×L'Editorialjustice régions Dossiers Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

«L'UE cherche à reconduire l'ancien accord sous une forme déguisée«Interview de Saïd Chbaâtou, ministre des Pêches Maritimes

Par L'Economiste | Edition N°:922 Le 22/12/2000 | Partager

. Le nouvel esprit de partenariat demande un sacrifice des deux parties. Le code de la pêche sera bouclé en janvier prochain . L'Economiste: Que compte faire le Maroc face aux menaces des pêcheurs espagnols à l'encontre des produits marocains en transit sur le territoire espagnol?- M. Saïd Chbaâtou: Nous comprenons très bien les préoccupations des pêcheurs espagnols. Nous aurions bien aimé les aider encore davantage à solutionner leurs problèmes. Mais malheureusement, la contrainte est naturelle et s'impose à nous tous. Autrement dit, nos pêcheries ne peuvent plus supporter un effort de pêche supplémentaire. Quant aux menaces, nous espérons que la raison l'emportera sur la surenchère. Nous comptons sur le bon sens du peuple espagnol, conscient du caractère incontournable de notre coopération, présente et future. Nous sommes condamnés à coopérer mais dans le cadre de ce qui est naturellement (biologiquement), socialement, économiquement et politiquement possible. Cette vision est valable pour tous les dossiers qui intéressent les deux Etats voisins. . Les négociations entre le Maroc et l'UE marquent le pas. Pourquoi les deux parties ne sont-elles pas encore parvenues à un accord?- Effectivement, on pourrait parler de lenteur dans les discussions. Ceci est dû à la nature de l'accord recherché. La formule voulue selon la nouvelle forme de coopération qui a été initiée lors de la réunion de Casablanca du 16 octobre 2000, s'inscrit dans un nouvel esprit de partenariat, qui demande un peu plus d'imagination et de sacrifice de la part des deux parties. Il était donc convenu d'instaurer un partenariat rénové entre le Maroc et l'UE. A cet effet, nous avons présenté une offre tout ce qu'il y a d'équitable pour les deux parties. Celle-ci intègre les objectifs de la politique marocaine de pêche, qui sont en l'occurrence la préservation des ressources halieutiques marocaines et le développement du secteur de pêche. Elle tient aussi compte de la situation sociale de certains pêcheurs de l'UE, notamment les Espagnols et les Portugais. Ainsi, comme vous voyez, l'offre marocaine tente de tenir compte des exigences de l'économie nationale et de répondre aux préoccupations européennes. Bien entendu, elle ne résout pas définitivement le problème.Aussi, nous attendions-nous à ce que l'UE apprécie le sacrifice fait par le Maroc à sa juste valeur et qu'un tel geste de solidarité apparaisse, d'une manière réciproque, dans la réponse européenne. Malheureusement, l'UE s'est contentée de reproduire sous une forme déguisée l'ancien accord. Nous avons exprimé notre regret et demandé à nos interlocuteurs de reconsidérer leur position, sachant que la problématique du développement se pose avec beaucoup plus d'acuité du côté marocain que du côté européen. En effet, il est plus simple de procéder à la reconversion des pêcheurs européens qu'à celle des pêcheurs marocains, étant donné la diversité des activités économiques dans ces Etats et leur niveau de croissance supérieur à celui du Maroc. Cela sans oublier l'effet de la solidarité intra-européenne dans la solution des problèmes locaux et régionaux.. Quelle est la nature de l'offre marocaine?- C'est une offre qui reprend l'un des principes mêmes adoptés par les Européens dans leur politique commune de pêche, à savoir la préservation des ressources et le développement du secteur de pêche. En gros, elle concerne la réduction du nombre de bateaux, le débarquement dans les ports marocains, le contrôle par satellite, l'embarquement d'un certain nombre de marins marocains, l'instauration d'un zoning et la réduction de la durée de l'accord. Pour nous, c'est une grande concession puisque nous sommes passés d'une situation de non-accord à l'éventualité d'un accord, avec une offre qui prévoit l'accès direct à la ressource. Cet accord-concession vise à donner à l'UE un délai supplémentaire pour procéder à la reconversion de sa flotte.. Après l'échec du dernier round de Bruxelles, où en êtes-vous maintenant?- On ne peut pas parler d'échec puisque les discussions restent ouvertes. Une autre séance de travail avec la délégation européenne se tiendra le 22 décembre prochain à Rabat.. Le sommet de Nice a abouti à une recommandation au sujet de la pêche.- Le sommet a pris acte des négociations entre le Maroc et l'UE. Il a aussi prévu des indemnités pour la restructuration de la flotte européenne au cas où il n'y aurait pas accord. . Solidarité avec la pêche hauturière communautaire . Justement, l'Espagne a demandé que la dotation réservée au Maroc soit redéployée dans la modernisation de sa flotte. Qu'en pensez-vous?- C'est un problème interne à l'UE. S'il n'y a pas accord, les Etats membres peuvent utiliser la dotation comme ils veulent.. Comme vous avez accepté un compromis avec l'UE, vous allez faire pareil avec les armateurs qui sont contre l'accord. Jusqu'où pouvez-vous aller dans ce compromis? - Nous n'avons pas fait de compromis avec l'UE: nous voulons coopérer. Pour ce qui est des professionnels marocains, ils ont été consultés dès le début de l'élaboration de l'offre marocaine. Nous avons tenu une quinzaine de réunions avec les opérateurs. Cependant, nous ne leur avons jamais demandé d'adopter la position du gouvernement. Il est légitime qu'ils défendent leurs points de vue, mais dans le cadre d'une vision qui cherche à optimiser l'intérêt général de la collectivité, qui ne se réduit pas uniquement à la somme des intérêts sectoriels. Il s'agit d'une combinaison d'intérêts sociaux, économiques et politiques et du niveau privilégié des relations avec l'UE recherché par le gouvernement.. La proposition marocaine a été jugée généreuse, particulièrement au niveau des 10% concédés aux céphalopodes et aux crevettiers. L'UE demande plus. Pourquoi cette générosité?- Nous avons fait une offre différenciée selon le degré de dégradation de la ressource ou des possibilités de pêche. Cette offre a été élaborée de façon à ce qu'elle ne soit pas perçue comme une offre qui défend les intérêts de la pêche hauturière. Mais, c'est aussi un geste de solidarité au profit des pêcheurs hauturiers européens, ce qui n'a malheureusement pas été apprécié à sa juste valeur par l'autre partie.. Toutes ces bonnes intentions ne sont pas bien perçues par la partie européenne?- Logiquement, si les pêcheurs européens n'obtiennent pas l'accord tel qu'ils le veulent, ils auront une subvention conséquente pour la restructuration. Donc, rien ne les oblige à réduire leurs doléances. Il revient aux Etats membres de définir ce qui est réaliste et faisable avec le Maroc. . Qu'est-ce qui a changé pendant la période de non-accord?- La période est très courte pour faire une évaluation de nos ressources biologiques. Cependant, d'après nos scientifiques et les professionnels, il y a eu une amélioration du rendement.. Pourtant, le poisson est toujours cher?- Le poisson est cher parce qu'il y a une concurrence entre le pouvoir d'achat européen et marocain. L'exportateur préfère les pays étrangers où les prix sont plus rémunérateurs.. L'informel existe sur les côtes et dans les ports. Le ministère a reçu beaucoup de demandes d'autorisation. Les Marocains ne comprennent pas les avantages consentis aux Européens et le gel des investissements. - Il ne s'agit pas de faire des calculs de comparaison entre ce qu'il faudrait donner aux Européens et ce qu'il faudrait donner aux Marocains. Nous avons défini les contours de l'effort de pêche supplémentaire que nous pouvons donner aux Européens dans le cadre de notre coopération avec l'UE tout en sachant que cette coopération est le fruit d'une volonté politique et non d'un calcul purement financier.. Quel est le nombre d'autorisations délivrées par le ministère?