de croisière) peuvent agir. Une opération réussie de libération d’otages orchestrée par le 22e SAS britannique à Bagdad, le 23 mars 2006, constitue un exemple de l’efficacité d’une armée face à des individus dissimulés dans les méandres d’une grande ville(2).. Deux logiquesSi l’action des armées, en appui d’un dispositif judiciaire et policier chargé de l’essentiel de la lutte antiterroriste, ne saurait être remise en question, la question d’un emploi accru de leurs moyens demeure ouverte. Dans ce domaine, deux logiques s’opposent, la française et l’américaine.La méthode française est principalement d’ordre judiciaire et fait appel pour l’essentiel aux forces de police. Disposant depuis 1996 d’une arme juridique efficace, la «Loi sur l’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste», les magistrats peuvent incarcérer des suspects avant même l’exécution de leur crime. Le Livre blanc sur la lutte contre le terrorisme d’avril 2006 consacre la prédominance absolue des forces du ministère de l’Intérieur au détriment des militaires.Aux Etats-Unis, l’emploi des armées contre le terrorisme a franchi un nouveau cap. Le Pentagone décrit sa stratégie: Find, fix, finish and follow up(3)». Il faut localiser les terroristes, suivre leurs agissements et les mettre hors d’état de nuire, tout en utilisant les renseignements obtenus après capture pour générer d’autres opérations. Cette stratégie est résolument tournée vers l’action. Comme la guerre contre le terrorisme repose essentiellement sur le renseignement, Donald Rumsfeld a obtenu la mise en place dans plusieurs ambassades US de détachements militaires (Military Liaison Elements), de deux à quatre hommes, oeuvrant en civil. Leur mission consiste à réunir les renseignements nécessaires pour désorganiser ou détruire les réseaux identifiés(4). La CIA voit son rôle antiterroriste se restreindre au profit des armées.La mission d’une armée est de défendre le pays contre tout adversaire y compris terroriste, mais elle n’est pas conçue pour affronter des clandestins, ce qui ne l’empêche pas de jouer dans cette lutte un rôle singulier. Mais alors que la France privilégie un système judiciaire et policier, les Etats-Unis utilisent d’abord leur outil militaire. Non sans logique! Pour les Américains, le terrorisme islamique constitue une menace majeure, la France considère que ses intérêts vitaux ne sont pas menacés et que le dispositif actuel donne satisfaction.


Les forces mobiles

Le 9 décembre 2002, à Moscou, une conférence entre l’Otan et la Russie portait sur le rôle des armées dans la lutte contre le terrorisme. Sa conclusion: créer des forces mobiles, bien entraînées, bien équipées, est vital.La conférence retenait trois rôles pour l’instrument militaire:1. Antiterrorisme: réduire la vulnérabilité lors d’attaques contre la population, le territoire, l’infrastructure et les systèmes d’information et de communication. 2. Contre-terrorisme: détecter, prévenir et interdire des activités terroristes.3. Gestion des conséquences: limiter les conséquences d’attentats terroristes et apporter le soutien nécessaire aux autorités civiles après de tels attentats (en particulier s’ils impliquent des armes chimiques, biologiques, radiologiques ou nucléaires).-------------------------------------------------------------------------(1) Charles E. Callwell, Petites Guerres, Economica, Paris, 1998, p. 38.(2) Hostage Rescue in Iraq: A Western Intelligence Network in Action, STRATFOR, 24 mars 2006.(3) Déceler, fixer, détruire et exploiter.(4) Thom Shanker et Scott Shane, Elite Troops Get Expanded Role on Intelligence, The New York Times, 8 mars 2006.

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