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Economie

A Tahla, une journée parmi les “microcréditeurs”

Par L'Economiste | Edition N°:1926 Le 28/12/2004 | Partager

. Les agents, ces “fantassins de l’antipauvreté”. La hantise des emprunteurs: “Ne pas pouvoir rembourser à temps”. Tout le monde dans la région connaît le systèmeTahla(1) est une ville tampon. Elle compte plus de 30.000 habitants. Dans la région où l’élevage est l’activité principale, le microcrédit est banalisé. Tout le monde sait qu’il existe des associations de microcrédit, et un circuit formel pour emprunter des petites sommes. “Des bénéficiaires viennent souvent de douars lointains qui dépassent la zone dont nous sommes chargés”, explique Jalal Regragui, le contrôleur régional interne de Sefrou, Immouzer Kander et Ifrane à la Fondep, le numéro 3 ou 4 des organismes de microcrédit au Maroc. Regragui s’occupe de 11 agences. Le travail de communication et prospection est le plus délicat. Pour son agence, c’est déjà fait.Trois grandes associations sont présentes à Tahla: Al Amana, Zakoura et la Fondep(2) (Fondation pour le développement local et le partenariat). L’agence de la Fondep a ouvert il y a quelques mois à peine. Et déjà Mimouna, la leader qui sait ce qu’elle veut dire et qui le dit, Latifa, plus timide et plus réservée, et Mustapha, qui en principe est le chef, ont déjà donné pour 900.000 DH de crédits. Les trois agents ont près de 400 clients, avec un emprunt de 1.500 ou 2.000 DH par personne. “C’est la ruée, dit Mustapha. “La formule de garantie solidaire plaît et est à la “hauteur” des clients”, ajoute Mimouna. Les emprunteurs opèrent, par ordre de fréquence, dans l’élevage, le commerce, l’artisanat (tapis, laine, broderie) et les services (cafés, transport…). A Sefrou, c’est plutôt “l’industrie” de la passementerie pour les djellabas et caftans qui est la plus prisée. A Ouazzane, la filature et à Bijaâd le tissage des tapis. Mais, fait remarquer Regragui, “nos clients ont beaucoup de mal, pas vis-à-vis de la Fondep, pour vendre leurs produits”. Pour dire les choses comme elles sont: ils se font souvent rouler par des commerçants intermédiaires. “L’activité reste désorganisée, archaïque, confirment les agents, les gens se font parfois duper ou bradent leurs travaux”. . Avec les femmes, c’est plus sérieuxCette question n’est pas du ressort du monde de la microfinance, taxé par certains de favoriser “l’informel”… Mais ce débat n’a pas vraiment de sens, car qu’est-ce qui compte vraiment? Pouvoir travailler un peu et au noir, ou pas du tout? L’objectif numéro un reste de sortir les gens de la pauvreté.L’association essaie de maintenir la parité entre les femmes et les hommes, de telle sorte que la moitié des emprunteurs sont des femmes. Ils sont majoritairement âgés de 30 à 50 ans, et 70 parmi les 400 bénéficiaires sont en réalité des “créateurs d’entreprise”, des porteurs de projet”, selon l’expression en vigueur à la Fondep. C’est-à-dire qu’avec le crédit qu’ils demandent, ils lanceront une activité nouvelle, ce qui est toujours plus risqué que pour les emprunteurs qui ont déjà l’expérience de leur microentreprise. La Fondep n’accorde de crédit qu’à ceux qui ont entre 18 et 65 ans. Elle offre trois types de produits: le crédit solidaire, le crédit individuel et le crédit aménagement. Pour bénéficier d’un crédit solidaire, il faut être au minimum quatre, de préférence avec au moins une femme: “cela rend le groupe plus fiable”, disent les agents. Chaque membre garantit le remboursement des autres. Les crédits ne sont pas octroyés à deux membres de la même famille, sauf si c’est un couple. La Fondep estime qu’il est “difficile de garantir la solvabilité pour deux frères par exemple”, alors qu’un couple “s’entraide”. Le montant du prêt peut aller au-delà 3.000 DH si la personne a déjà contracté trois ou quatre prêts.Les agents commencent d’abord par donner une formation aux groupes afin de savoir s’ils pourront effectivement prendre un crédit. Une difficulté inattendue: les agents doivent s’assurer que leurs clients saigissent bien les engagements qu’ils prennent. La solidarité du groupe, le remboursement… ne sont pas des choses évidentes pour tout le monde. Pour cela, la “formation” (l’entretien avec l’agent) est essentielle et peut durer longtemps.A l’agence de Tahla, cet après-midi, quatre personnes se présentent. Elles n’auront pas leur crédit parce que l’une d’elles a 72 ans. “La règle c’est la règle”, dit fermement Mimouna. Une heure après, un autre groupe arrive. Il est éligible. Commence la séance de formation pour quatre éleveurs de la région d’Ifrane, à une quarantaine de km de Tahla. Pourquoi sont-ils venus de si loin? Il y a des agences de microcrédit à Ifrane. “Parce qu’ils en ont entendu parler”. C’est le patriarche et l’un des jeunes qui mèneront l’entretien avec les deux agents, Mustapha et Mimouna. Ils veulent un crédit pour développer leurs élevages respectifs. La formation-entretien n’aboutira pourtant pas à un prêt, ce sont les emprunteurs qui vont renoncer à leur emprunt: trop cher, pas assez de certitude d’avoir l’argent du remboursement, “et l’Aïd qui approche…” Dans leur discussion, leur souci central c’est le remboursement, un souci bien plus important que d’avoir le prêt, puisque, finalement, ils vont tous quatre décider de ne rien emprunter… “pas assez sûrs de rembourser”.L’agence de Mimouna Latifa et Mustapha, est reliée aux autres agences et au siège par Internet qu’ils utilisent deux à trois heures par jour. Plus tard, cela servira pour la centrale des risques que les associations de microcrédit vont créer entre elles. L’essentiel, le socle du travail des agents de microcrédit, est la confiance établie avec le client. “C’est la garantie de sa solvabilité”. Et puis les gens dans la région n’oseront jamais “faire honte” à l’association, en ne remboursant pas ponctuellement. Des clients comme on en rêverait dans les banques.


“Et ça c’est vraiment mieux que tout!”

Les agents de microcrédit doivent savoir faire beaucoup de choses différentes: de la formation, mais aussi l’enquête de moralité et l’accompagnement de leurs clients. Ils doivent aussi s’assurer du suivi du remboursement. Mimouna a 31 ans. Licenciée en biologie, elle a travaillé à Oujda à la “Société internationale des droits des migrants” (on n’en saura pas plus!) et s’est lancée dans sa propre affaire, qui a périclité au bout de six mois. La voilà donc sur le front de la microfinance, qui plus est, dans une région qu’elle connaît bien. Pour Mustapha, le microcrédit est la première expérience professionnelle. Il a 28 ans et une licence en économie. “Ce qui plaît le plus dans ce travail, c’est quand les gens viennent chez toi et que tu sens que tu peux vraiment les aider, et ça c’est mieux que tout”, dit-il. Latifa est elle aussi de la région, et c’est également sa première expérience professionnelle après son bac+2 en informatique.La sélection des agents est très filtrée à la Fondep, comme dans d’autres associations. Car il importe, explique un responsable, de recruter des gens de confiance et opérationnels sur le terrain. “Nous recrutons les agents dans leur région, puisque ce sont eux qui sont directement en contact avec les bénéficiaires”. Concours sur dossier, puis foultitude d’entretiens, avant d’être sélectionné. Ensuite, il faut passer un stage de formation spécialisée. “Et ce n’est qu’après ces étapes que l’on juge si la personne est apte pour ce poste ou non”.Bien que les salaires ne soient pas mirobolants (dans les eaux du Smig), la prime de rendement et la stabilité de l’emploi (déclaration à la CNSS, contrat à durée indéterminée…) attirent beaucoup de jeunes, dit Jalal Regragui. Les salaires avec primes peuvent dépasser les 5.000 DH, si la personne fait un travail offensif.Sur le terrain, les difficultés les plus importantes viennent de la vétusté et rareté des moyens de transport, de l’analphabétisme et de la langue: si par exemple Mimouna n’avait été pas berbérophone, elle aurait eu des problèmes avec ses clients de Tahla. Ils connaissent l’arabe, mais n’aiment pas le parler, y mettant parfois une question d’honneur de la tribu.L’analphabétisme, “c’est un problème dans la région”, dit Mimouna, qui a déjà participé à des programmes d’alphabétisation dans la région. Ceux-ci n’ont pas abouti, car, dit-elle, les formateurs n’étaient pas suffisamment motivés.


L’honneur, une garantie en or

A l’approche de l’Aïd, tous les agents sont bien avertis: c’est dangereux. Les emprunteurs aussi se méfient: un budget a vite fait de déraper et après impossible de rembourser. Or, pour tous les emprunteurs, le remboursement, c’est plus qu’une question vitale, c’est une question… d’honneur! C’est d’ailleurs l’honneur qui explique que le niveau de risques de toutes les agences de microcrédit soit aussi bas: de 0,2 à 1%. Les banques commerciales privées ont des taux de 11-12%. Les banques publiques ont eu des accidents à 16-20%.Certaines agences de microcrédit préfèrent fermer au cours de la semaine avant l’Aïd: “Comme ça, pas de tentations”.


Chef d’entreprise, mais pas pour la photo…

La porte de sa maison était déjà entrouverte. Elle nous accueille le plus spontanément du monde alors qu’elle faisait le ménage et que son mari dormait. “Non! entrez! Il n’y a aucun problème. Vous êtes les bienvenus”, a-t-elle lancé. Elle doit avoir entre 35 et 40 ans et a trois enfants au lycée. Dans sa petite véranda, très approximativement aménagée, des lapins, un coq, les dindes… Attachés pour être vendus. Notre hôtesse, qui est donc coquetière, nous reçoit avec un sourire épanoui, le regard vif. Elle est sûre d’elle. Elle, c’est un des bénéficiaires du microcrédit. Pour un prêt d’environ 3.000 DH (son premier), elle s’est lancée voilà quelques mois dans le commerce de lapins et de volaille qu’elle vend dans les souks de la région. Elle est, dans le jargon, un porteur de projet. Ce ne sont pas les plus nombreux à Tahla. Sur les 400 bénéficiaires de la Fondep, environ 70 sont des porteurs de petits projets. Les autres ont déjà une activité et de l’expérience. Ils utilisent les sommes empruntées soit pour s’agrandir, soit pour soutenir l’activité. Mais pour notre coquetière, “cela fait l’affaire”, dit-elle, en espérant “qu’au moins, elle ne fasse pas honte à la Fondep pour son remboursement”. Elle ajoute souriante: “Je prends un crédit, tout le monde le sait, et en plus, vous voudriez que je ne rembourse pas!” Cette femme fait pourtant partie de ces clients qui remboursent avant les échéances fixées! Elle a choisi le commerce des lapins et des volailles car, dit-elle avec humour, “il est plus facile de s’en occuper que de vaches ou moutons”: “On peut entrer la marchandise dans la maison”. Elle vaccine ceux qu’elle finit d’engraisser. “Le traitement des lapins coûte moins cher que celui des vaches (…) Et puis le flux est plus important et le risque moins grand qu’avec l’élevage traditionnel”. Une vraie gestionnaire! Son activité vient comme un appoint à la retraite de son mari. Cette femme audacieuse reste pourtant très traditionnelle. Au moment de la photo, la voilà qui s’engouffre dans la maison, pour demander l’autorisation à son mari qui faisait la sieste. Mari qui la représentera, avec son fils, sur la photo. Mouna KADIRI---------------------------------------------------(1) En zone rurale, dans le Moyen Atlas, à environ 70 km de Fès et une centaine de km de Taza.(2) Créée en 1996 par Mouatassim Belghazi.

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