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Société

«Repenser la gouvernance mondiale«
Entretien avec Dominique de Villepin

Par L'Economiste | Edition N°:2764 Le 25/04/2008 | Partager

. Les hiérarchies de puissance restent dociles. Une solidarité régionale doit être crééeL’ancien Premier ministre français, Dominique de Villepin, était l’invité du Club de L’Economiste, jeudi 24 avril. Plus actif que jamais, ce natif de Rabat, en 1953, passionné d’histoire et de littérature, auteur du roman à succès «Le soleil noir de la puissance», n’a pas dit son dernier mot. Sa nouvelle ambition de retraité politique, c’est de tenir un rôle d’aiguillon sur la scène mondiale.- L’Economiste: Dominique de Villepin, retraité ou actif?- Dominique de Villepin: De toute façon actif. La retraite, c’est un terme qui a tendance à disparaître du paysage puisque, quels que soient l’âge et la situation, on poursuit une activité tardive. Me concernant, quoi qu’il arrive, j’ai l’écriture, les voyages, les conférences et puis un nouveau métier, celui d’avocat. Donc mes journées sont bien remplies, je dirai même peut-être plus remplies dans la mesure où il faut se battre sur plusieurs fronts.- Sur quel front de bataille êtes-vous actuellement?- Le front qui me passionne aujourd’hui, c’est bien sûr le front international parce qu’on est dans un monde qui bouge à une vitesse extrêmement grande, où ce qui était n’est plus et ce qui sera n’est pas encore. On est dans un mouvement perpétuel où il faut essayer de décrypter, de comprendre, d’anticiper. Je pense que pour les nations comme pour les peuples, c’est aujourd’hui la tâche principale que d’essayer de comprendre les nouveaux rapports de force, les nouvelles hiérarchies de puissance, puis de trouver des solutions à des problèmes qui sont croissants. On le voit avec les crises régionales qui ne cessent de s’envenimer, sans solutions. On le voit avec les grandes fractures du monde qui s’enveniment et qui sont susceptibles de dégénérer en nouvelles crises ouvertes, ainsi qu’avec les nouveaux défis du terrorisme et leurs proliférations. Tout cela demande de l’énergie, et ma conviction est que nous n’avons pas aujourd’hui, du fait de l’inorganisation de la société internationale, les moyens, les outils pour faire face à ces difficultés. - Que faire alors?- Il y a un premier devoir qui est de maximiser la capacité des Etats à répondre aux difficultés, la nécessité de créer une nouvelle solidarité, en particulier régionale, pour être plus efficace face à ces difficultés. Et puis il y a un travail de long terme, mais indispensable, qui est l’émergence d’une conscience mondiale, d’une véritable communauté internationale et l’affirmation d’une gouvernance mondiale, ça me paraît essentiel. L’affaire de la Chine, à la veille des Jeux olympiques est tout à fait symptomatique des grands malentendus, des grandes incompréhensions du monde. - Est-ce que vous avez mandat de toutes ces missions qui restent à accomplir?- Ah non! On est dans un monde où personne n’a mandat de rien et ceux qui ont mandat, en général, ne l’exercent pas. On est dans un monde où il faut faire avancer les choses les uns et les autres. Une chose, qui me frappe encore, c’est de voir à quel point les hiérarchies restent dociles. Le monde n’a aucune chance de s’améliorer, si chacun reste dans sa cage, dans sa boîte. Si chacun ne fait que son métier, le monde n’avancera pas. Il faut se fixer des caps, se donner des responsabilités dans la mesure où chacun a des devoirs comme citoyen de cette planète. Et si on n’est pas dans une nécessité de rébellion permanente par rapport à un ordre établi, qui non seulement est tout à fait insatisfaisant, mais dangereux, les choses ne progresseront pas. Je suis frappé de voir à quel point la logique du monde est encore une logique de carte de visite. - Elle existait quand vous étiez aux affaires-  Mais j’ai toujours pensé qu’il fallait transgresser