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    Prix de L’Economiste

    Prix de L’Economiste pour la recherche/ Najat Vallaud-Belkacem: «Notre sort collectif dépend de notre enseignement»

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5676 Le 15/01/2020 | Partager
    La réforme du supérieur vue par l’ancienne ministre de l’Education française
    Réorienter les cursus vers les emplois hautement qualifiés
    Attention à ne pas tout miser sur le miracle technologique!
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    «Une éducation réussie passe par l’acquisition de savoirs fondamentaux, mais aussi de compétences sociales et culturelles étendues, offrant aux jeunes la capacité de s’adapter à un monde de plus en plus incertain, et d’affronter les ruptures technologiques. C’est pourquoi nous devons porter une philosophie résolument humaniste du rôle de l’école dans la société du savoir, avec au centre les enseignants et les élèves», a relevé l’ancienne ministre de l’Education nationale française, Najat Vallaud-Belkacem, devant un auditoire conquis (Ph. Bziouat)

    Créer un pont entre l’université et l’entreprise. Une ambition que le groupe Eco-Médias (éditeur des quotidiens L’Economiste et Assabah, propriétaire d’Atlantic Radio) porte depuis maintenant 15 ans, à travers son Prix de la recherche en économie, gestion et droit, primant les meilleures thèses de doctorat, et les meilleurs mémoires de bachelor et de master.

    Une initiative qui vise à encourager «l’excellence, partant du principe que savoirs scientifiques et connaissances managériales sont complémentaires, et qu’un savoir ne peut être actionnable que s’il est en rapport avec les problématiques rencontrées par les entreprises et décideurs auxquels il s’adresse», selon les termes du Dr. Mohamed Benabid, rédacteur en chef de L’Economiste et membre du jury qui a prononcé un discours introductif à cette occasion. Vous l’aurez compris, il est question de primer des travaux de recherche apportant des réponses concrètes à des problématiques bien réelles.

    Un enjeu plus que jamais décisif

    Pour cette 15e édition, tenue lundi dernier à Casablanca, une invitée de marque a fait le déplacement spécialement de Paris, l’ancienne ministre de l’Education nationale française, Najat Vallaud-Belkacem. La guest speaker de l’évènement a participé à la remise des prix aux trois lauréates de cette édition (Lire article): Fatima Zahra Siragi et Dounia Berrachid pour la catégorie doctorat, et  Amira Belghazi pour celle du bachelor. Cette année, pas de winner dans la catégorie master.

    «Quand les travaux ne sont pas conformes à nos standards, nous décidons de ne pas attribuer de prix», explique Driss Alaoui M’daghri, président du jury. «L’exigence de qualité doit être absolue. Elle est essentielle dans toute recherche, fondamentale ou appliquée, et quel que soit le domaine», insiste pour sa part, Mohamed Benabid.

    Sa leçon inaugurale, Najat Vallaud-Belkacem l’a consacrée à la réforme de l’enseignement supérieur. Un sujet dans l’air du temps, surtout à la veille d’une réforme majeure prévue cette année au Maroc, celle du bachelor.

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    «Notre sort collectif dépend de notre enseignement supérieur, notre recherche et notre éducation. Ce sont eux qui déterminent notre capacité à avancer et à relever les défis qui sont les nôtres», relève l’ancienne ministre, aujourd’hui reconvertie dans le consulting et la réalisation d’études pour le compte d’organismes internationaux.

    L’enjeu de l’enseignement et de la formation n’a jamais été autant décisif, dans un monde en pleine révolution 4.0, où la qualification du capital humain et l’apprentissage tout au long de la vie deviennent cruciaux. D’ailleurs depuis les années 90, la part des emplois hautement qualifiés ne cesse d’augmenter, au détriment de ceux moyennement ou faiblement qualifiés. C’est dire le niveau de compétence nécessaire pour pouvoir évoluer dans une économie de plus en plus «intelligente».

    «C’est donc à des emplois hautement qualifiés que les universités doivent préparer leurs étudiants. Mais encore faut-il resserrer les liens entre l’enseignement supérieur et le monde de l’entreprise. Cela passe par des diplômes plus lisibles, plus transparents sur les débouchés et plus adaptés aux évolutions socioéconomiques», insiste Vallaud-Belkacem.

    Le casse-tête du financement

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    Le système d’enseignement supérieur au Maroc continue de faire face à une massification accrue. Les moyens mis en place ne suivent pas. Le taux d’encadrement ne cesse de se dégrader. Dans les facultés d’économie et de droit l’on compte un enseignant pour 194 étudiants. 

    La réforme de l’enseignement supérieur, qui est en fait indissociable de celle de l’éducation, nécessite donc une réorientation des apprentissages, une actualisation permanente des contenus, des formations continues pour les enseignants… Mais aussi beaucoup d’argent. Le redressement du système d’enseignement est en grande partie une question de financement. Un frein de taille pour de nombreux pays.

    En termes de budget, le Maroc fournit, par exemple, le même effort budgétaire que les Etats-Unis. Les deux pays dépensent presque 7,5% de leur PIB pour leur système d’enseignement. Sauf que le PIB américain est plus de 200 fois supérieur à celui du Maroc. Malgré ses efforts, le pays reste à court de ressources financières. Il lui est donc difficile d’avancer rapidement sur ce chantier.

    «Le défi est tellement énorme que nous aurons besoin de la participation de tous les acteurs, Etat, ONG, fondations, secteur privé…», pense l’ancienne ministre. Dans l’OCDE, la dépense moyenne par élève est de 15.000 dollars (700 au Maroc), ce qui a permis à de nombreux pays de limiter les décrochages. «Mobiliser des fonds n’est pas facile, mais c’est le meilleur investissement possible. Il est important d’en faire une priorité absolue», estime Najat Vallaud-Belkacem.

    «Il faut agir vite et fort. Le monde en est au tiers du chemin vers l’échéance 2030 des objectifs de développement durable. Nous sommes très en retard sur les engagements pris. Dans les pays à faible revenu, seuls 60% des enfants achèvent le primaire», poursuit-elle.

    Pour l’ancienne ministre, trois défis majeurs s’imposent. D’abord, réussir la réforme de l’éducation pour parvenir ensuite à mettre à niveau l’enseignement supérieur. Il s’agit, en outre, d’élever le niveau de qualification des générations à venir en donnant accès massivement à l’enseignement supérieur.

    L’ancienne ministre se dit opposée à cette «sélection malthusienne» limitant l’accès au savoir à une minorité, sous prétexte de préserver la qualité. Une approche qu’elle dit «contraire au progrès». Enfin, adapter en temps réel les formations aux besoins du marché du travail.
    Cela dit, l’une des contraintes majeures reste celle du creusement des inégalités. L’héritage social et familial des enfants les poursuit tout au long de leur parcours scolaire. Ceux issus des milieux les moins favorisés cumulent les difficultés, échecs et retards dès le primaire, et beaucoup finissent par abandonner. Au Maroc, les deux tiers des élèves achèvent le primaire sans acquérir les compétences de base en lecture et compréhension. Chaque année, plus de 400.000 décrochent. Le système scolaire finit par reproduire les inégalités.

    Le numérique peut-il apporter des solutions? «Attention à ne pas tout miser sur ce miracle technologique. Nous aurons toujours besoin d’enseignants, pédagogues, classes, amphithéâtres… Ne renonçons pas à former des profs et à investir dans l’éducation», répond Najat Vallaud-Belkacem.    

    La tâche des Etats est loin d’être simple, d’où la nécessité d’une mobilisation générale.

    Une base de données qui s’enrichit

    Donner de la visibilité à des travaux de recherche souvent inaccessibles au grand public, encourager l’excellence et rendre hommage à la fois aux chercheurs, encadrants, laboratoires et universités. Ce sont là quelques uns des objectifs du Prix de la recherche en économie et gestion, organisé chaque année par le groupe Eco-Médias. «L’initiative nous a aussi permis d’identifier des espaces intellectuels où se nouent des problématiques permettant de faire avancer l’économie, la gestion et même le droit, que nous avons intégré cette année. Elle nous a également aidés à créer des passerelles avec les universités et établissements de l’enseignement supérieur», souligne Mohamed Benabid, rédacteur en chef de L’Economiste et membre du jury du prix. Les thématiques traitées sont diverses: gouvernance des entreprises familiales, industrie agroalimentaire, aéronautique, marchés financiers… «Nous avons pu constituer une véritable base de données qui s’enrichit d’année en année», se réjouit Benabid. Une base de données que le groupe tente de mettre en valeur à travers ses différents médias.

                                                                                    

    Le jury

    Le jury du Prix de L’Economiste est composé d’universitaires, personnalités du monde des affaires et dirigeants de L’Economiste.

    ■ Président du jury:
    - Driss Alaoui M’Daghri, ancien ministre et professeur universitaire

    ■ Membres du jury:
    - Rachid Belkahia, ancien professeur universitaire, associé gérant du cabinet de conseil Associés en Gouvernance
    - Asma Bellamine, ancienne directrice du crédit aux particuliers - Banque Centrale Populaire
    - Rachid Hamdad, directeur général adjoint - Agence TBWA/Alif
    - Youssef Lakhiry, responsable pilotage de fonds propres et solvabilité – BMCE Bank of Africa
    - Tarik El Malki, directeur de l'ISCAE Rabat
    - Nadia Salah, directrice des rédactions – Groupe Eco-Médias
    - Mohamed Benabid, rédacteur en chef - L’Economiste
    - Meriem Oudghiri, secrétaire générale de la rédaction - L’Economiste
    - Abashi Shamamba, chef de rubrique «Economie & Monde» – L’Economiste

    Ahlam NAZIH

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