×Membres de L'Economiste Qui sommes-nousL'Editorialjustice régions Dossiers Société Culture Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Dossiers

«Les critères d'affectation des infrastructures ne sont pas clairs«
M'Hand El Ancer, président de la région de Fès

Par L'Economiste | Edition N°:800 Le 30/06/2000 | Partager

. «L'échec de la régionalisation peut être mortel pour le Maroc«. L'expérience actuelle peine à constituer un levier de développement. La région de Fès n'échappe pas à cette règle. Son émergence est hypothéquée par les politiques centrales au moment où elle a le plus besoin d'une bouffée d'air frais.. Le plan régional est tributaire du plan quinquennal. Fès doit se tourner vers les nouvelles technologies- L'Economiste: La région de Fès a déjà son schéma directeur d'urbanisme. Sa concrétisation piétine et des quartiers faubourgs naissent tout autour de la ville de Fès. Quels sont les axes de votre politique pour mettre fin à cette situation?- M. M'Hand El Ancer: Il faut préciser d'emblée que la région a une nouvelle approche au Maroc, mais qui n'est pas encore assimilée. D'abord, il est prioritaire que tout le monde commence à penser région comme entité entière, au lieu de fragmenter la démarche par des visions éparses. Ensuite, en matière d'urbanisme, la région ne peut se substituer aux communautés de base qui la composent. Il ne lui revient pas d'autoriser les constructions ni d'assurer la mission de la police d'urbanisme. Il n'empêche qu'un partenariat entre les communes et la région peut prendre forme et se concrétiser à travers un engagement financier de la région si ses moyens le lui permettent.Mais en tant que citoyen, je peux vous donner mon opinion. La situation dont vous parlez est due au fait que Fès est la seule ville d'accueil de la région. La ville se trouve dans une zone quasiment vide du point de vue urbanistique et l'exode des populations venant tant de l'est que du sud s'oriente automatiquement vers Fès. A cela s'ajoute les retards de concrétisation de certains projets, notamment la dédensification de la Médina de Fès.- Quel peut être l'apport du conseil régional pour débloquer la situation?- Il peut apporter cette vision à moyen et long termes. Notre vision part d'une idée simple: Pourquoi concentrer les activités industrielles et culturelles sur la ville de Fès? La région peut ainsi intervenir pour spacialiser tous ces aspects. A titre d'exemple, tout le monde se plaint du caractère passager du tourisme. Le visiteur ne dépasse pas une à deux nuitées. Il fait le tour de la ville, puis visite la Médina et repart pour une autre destination. Si les opérateurs veulent le garder encore plus, il faut développer d'autres produits, notamment le tourisme de montagne, écologique... Bien sûr, il faut des moyens, une petite commune rurale ne peut le faire toute seule. C'est là que la région peut intervenir pour établir un réseau de complémentarités entre les différentes communautés. Mais encore faut-il qu'elle soit dotée suffisamment de moyens financiers pour intervenir au profit de la dédensification ou la promotion culturelle...- L'exode est la résultante de deux années de sécheresse. Que faut-il faire pour fixer les populations?- Commençons par la politique de l'eau. Le point de débat est la rationalisation de l'agriculture elle-même. Jusqu'à maintenant, nous n'avons fait que du quantitatif: l'emblavement au maximum. Maintenant, il faut s'intéresser à l'agriculture en fonction des potentialités d'eau existantes.Deuxièmement, il faut rendre vivables nos villes et villages. Il y a beaucoup de jeunes qui se déplacent parce qu'il n'y a ni électricité, ni eau, ni distraction. Il faut donc délocaliser certaines activités vers la campagne. C'est ce que nous pouvons faire avec l'agro-industrie. Il est question également de développer les coopératives afin d'améliorer la production et ce faisant, les conditions de vie. A cela s'ajoute la richesse de l'artisanat rural dans la région de Fès-Bouleman. Ce secteur se meurt parce qu'il n'y a pas d'assistance dans le circuit de commercialisation. Le tourisme, pour sa part, est un élément important car il aide à restructurer les villages et oblige à développer un environnement agréable de propreté sans oublier les infrastructures.- Economiquement, la ville de Fès est en perte de vitesse. Comment expliquez-vous cette situation et que faut-il faire?- Fès était, il y a moins de dix ans, le deuxième pôle industriel du Maroc. Aujourd'hui, elle est à la sixième place. Le souci majeur des autorités et opérateurs est de lutter contre ce déclin. Si la ville a été deuxième après Casablanca, c'est qu'elle avait des capacités et qu'elle les a toujours. Il faut donc analyser les causes du déclin pour trouver la solution.Il faut remarquer d'abord que des usines ont baissé rideau à cause des conflits sociaux. C'est la raison qui nous a incité à développer une réflexion reposant sur la régionalisation du dialogue social. Nous y travaillons actuellement avec le Conseil national du dialogue social. De même, Fès souffre d'un différentiel de transport: la ville étant loin des ports et des grands aéroports, les minotiers de la région, par exemple, fermeront boutique si l'Etat retire la subvention portant sur le différentiel du transport. Par ailleurs, Fès a développé l'industrie textile qui avait un avantage au départ. Maintenant, tout le monde au Maroc fait du textile, Meknès, juste à côté, a développé cette industrie et est devenue un concurrent sérieux. Le monoproduit ne peut pas être durable. La région de Fès ne s'est pas engagée sur les nouvelles technologies. Les villes qui sont loin des grands ports devraient, à mon avis, focaliser sur «la nouvelle économie«. Il faut donc développer de nouvelles niches et c'est ce que nous sommes en train d'étudier avec la Chambre de Commerce, d'Industrie et de Services. Le conseil régional penche également sur la création d'un parc d'exposition. Il est inconcevable qu'une ville comme Fès ne dispose pas de sa propre foire. Une société vient de se constituer pour gérer le parc, dont la mise en place sera pour bientôt. En plus, la région prend en charge la concrétisation d'une pépinière pour jeunes promoteurs. C'est une superficie de 7 hectares dans le quartier industriel Bensouda.- Avant tout, ne faudrait-il pas développer les infrastructures de la région pour attirer les investisseurs?- Je voudrais attirer votre attention sur quelque chose de grave. Les critères d'éligibilité en matière d'infrastructure ne sont pas transparents. Personne ne sait comment on choisit les points d'affectation des infrastructures, ni pourquoi on réalise dans cette région et pas dans une autre. Nous sommes parfois étonnés quand tout est concentré sur une région ou une ville, ou de voir des programmes prévus pour telle place se concrétiser ailleurs. Bref, cela oblige tout député, quel qu'il soit, de faire du porte-à-porte auprès des ministères. - Les citoyens de la région se demandent quand Fès deviendra-t-elle une ville digne de ce nom?- D'abord, il faut que les citoyens sachent que la région n'est pas le chef hiérarchique des différentes collectivités locales. Fès peut avoir toutes les caractéristiques d'une grande ville (théâtres, cinémas, espaces de distraction...) si les gestionnaires de Fès, en collaboration avec les habitants de la ville, mettent la main dans la poche. Il faut qu'ils sachent que la culture n'est plus un luxe, mais une composante fondamentale qu'il faudrait inculquer aux enfants dès le primaire. La région a elle aussi des attributions dans ce volet et qui ne se limitent pas à l'aide fournie aux associations. Le projet culturel de la région est l'affaire de tous. Il ne doit pas être concentré à Fès, mais conçu en réseau intégré pour en faire bénéficier toute la région.- Quelle est votre stratégie pour mettre fin aux disparités qui caractérisent la région?- A mon avis, il faut faire appel à certains leviers mécanisés de redistribution. Je pense à la fiscalité. La solidarité entre les différentes communes de la région peut corriger les disparités, ou du moins, doter l'ensemble du minimum vital. Une commune comme celle de Fès-Médina ne dispose pas de moyens et a besoin du concours des autres collectivités dans un souci d'équilibre.


