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Culture

«Les amants de Fès«
11e épisode: Un précieux colis pour lalla Neftaha

Par L'Economiste | Edition N°:2344 Le 22/08/2006 | Partager

Jaâfar a fini par acheter au prix fort la belle esclave Rihane, alias Soussane Doumi. L’incident avec Mamoun est déjà oublié tout comme Assia à laquelle il ne pense plus. A l’origine, Soussane n’est pas une esclave, mais a été enlevée alors qu’elle se trouvait dans une caravane dans le nord. Elle était sur le point d’être revendue à une riche famille de Fès.A la sortie du foundouk, ils se mêlèrent à la foule de la rue. C’était une cohue bon enfant dans laquelle chacun ajoutait sa voix ou le bruit de ses pas pour former une rumeur chaude, enveloppante. On se méfiait un peu de la brusquerie des mouvements de tel ou tel badaud. On s’inquiétait un instant d’un cri poussé par on ne savait qui, mais l’énervement faisait vite place à la langueur. Des boniments circulaient qui avaient la qualité d’un conte partagé entre les auditeurs. Soussane était mise en confiance et se sentait en partie délivrée. Elle avait maintenant un jeune maître, doux et humain. Pour elle, c’était déjà comme une vieille connaissance depuis. Elle se sentit en sécurité avec lui.Il était cinq heures de l’après-midi et le soleil déclinait. Jaâfar avait trouvé enfin un lieu sûr oû Soussane logerait pendant quelques jours. A quelques mètres de la maison de lalla Neftaha, il lui demanda de s’arrêter un instant pour l’informer du plan qu’il avait concocté. Avec componction, il lui recommandait de rester calme, et de suivre ses consignes à la lettre, de se taire aussi naturellement que si elle eut été muette.. Un joli minoisIl frappa à la porte et on les invita à entrer. Soussane le suivit et resta dans le vestibule. Jaâfar fut conduit chez sa tante qui l’accueillit avec une expression de grande joie sur le visage.- Marhaba, marhaba, c’est un grand jour! Comment se fait-il? Il y a bien longtemps que l’on ne t’avait pas vu chez nous! C’est un jour heureux!Jaâfar embrassa sa tante et s’excusa de cette visite impromptue.- Oh tais-toi! Tu es le bienvenu à toute heure et j’espère que, cette fois-ci, tu vas rester un peu parmi nous. Mon mari Si el Mehdi sera content et les enfants aussi. Allez entrons!- Merci ma tante mais aujourd’hui ce n’est pas possible. Une autre fois.- Ah non, je ne te lâcherai pas maintenant que je te tiens!- Attends, j’ai besoin impérativement de ton aide!- Je suis entièrement à ta disposition. Que puis-je faire?- Voilà! J’ai acheté une jeune esclave pour mes parents et avant de leur en faire cadeau, je voudrais la payer de mes propres deniers. Pour l’acheter j’ai dû emprunter de l’argent que je compte rembourser rapidement.- Mais je vois là, une bonne intention, où est donc l’obstacle?- Il se trouve qu’avant de l’emmener à la maison, je dois d’abord payer ma dette. Comment pourrais-je offrir quelque chose qui ne m’appartient pas?Lalla Neftaha, qui n’était pas naïve, comprit que derrière les raisons invoquées par son neveu, il y avait un stratagème, mais elle préféra ne rien laisser percevoir du doute qui lui venait à l’esprit.- Oui, je comprends! Je l’hébergerai avec joie, le temps qu’il te faudra. Et si tu as besoin d’argent Si el Mehdi pourrait t’en prêter.- Merci, tu es la plus adorable des tantes de la terre, s’exclama-t-il en lui apposant un baiser sur le front.Après un silence qui voulait indiquer que l’émotion devant cet accueil l’occupait tout entier, il reprit:- Ah j’oubliais de te dire, la fille est muette, mais elle entend parfaitement. Ne la laissez surtout pas sortir, ma tante!- Sois tranquille! Mais d’abord où est elle? demanda lalla Neftaha impatiente de voir cette jeune fille autour de laquelle il y avait tant de mystères.Jaâfar tira sa tante par le bras en se rapprochant de la porte du vestibule et appela d’une voix ferme:- Soussane, Soussane, viens!Elle apparut sur le seuil de la petite porte qui ouvrait sur la cour. S’avançant à petits pas, elle salua lalla Neftaha avec beaucoup d’humilité.