- Notre flotte compte environ 400 bateaux pour la pêche hauturière et quelque 1.800 pour la pêche côtière, sachant qu'il existe à peu près 25.000 barques. . En 1996, le gouvernement a introduit les affrètements au profit de 27 bateaux étrangers appartenant à des Marocains. Ce système prend fin cette année. Allez-vous le reconduire?- Ce système a été introduit pour exploiter le stock «C«, partagé entre le Maroc et les pays voisins du Sud. Cette pratique prendra fin en 2001. Le ministère est en train d'élaborer un plan d'aménagement pour exploiter ce stock, qui sera connu en 2001.. Des points de débarquement aménagés. Le programme de modernisation de la flotte a été redynamisé. Vous préconisez une nouvelle formule de financement. Qu'en est-il?- Nous avons traité une vingtaine de dossiers, qui devraient normalement aboutir au financement de la quote-part prévue par l'ancien programme de modernisation. Celui-ci sera revu et la composition des commissions qui traitent les dossiers aussi, de façon à ce qu'elle tienne compte des différentes catégories de pêcheurs.. Parallèlement aux sociétés d'exportation, un marché de camionneurs européens qui achètent le poisson au DH pour le vendre à l'étranger se développe. Qu'en est-il?- L'informel existe sur nos côtes et à l'intérieur des ports. Nous sommes en train de revoir tout le système de commercialisation pour mieux le maîtriser.. Quel est l'état d'avancement du programme des villages de pêche?- Trois villages de pêche sont actuellement opérationnels, constituant ainsi les premières ébauches du programme national de l'aménagement du littoral. Les études techniques de 9 sites sont déjà entamées, dont 4 sur le littoral méditerranéen et 5 sur l'Atlantique. Dans le Sud marocain, les travaux de réalisation de six villages de pêche sont en cours. Il est à signaler que d'autres projets sont ciblés dans le cadre de la coopération avec l'UE et le Japon.Il y a aussi un programme de réalisation de points de débarquement aménagés. Une grande campagne d'identification appuyée par une étude de faisabilité a été menée depuis le mois d'octobre et a permis de faire ressortir une quarantaine de sites susceptibles d'être aménagés. Il est à noter que la réalisation d'une trentaine de ces sites sera assurée par le Fonds Hassan II à concurrence de 250 millions de DH. Quatre sites sont en cours de réalisation dans les provinces d'Agadir, Tiznit et Laâyoune.. Votre prédécesseur avait finalisé la couverture médicale et sociale au profit des pêcheurs. Qu'en est-il?- Le ministère a élaboré un projet qui a été mis en instance à la demande du Ministère de l'Emploi, en attendant l'aboutissement du projet de la généralisation de l'assurance-maladie obligatoire.. Le code de la pêche a-t-il été abandonné?- Le projet existe toujours. Nous sommes en train d'analyser les derniers points avec les professionnels. Tout sera bouclé en janvier. Le projet sera déposé au Parlement au courant de la session du printemps.. Il y a un débat actuellement sur les répercussions sociales du système du repos biologique imposé à certaines espèces. Les officiers de la pêche hauturière sont en colère…- Il faut d'abord rappeler que le repos biologique nous a été imposés à tous: nous devons permettre aux ressources de se renouveler. Ce n'est pas un choix pour nous, c'est une nécessité. La non-instauration du repos biologique engendrerait des répercussions dramatiques et irréversibles. Le ministère est tout à fait conscient de ce que cela implique pour les officiers de la pêche, en particulier et pour toute l'activité reliée à cette catégorie d'opérateurs, d'une façon générale. C'est pour cette raison que j'ai personnellement pris l'engagement d'intervenir, dans un cadre de bons offices, auprès des employeurs de ces officiers afin de les inciter à insérer les doléances de leurs cadres dans leur plan d'exploitation des céphalopodes. Nous comptons encore une fois sur la compréhension de ces armateurs et sur leur savoir-faire pour mieux valoriser cette ressource nationale au profit de tous, officiers et consommateurs compris. Propos recueillispar Nadia LAMLILI et Mohamed CHAOUI

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc