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Enseignement: Community college, un modèle pour les futures cités des métiers?

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5670 Le 07/01/2020 | Partager
A mi-chemin entre enseignement supérieur et formation professionnelle
Cours techniques, recherche, partenariats avec des industriels…
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Susan D. Huard, présidente de Manchester Community College (MCC): «L’autre particularité des community colleges, c’est leur ancrage au niveau local. Nous servons la localité où nous sommes installés. Dans la ville de Manchester, nos formations sont liées aux industries locales: technologies de l’information, santé, services…» (Ph. MCC)

Au Maroc, aucun modèle ne ressemble à celui des community colleges américains. Des établissements offrant des cursus de deux ans, payants, mixant cours académiques, stages techniques et travaux de recherche. C’est le cas de Manchester Community College (MCC), dans l’Etat du New Hampshire, dont les frais de scolarité sont de près de 6.000 dollars par an.

Un établissement accueillant plus de 2.600 étudiants sur son campus, avec des effectifs en classe réduits (19 au maximum), des emplois du temps flexibles, un large choix de filières (business, santé, art & humanités & com, éducation, industrie…), des passerelles avec les universités et aucune barrière à l’entrée.

Son plus grand atout, ses partenariats avec le monde industriel. Entre 85 et 100% de ses lauréats trouvent un emploi après leur diplôme, en fonction des spécialités. Les futures cités des métiers et des compétences peuvent-elles s’en inspirer? Pour sa présidente, Susan D. Huard, un tel modèle ne saurait fonctionner en étant gratuit.    

- L’Economiste: Quels sont les ingrédients qui font le succès des community colleges?
- Susan D. Huard:
Ce type d’établissement sert deux populations: les étudiants qui viennent directement du lycée, et les profils avec une expérience professionnelle mais sans diplôme universitaire, visant une évolution de carrière. L’an dernier, notre plus jeune étudiant avait 15 ans, et le plus âgé 67 ans. Le plus intéressant dans les community colleges, c’est leur emploi du temps flexible. Notre collège opère de 7h à 22h30, du lundi au vendredi (jusqu’à 16h le samedi). Donc si vous travaillez le jour, vous pouvez venir la nuit, et vice versa.
Pour les populations les plus jeunes, dans beaucoup de cas, ils effectuent les 2 premières années universitaires chez nous, car nos classes sont plus petites. Nous possédons des accords d’articulation avec les universités, ils peuvent donc par la suite opter pour un bachelor et enchaîner avec un master. Dans d’autres cas, ils ont besoin d’une préparation additionnelle après un échec au lycée, s’intéressent à un domaine technique précis ou ciblent une certification, comme celles de Microsoft.

- S’agit-il d’un modèle hybride entre formation professionnelle et enseignement supérieur?
- Exactement, et les étudiants peuvent être dans l’un des deux parcours, ou dans un mix entre les deux. Par exemple, si vous êtes dans une université traditionnelle et que vous devez suivre au moins un cours de beaux-arts, vous pouvez le faire chez nous. Pour accéder à un community college, il suffit d’avoir un diplôme d’enseignement secondaire, il n’y a pas d’exigences particulières. Nous nous voyons comme des établissements offrant une deuxième, voire une troisième chance. Une personne travaillant dans une industrie en disparition, par exemple, et souhaitant se reconvertir dans une autre activité, peut venir chez nous pour une formation. Parfois, il est difficile de décrire les community colleges, parce que nous essayons de servir différents publics.     
Plus du tiers de nos étudiants nous choisissent pour effectuer les deux premières années de leur diplôme universitaire. Près de 20% visent un diplôme en infirmerie, environ 18% pour un diplôme de commerce technique (électriciens, soudeurs…).

- La moitié de vos lauréats se dirige directement vers le marché du travail. Quel est son taux d’insertion?
- Nous opérons un suivi dans plusieurs domaines, et dans beaucoup de cas, le taux d’insertion atteint 100%. Pour monter un diplôme particulier, nous travaillons avec l’industrie et le monde des affaires. Nous savons donc où se trouvent les besoins en emploi. Mon plus grand cauchemar serait de créer un profil pour lequel il n’y a pas de demande sur le marché! Nos programmes se basent sur des formations alternées entre cours académiques et travail pratique en entreprise. Les lauréats s’insèrent généralement rapidement. Si un programme ne permet pas à nos étudiants de trouver du travail, nous le fermons. C’est ce que j’ai fait pour celui de charpenterie. 

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Dans les laboratoires de MCC, les étudiants peuvent mener des travaux de recherches sur la technologie «LiFi», une sorte de wifi utilisant la lumière LED, pas chère et sécurisée, car ne traversant pas les murs. Ils apprennent aussi à fabriquer des machines et procédés, se familiarisent avec la mécatronique, le design et le prototypage 3D… L’approche pédagogique est basée sur des projets (project based learning) et sur de l’expérimentation (hands on). L’objectif étant de former des apprenants indépendants qui, dans certains cursus, ont des profils entre techniciens et ingénieurs (Ph. ANA)

- Votre modèle peut-il marcher en étant totalement gratuit?
- Il existe bien des programmes gratuits pour les étudiants aux Etats-Unis. Mon opinion personnelle est qu’il est important pour les étudiants d’investir à un certain degré. Un investissement personnel est nécessaire pour qu’ils accordent de la valeur à la formation.  

- C’est aussi nécessaire pour assurer un bon niveau d’équipement?
- En effet, presque 25% de notre budget vient de l’Etat, le reste provient des frais de scolarité des étudiants. Des aides de l’Etat fédéral sont offertes aux étudiants démunis. J’essaie, également, de trouver d’autres sources de financement à travers nos partenaires d’affaires. A titre d’exemple, pour notre nouveau bâtiment des technologies avancées, les compagnies électriques locales nous ont accordé plus de 100.000 dollars. Elles continuent d’octroyer 25.000 dollars par an pour doter les étudiants d’équipements spéciaux leur permettant de travailler avec un voltage élevé. Pour notre petit bâtiment des technologies automobiles, huit industriels ont cédé des donations s’élevant à plusieurs millions de dollars. C’est essentiel de bénéficier d’entreprises partenaires. Cela nous aide aussi à mieux cerner leurs besoins.

- Les industriels sont-ils très impliqués dans la conception des programmes?
- Ils le sont. Cela peut être challengeant, parce que le business bouge très rapidement et ils ont des besoins pressants. Parfois l’activité évolue avant même que nous commencions à monter la formation. Toutefois, le feedback des entreprises est toujours bon pour nous, afin que nous puissions adapter en permanence nos programmes.

- Ouvrent-ils toujours leurs portes aux stagiaires?
- Oui, mais parfois, pour travailler avec une entreprise, cela me prend une année. Certaines s’inquiètent, car elles sont petites et estiment ne pas avoir le temps pour nos stagiaires. Je négocie avec elles jusqu’à ce qu’elles comprennent que ces étudiants seront leur futurs travailleurs.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

 

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