La région n'a pas les moyens de sa politique

La région est une création toute récente, les conseils régionaux ayant été mis en place en janvier 1998. Sa création a été accompagnée par une disposition très importante, dont l'esprit fait preuve de progressivité et d'évolutivité sur le plan des ressources et attributions. S'agissant des ressources, la région devait bénéficier d'une part de l'impôt, 1% notamment sur les sociétés et sur le revenu. Pour M. El Ancer, «jamais dans l'esprit du législateur, la cote-part de la région ne serait limitée à 1%. Il est évident que le législateur est parti de ce seuil pour atteindre progressivement le niveau susceptible de doter la région des moyens de sa politique«. La Loi de Finances ne suit pas cet esprit. Parallèlement, un fonds de péréquation devait être mis en place pour maintenir un équilibre entre les différentes régions. Un jeu de solidarité devait en principe inciter les régions riches à assister celles qui n'ont pas de ressources, mais cela ne s'est pas fait. Donc, conclut, M. El Ancer, «en deux ans et demi d'expérience, les régions n'ont pas encore disposé des moyens nécessaires à leurs interventions«.Propos recueillis parKhalid TRITKI & Anis MAGHRI

Chère lectrice, cher lecteur,

L'article auquel vous tentez d'accéder est réservé à la communauté des grands lecteurs de L'Economiste. Nous vous invitons à vous connecter à l'aide de vos identifiants pour le consulter.
Si vous n'avez pas encore de compte, vous pouvez souscrire à L'Abonnement afin d'accéder à l'intégralité de notre contenu et de profiter de nombreux autres avantages.

Mot de passe oublié?
CAPTCHA
This question is for testing whether or not you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.
ABONNEZ-VOUS
  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc