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    Bachelor: Les écoles privées appréhendent

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5695 Le 11/02/2020 | Partager
    Beaucoup ne sont pas prêtes pour la réforme de septembre
    Elles se disent «dans le flou total»
    Des interrogations sans réponses de leur ministère

    Il y a encore une semaine les écoles et universités privées ne savaient pas exactement à quoi s’attendre pour la réforme du bachelor, censée rentrer en vigueur en septembre prochain. Certaines se disaient dans le «flou total». «Nous devons déposer nos filières pour accré­ditation fin mars, alors que le cahier de normes pédagogiques du bachelor n’est pas encore validé.

    Pour l’heure, c’est le flou total, or nous avons besoin de visi­bilité pour adapter notre modèle. Il faut procéder à de nouveaux recrutements, acheter des équipements, modifier notre organisation…», relève la directrice d’une école.

    Pour leur réunion avec leur ministère de tutelle, jeudi dernier à Rabat (voir article ci-contre), les patrons des éta­blissements privés sont venus avec des questions plein la tête. Y aurait-il plus de flexibilité pour le privé, le master passera-t-il à 6 ans? Si c’est le cas, serait-il plus valorisé qu’un bac+5?... «Pourquoi n’a-t-on pas réussi à appliquer le système LMD qui est également à la base un modèle modulaire à crédit, tout comme le bache­lor», s’interroge Khalid Benzakour, DG de l’ISGA.

    Les écoles se trouvent aussi embarrassées par rapport à leurs futurs étudiants. «La communication avec les bacheliers a déjà démarré, mais elle n’est pas réalisée de manière sûre, puisque tout n’est pas encore ficelé», confie Hassan Sayarh, DG de HEM Business School.

    «La partie qui n’a pas encore réagi à ce projet, ce sont les étudiants. Il faudrait disposer de réponses à toutes leurs ques­tions, autrement cela risque de poser problème», estime Benzakour. Malheu­reusement pour les patrons des écoles, la majorité de leurs interrogations resteront sans réponse.

    Les avis des écoles par rapport à la réforme sont mitigés. Certaines, pas prêtes pour le changement, préfèrent que le projet soit différé, le temps de bien s’y préparer. Elles rejoignent ainsi l’avis des syndicats de l’enseignement supérieur public qui demandent la suspension de la réforme en attendant d’assurer les moyens logistiques, pédagogiques et hu­mains nécessaires.

    D’autres se demandent pourquoi ne pas enseigner les soft skills au niveau du collège et du lycée, au lieu de rajouter une année dans le supérieur… Un troisième groupe se dit, au contraire, disposé à déployer la réforme dès la ren­trée, à condition que tout soit «clair». Il s’agit notamment des établissements dé­ployant déjà le modèle bachelor avec des contenus proches de ceux proposés par la nouvelle réforme. «Retarder le projet d’une année ne changera pas fondamenta­lement les choses. Mieux vaut l’affiner en marchant plutôt que de surseoir à sa mise en oeuvre», estime Sayarh.

    «La formule bachelor peut être inté­ressante pour certaines filières et certains types d’établissements. Ma seule réserve est par rapport à cette volonté de sa géné­ralisation. Il faudrait qu’elle soit une pro­position parmi d’autres, permettant de présenter aux jeunes une offre diversifiée répondant mieux à leurs besoins», pour­suit-il.

    Les écoles préfèrent un système optionnel. Elles ont également des ré­serves par rapport au contenu (voir inter­view ci-contre), qui risque de les priver de certaines de leurs libertés (rajouter des matières pour enrichir la formation, pré­voir plusieurs stages durant le cursus…). Sauf que leur avis n’a pas vraiment été sollicité…

    Un électrochoc, mais…

    La réforme du bachelor aura le mé­rite de bousculer un secteur où peu de choses se sont produites depuis 2003, date d’introduction du schéma LMD. Un schéma dont la mise en oeuvre a finalement échoué. Grâce à l’applica­tion effective du système de crédits, «la monnaie de l’enseignement supé­rieur international», selon le ministre de l’Education nationale, Saaïd Amzazi, les étudiants pourront accéder à une meil­leure mobilité à l’étranger.

    La première année, dite fondatrice, quant à elle, per­mettra une transition plus fluide entre le secondaire et le supérieur, puisqu’elle sera notamment dédiée à la décou­verte de la spécialité, à l’ouverture sur d’autres disciplines, aux langues étran­gères et aux soft skills. A l’issue de cette «foundation year», les étudiants peuvent continuer dans leur premier choix de formation ou se réorienter sans perdre leurs acquis.

    Pour rappel, dans les facultés à accès ouvert, une part non négligeable, déboussolée, abandonne ses études dès la première année (plus de 27% dans les facs de sciences). Le nombre moyen d’années pour l’obten­tion de la licence va de 4,5 à 5 ans, selon les spécialités. Seuls 13% des étudiants décrochent leur diplôme en 3 ans. Insti­tutionnaliser une année supplémentaire ne changera donc pas grand-chose à la réalité du terrain. La réforme insiste, en outre, sur l’effort personnel et l’auto-apprentissage des étudiants, la certifica­tion en langues, les stages, les activités associatives et sportives permettant de gagner des crédits… Autant d’apports qui ne peuvent être que positifs.

    Néanmoins, peut-on généraliser ce modèle à tous les types d’établis­sements? Et surtout, dispose-t-on des moyens nécessaires pour sa mise en application? Dans l’accès ouvert, le premier à être ciblé par la réforme, le nombre pléthorique des étudiants et le déficit d’enseignants, surtout ceux spé­cialisés en langues et communication, rend l’initiative difficile à déployer.

    Certaines facultés pensent même à faire appel à des profs du lycée pour s’en sortir… «Comment enseigner des soft skills dans des classes de 1.000 étu­diants?! Et puis, les profs eux-mêmes manquent de compétences transver­sales!», déplore un cadre dans une fa­culté de droit. «Avant les soft skills, il faut agir sur la confiance. L’étudiant ne fait plus confiance à son professeur, ni à son administration et son université», estime-t-il.

    L’obstacle le plus coriace sera sans doute celui des enseignants, dont une grande partie est désengagée.

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    Avec l’adoption effective du système des crédits, le diplôme marocain sera plus «lisible» à l’international, et la mobilité des étudiants sera facilitée. Selon le ministre de l’Education nationale, avec les 240 crédits du bachelor, les étudiants peuvent effectuer leur master en une année dans de nombreux pays

    Un risque de détournement des étudiants subsahariens?

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    Une licence en quatre ans au lieu de trois pourrait dissua­der des étudiants sub­sahariens de choisir le Maroc pour effectuer leurs études supé­rieures. C’est la crainte de nombreuses écoles supérieures privées. Certaines accueillent jusqu’à 45% d’étudiants subsahariens. La Tuni­sie, dont la licence est de trois ans, avec une offre plus ou moins si­milaire, pourrait ainsi bénéficier d’un argu­ment supplémentaire au détriment du Maroc.

    Ahlam NAZIH

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