- Tu es mon invitée ma fille et la bienvenue dans cette maison! Ôte ton haïk et mets-toi à l’aise, ma servante s’occupera de toi!. MétamorphoseSoussane se dévoila et garda sur son bras le vêtement blanc, puis, en relevant la tête, elle s’aperçut que les yeux étaient rivés sur elle et en fut toute confuse. Lalla Neftaha était parfaitement émerveillée par le joli minois de cette petite qui était trop séduisante pour ne pas susciter les émois et les désirs des mâles et suffisamment belle pour exciter l’antipathie féminine. Lalla Neftaha pensa tout de suite à sa belle-sœur lalla Mériem qui allait recevoir ce cadeau. Elle s’en serait bien passé, se dit-elle. Mais quelle folie a pris Jaâfar de vouloir ramener cette jeune fille à la maison. C’est de l’inconscience! Ou alors, il avait sa petite idée derrière la tête. Qui sait? Elle appela une domestique, lui demanda de s’occuper de Soussane, c’est-à-dire de lui trouver un endroit pour dormir et de veiller à lui donner à boire et à manger. On lui donnerait par la suite quelques vêtements pour qu’elle aille au bain. Jaâfar était heureux et satisfait. Il prit congé de sa tante en catastrophe car il se rendit compte qu’il faisait déjà nuit.En quittant le domicile de sa tante, Jaâfar réalisa qu’il avait subi une extraordinaire métamorphose. Il avait oublié, pendant presque quarante-huit heures, tout à la fois et aussi complètement sa famille, ses cours et son soi-disant amour pour Assia. Il n’avait pas mis les pieds à la medersa, lui qui veillait à ne jamais rater aucun de ses cours!. Khiyi, khiyi Or, à la Quaraouine, les séances commençaient à partir de six heures du matin jusqu’en début d’après-midi. Les congés hebdomadaires étant le jeudi après-midi et le vendredi. En fait de vacances, les étudiants bénéficiaient d’une semaine à chacune des trois grandes fêtes religieuses musulmanes, à savoir: l’aïd sghir qui clôture le mois de jeûne de Ramadan, l’aïd kbir ou fête du sacrifice du mouton qui coïncide avec le pèlerinage à la Mecque et enfin l’aïd maoulid, anniversaire de la naissance du prophète Sidna Mohamed.Il y avait, également, trois jours de fête pour l’achoura, dixième jour du premier mois de moharram de l’année musulmane, dite de l’hégire. Et aussi les trois derniers jours du mois de chaâbane, mois qui précède Ramadan. Ce dernier étant un mois de jeûne, de prière, de ferveur et de piété.Jaâfar se trouvait à hauteur de l’impasse où il habitait, quand il croisa sur son chemin son ami Boubker.- Bon sang! Mais Jaâfar, où étais-tu donc passé? Que t’est-il donc arrivé?- Et toi où vas-tu, lui répondit Jaâfar avec calme?- Justement, j’allais chez toi. Tout le monde est inquiet à ton sujet. Comment vas-tu? Et où étais-tu?- Eh bien, dit-il en riant, je suis devant toi en chair et en os.- Arrête de plaisanter, je suis sérieux! Il se mit à l’observer sans se laisser troubler, puis il reprit: toi, tu me caches quelque chose! Allez, raconte, vite!- Alors viens avec moi à la maison. Ces choses-là ne se racontent pas dans la rue.- Non pas maintenant, tu n’as pas encore vu tes parents, je suppose.- Effectivement, j’arrive à l’instant.- Alors je te laisse, je te verrai demain à la medersa.- Comme tu voudras, salam!Jaâfar paraissait très détendu, mais des questions incessantes lui venaient à l’esprit. Il devait y trouver des réponses, et rapidement. Son frère était venu le voir au foundouk et il ne savait pas ce qu’il avait raconté à son sujet à ses parents. Pénétrant dans la cour de la maison, il aperçut sa petite sœur Noufissa qui jouait avec le chat près des escaliers. Il alla à sa rencontre et elle se jeta dans ses bras.- Khiyi, khiyi!Il l’embrassa et lui demanda où était sa mère.- En haut, avec grand-mère, elle est malade!- Malade? Qu’a-t-elle?- De la fièvre!- Allons vite les voir! Tu ne devrais plus jouer dans la cour le soir. Il fait froid et si tu ne fais pas attention, tu tomberas malade toi aussi. Dès que Jaâfar entra dans la chambre de sa grand-mère, lalla Mériem qui était au chevet de sa tante, cria de joie.- Enfin, mon fils! Mais qu’est-ce qui t’a pris de disparaître comme ça?Il prit la main de sa mère puis celle de sa grand-mère pour les embrasser. Avec empressement, il souhaita un prompt rétablissement à la vieille dame.- Que Dieu entende tes prières, mais cette fois-ci je pense que ma fin est proche, dit-elle d’une voix faible.- Non, grand-mère! Que Dieu te donne une longue vie.Puis s’adressant à sa mère:- Je suis désolé de m’être absenté sans vous prévenir hier matin. J’avais du travail à finir avec mon camarade Abdeslam.- Mais nous avons tous été très inquiets! Tu étais en colère contre ton frère! Que t’a-t-il fait mon fils?- Oh ce n’était qu’une prise de bec sans importance! Et pour éluder d’autres questions embarrassantes, il demanda: dis-moi, dada a-t-elle préparé le dîner? Je meurs de faim. Je descends manger quelque chose. Sa cuisine m’a manqué.- Va, mon fils! Et dis-lui en même temps de préparer pour ta grand- mère un lait chaud au flio.Mercredi, 12e épisode Un plan pour invité-surprise

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