ces règles-là. Nous vivons un monde qui sollicite l’inventivité, la créativité, la générosité; la logique de la carte de visite, c’est la logique des étiquettes et c’est la logique sans surprise. Si le monde est sans surprise, nous allons à la catastrophe. Catastrophe annoncée et écrite. Donc, si nous devons sortir de cela, sortons des étiquettes, des fonctions prédéfinies pour aller vers une inventivité, une créativité. Moi, ce qui m’intéresse, c’est jouer le rôle d’aiguillon, d’imagination sur la scène internationale. Dans la mesure où j’ai la conviction, trop souvent, que ceux qui sont en charge n’assument pas cette responsabilité globale qui est au cœur du monde dans lequel nous vivons. C’est pour cela, j’ai toujours cherché à dépasser la fonction qui était la mienne. La guerre de l’Irak, c’est la France qui assume une responsabilité, au-delà de ce qui est sa seule responsabilité d’Etat…- Et les Etats-Unis encore mieux que la France- Mais les Etats-Unis, malheureusement ne l’ont pas assumée ou l’on assumée sans prendre en compte la réalité des rapports de force mondiaux, en méconnaissant cette situation. Et c’est bien ça le danger. Le danger c’est que, dans un monde qui bouge, personne n’accepte, au-delà des Etats, d’assumer la part grandissante de responsabilité sans responsable. Par exemple si on laisse le jeu des diplomaties traditionnelles s’atteler aux problèmes de la guerre et la paix, il y a de fortes chances pour que le problème du Proche-Orient, du Sahara, se pose à peu près dans les mêmes termes dans quelques décennies. Si nous voulons que les choses bougent, il faut un moment donné considérer que c’est le devoir de tous. Il faut donc sortir des sentiers battus, sortir des sillons pour faire en sorte que les énergies, les réflexions convergent parce que c’est l’affaire de tous. Si on prend un conflit comme le conflit israélo-palestinien, c’est un conflit qui constitue pour le Moyen-Orient, une perte d’énergie, d’avenir, de capacité tout à fait considérable, sans parler de l’injustice profonde ressentie par un certain nombre de populations. - Faudrait-il avoir droit à la parole pour agir comme vous le dites? - Il faut la prendre même individuellement quand vous avez une expérience qui vous autorise à porter des jugements. On est dans un monde où les médias sollicitent toutes les voix qui peuvent s’exprimer, toutes les expériences dès lors qu’elles ont un minimum de réflexion et de fondement. Or, je crois beaucoup à la nécessité de développer une nouvelle pensée du monde. Nous sommes dans un monde où nous continuons à penser comme hier avec des idées anciennes. Il faut constamment rechercher les idées qui vont permettre de faire avancer les choses. Quand j’ai défendu à la tribune des Nations-Unies, en février 2003, le danger qu’il y avait de vouloir utiliser la force comme si la force, notamment militaire, était un moyen qui permettait de tout régler, j’ai insisté sur le fait que la force pouvait être, dans le cas d’une stratégie politique à un moment donné nécessaire, mais qu’elle ne saurait être une fin. Et qu’en elle-même, elle ne pouvait pas permettre d’enclencher un cercle vertueux comme les Américains l’espéraient au Moyen-Orient. Ils faisaient un rêve très simple et aujourd’hui tout le monde le voit bien, assez naïf, qui était d’imaginer qu’en bousculant l’ordre établi en Irak, ils allaient pouvoir par un jeu des dominos provoquer un cercle vertueux avec une nouvelle donne en Iran, une nouvelle situation en Syrie, une paix programmée à Jérusalem. Tout cela, c’est de l’utopie coupable. - «Le soleil noir de la puissance» une sorte de mise? - C’est un livre sur les métamorphoses de Napoléon, sur l’ivresse du pouvoir également. J’ai voulu montrer comment le pouvoir, sa conquête et son exercice modifient en substance la personnalité napoléonienne. Je démontre aussi qu’il n’est pas irréversible en insistant qu’il a appris aussi la précarité des choses.


