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Société

La pandémie affecte durablement l’enfance

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5914 Le 28/12/2020 | Partager
Santé, enseignement, nutrition, des déficits à tous les étages
Anxiété, hypertension, nervosité et dépression, les stigmates relevés

Notre enfance a-t-elle été sacrifiée sur l’autel de la pandémie? La réponse est on ne peut plus malheureusement affirmative. La dernière enquête réalisée par le HCP en collaboration avec l’Unicef dresse un tableau inquiétant de la situation de la progéniture marocaine.

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Les impacts psychologiques du confinement sur les enfants ont été ressentis par une frange importante de la population. Parmi les effets, l’anxiété, la peur, troubles du sommeil, comportements obsessionnels, ... (Ph. Bziouat)

Les déficits en termes de services de base se sont dangereusement creusés ces derniers mois. Santé, enseignement et nutrition en représentent les principales carences. Les systèmes de santé ont mis à mal l’accès des enfants et leurs mamans aux soins de santé de base comme la vaccination et les consultations prénatales et postnatales.

De même, l’accès et la continuité de la scolarisation à distance, ont été aussi impactés et de façon plus accentuée après la décision de l’annulation ou du report des examens pour certains niveaux scolaires. De plus, d’énormes difficultés d’assimilation des cours à la maison ont été relevées. En particulier en milieu rural et pour le niveau préscolaire où les parents ne sont pas préparés pour accompagner leurs enfants.

Par ailleurs, la fermeture de plusieurs entreprises et l’arrêt d’activité de nombreux travailleurs du secteur formel et informel a laissé beaucoup de familles sans revenus handicapant ainsi leurs capacités à subvenir à leurs besoins essentiels.

Plus grave encore des stigmates resteront gravés pour longtemps dans le psychique des enfants. Car, outre les impacts d’ordre économique et social, la tension continue de marquer la vie de nombreux ménages. S’ajoutent également la promiscuité du logement et l’absence d’équipements sanitaires en cette période de fermeture des bains traditionnels.

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Quasiment tous les ménages avec enfants (99,4%) ont respecté les mesures du confinement, 76,2% un respect total et 23,2% un respect partiel

Pourtant, les données de l’enquête affirment que le respect du confinement a été observé par une forte majorité des ménages: 88%. Cette proportion est plus élevée chez les ménages ayant des enfants avec 89,5% que chez les ménages sans enfants (85,1%). Et les enfants tiennent la tête du podium.

En effet, seuls 2,3% des ménages ont déclaré que leurs enfants ont rompu le confinement en sortant, pour différentes raisons, de temps en temps du domicile. Cette proportion atteint ses niveaux les plus élevés parmi les ménages relevant des 20% les plus défavorisés avec 5,8%, les ruraux (4,6%), les ménages dont le chef est un exploitant ou un ouvrier agricole (4,1%) et parmi ceux dont le chef est sans niveau d’instruction (3,2%).

Les raisons qui justifient, selon les parents, les sorties de leurs enfants du domicile sont diverses. Sortir pour jouer, constitue le premier motif de rupture du confinement pour 50% des enfants, plus particulièrement les ruraux pour lesquels cette proportion atteint 72,3% contre 6,1% pour les enfants résidant dans les villes. Les sorties pour faire les courses constituent la deuxième raison de rupture du confinement. Et ils sont plus nombreux en milieu urbain que dans les campagnes.

D’autres raisons sont également citées dont le besoin de se divertir et d’atténuer le sentiment d’ennui, la nécessité d’aller au travail et l’accès aux services et aux soins médicaux. Il y a lieu de signaler qu’une infime minorité d’enfants (1,4%) justifie les sorties par la promiscuité du logement. Il n’empêche que les impacts psychologiques du confinement sur les enfants ont été ressentis par une frange importante de la population.

Dans ce cas, les ménages citent plusieurs effets psychologiques dont l’anxiété pour la moitié (50,9%), la peur (42,6%), le sentiment d’être emprisonné à domicile (30,3%), les comportements obsessionnels (24,3%) et les troubles de sommeil ou d’appétit (24,1%).

D’autres effets ont été également ressentis par ces ménages mais avec des degrés moindres, dont le manque d’intérêt ou de plaisir pour exercer les activités habituelles (8,1%), l’hypersensibilité ou nervosité (7,1%), le sentiment de fatigue générale (5,3%) et la dépression (5,0%).

L’état nutritionnel des enfants n’a pas été épargné non plus. Les effets de la pandémie Covid-19 ont été ressentis sur le comportement de la consommation des ménages et partant sur les enfants. L’appréciation de ces effets est approchée par l’enquête par les changements observés dans la consommation alimentaire qui a porté sur 10 produits considérés comme de base pour les ménages marocains: la farine et les céréales, les légumes, les fruits, les légumineuses, les viandes rouges, les viandes blanches, les poissons, le lait et produits laitiers, les huiles et le sucre.

Les résultats de l’enquête Covid-19 montrent que 29,3% des ménages n’ont pas changé le niveau de dépenses durant la période de confinement pour l’ensemble de ces produits. Cette part est plus élevée parmi les ménages sans enfants (35%) que parmi les ménages avec enfants (26%). Ces résultats attestent que les ménages ayant parmi leurs membres des enfants ont pâti davantage dans le contexte de la pandémie.

Cette stagnation du niveau des dépenses de ces produits parmi les ménages avec enfants varie selon le milieu de résidence et selon le niveau de vie. La part des ménages citadins avec enfants qui ont gardé le même niveau de dépenses des produits de base a atteint 29%, contre seulement 20,2% pour les ménages ruraux, celle des 20% les plus aisés est de 46,2% contre 14,2% pour les ménages relevant des 20% les moins aisés.

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 L’arrêt de travail des actifs occupés et la baisse des revenus au temps de confinement ont modifié la structure des sources de revenus des ménages en général, et ceux avec enfants, en particulier. Un peu plus d’un chef de ménage avec enfants sur trois (37,9%) déclare n’avoir aucune source de revenus depuis l’arrêt des activités des membres de ménage suite au confinement. Cette proportion n’est que de 26,6% pour les ménages sans enfants

Par produit, les baisses les plus importantes ont été enregistrées pour les fruits, les viandes rouges et les poissons. Plus d’un tiers des ménages avec enfants (36%) ont réduit leurs dépenses allouées aux fruits, et 31% aux viandes rouges et poissons, contre respectivement 23%, 24% et 23% pour les ménages sans enfants.

Face à la réduction ou manque de consommation de protéines, l’accès des enfants aux soins de santé a été également réduit. Dans l’ensemble, sur les 22,7% de la population marocaine ayant nécessité un suivi médical, tous services confondus, 35,9% n’ont pas pu accéder à ces services. Les ruraux (41,2%) plus que les citadins (33,1%), les hommes (38,2%) plus que les femmes (34,5%) et les 20% intermédiaires (40,4%) plus que les 20% les plus aisés (29,9%).

En ce qui concerne la population infantile, le non accès aux services médicaux est plus prononcé parmi les enfants âgés de 6-17, avec un pourcentage de 47,1%, alors qu’il est à son niveau le plus bas parmi les enfants de moins de six ans (18%).

Les axes de l’enquête

L’enquête du HCP s’insère dans ce contexte du Coronavirus. Elle cible en particulier l’impact de la pandémie sur la situation économique, sociale et psychologique des ménages dont les principaux résultats ont été largement disséminés et mis en ligne sur son site. De par son mandat, le bureau de l’Unicef au Maroc, suivant de près l’évolution de la crise et en particulier son impact sur les enfants vulnérables, a été associé à la mise en œuvre de cette étude.
 Les objectifs de l’enquête consistent à répondre au besoin en indicateurs statistiques précis, qui reflètent la réalité du terrain, afin de suivre la situation des ménages en période de confinement. Au final, elle vise à mieux comprendre les impacts du Coronavirus afin d‘aider à concevoir des réponses politiques appropriées. Les questions sont relatives à l’expérience des enquêtés et leur connaissance du virus et de son impact sur l’emploi, la sécurité alimentaire, l’accès aux services de santé et d’éducation, bien-être mental et transferts…
L’enquête a été réalisée par voie téléphonique, en tant que moyen de communication alternatif, auprès d’un échantillon représentatif aux niveaux national, urbain et rural.

                                                                               

L’arrêt du travail touche les 2/3 des ménages

 Les données de l’enquête révèlent que 72,5% des ménages marocains avec enfants ont eu parmi leurs membres un actif occupé qui a été contraint d’arrêter de travailler au temps de confinement, contre 74,5% parmi les ménages sans enfants. L’arrêt de l’activité d’au moins un membre de ménage avec enfants au temps de confinement était plus marqué parmi ceux des 20% les plus défavorisés que parmi les 20% les plus aisés.
Selon le milieu de résidence, ce pourcentage atteint 72,1% parmi les citadins et 73,3% parmi les ruraux.

D’un autre côté, le maintien de l’activité durant la période de confinement a été accompagné dans la majorité des cas par une baisse des revenus plus ressentie parmi les ménages avec enfants que ceux sans enfants. En effet, 62,4% des ménages avec enfants ont vu les revenus de leurs membres actifs occupés baisser pour plus de la moitié, contre 57,3% pour les ménages sans enfants. Ce pourcentage est plus élevé parmi les ménages ruraux avec enfants (71,6%) que parmi leurs homologues citadins (58,0%), et parmi les ménages relevant des 20% les moins aisés (77,5%) que parmi ceux des 20% les plus aisés (38,0%).

Interrogés sur les engagements financiers (loyer, crédit logement, crédit à la consommation, frais des soins médicaux, frais de scolarité, facture d’eau et d’électricité et l’ardoise auprès des épiciers), les ménages ont généralement éprouvé des difficultés à respecter les échéances. Selon les données de l’enquête, 41,5% des ménages avec enfants ont déclaré être incapables de respecter au moins un de leurs engagements financiers en période de confinement. Cette proportion atteint 38,3% au niveau de tous les ménages marocains et 33,8% pour ceux qui n’ont pas d’enfants parmi leurs membres.

A.G.

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