Résoudre la question du Sahara est un atout gigantesque

- L’Economiste: Que vous inspire l’Union pour la Méditerranée?- Dominique de Villepin: Je pense que cette initiative part d’un constat qui est tout à fait louable, nécessaire. Les efforts qui ont été engagés dans le cadre de l’Europe sont importants, mais pas suffisants. Par conséquent, c’est une idée qu’il faut développer, une idée qu’il faut reprendre. Faut-il, partant de ce concept d’union, faire table rase du passé ou continuer à avancer avec plus d’ambition et plus d’objectifs? Je crois qu’il faut s’appuyer sur ce qui a été fait, mais aller beaucoup plus loin. De ce point de vue-là, l’initiative française est une bonne initiative. Sur les modalités, je crois que l’accord qui a été scellé est un bon accord parce qu’il s’appuie sur une idée, une exigence de projets concrets. Si demain on règle le problème du Sahara, la dynamique économique en termes de projets de coopération, d’investissements étrangers, de partenariats, qui peuvent être faits au service des populations, sera gigantesque.


FMI, BM, OMC c’est sympa, mais...

- L’Economiste : Quelle sera la carte mondiale des deux ou cinq prochaines années?- Ce serait bien présomptueux… Ce qu’on peut dire aujourd’hui, c’est qu’il y a une aggravation des crises du fait de l’absence ou de l’insuffisante mobilisation de la communauté internationale, qui ne permet même plus de geler ces crises. On l’a vu avec l’Irak où l’on est passé d’une situation de crise ouverte à une situation d’intensification du terrorisme. Toute crise tente à créer une série d’effets déstabilisants induits, avec des réseaux mafieux… Certes, on peut panser les plaies temporairement, mais ça n’évite pas l’aggravation des situations, c’est le cas du confit inter-Chiites. Ce qui est évident, nous avons un Moyen-Orient qui a vu se multiplier au cours des dernières décennies les fractures. Et il n’y a pas de raison aujourd’hui que cela s’arrête. C’est vrai du fait de la situation en Iran, en Irak, c’est vrai du fait de la situation libano-syrienne et c’est vrai du fait de la situation israélo-palestinienne. Le problème de la société internationale, c’est qu’elle s’habitue à ces situations et on ne mesure pas à quel point tout cela a un effet déstabilisant. Je pense que nous devons reconnaître les limites de la diplomatie des Etats et nous devons reconnaître la limite de la diplomatie multilatérale telle qu’elle existe aujourd’hui. Il faut donc repenser la gouvernance mondiale dans une répartition des tâches entre les Etats et le système multilatéral onusien. L’ONU aurait intérêt à se doter d’une armée indépendante avec la capacité d’agir extrêmement rapidement sur n’importe quel front. On voit bien également que les organisations régionales n’ont pas aujourd’hui l’autonomie, voire l’indépendance indispensable à leurs actions. Je pense à l’Union européenne pour qui la question d’une véritable défense régionale se pose. Pour ma part, j’aurai tendance à la poser non pas dans le cadre d’un pilier européen de l’OTAN. Car, l’idée de se mobiliser au sein d’une seule famille occidentale peut donner le sentiment d’une crise de passion identitaire, le sentiment que l’Occident se réduit à une alliance militaire défensive qui caricature en quelque sorte l’ambition qui est la nôtre. C’est pour cela que je privilégierai une véritable Europe de la défense, capable d’agir de façon tout à fait indépendante. Cela doit se faire en concertation avec les Américains, quand c’est nécessaire, mais de sa propre capacité sur d’autres territoires quand c’est indispensable, comme nous avons pu le faire en Afrique ou ailleurs. Il faut une nouvelle organisation du monde, ça me paraît indispensable. On pourrait faire le même raisonnement dans le domaine économique et financier. Le FMI, la Banque Mondiale, l’OMC…c’est sympathique mais ça ne permet pas de faire face, ni de comprendre les enjeux et les risques que nous courons sur le plan international.Propos recueillis par Bachir THIAM

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