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    Economie

    Tuberculose: Un médicament qui tue

    Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5641 Le 26/11/2019 | Partager
    5 décès et de graves complications notifiés par des services de la Santé
    La Direction de l’épidémiologie a demandé son retrait immédiat
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    Fac similé de la note confidentielle adressée en janvier 2019 par la Direction de l’épidémiologie au ministre de la Santé, Anas Doukkali

    Le Maroc serait-il en passe de connaître sa propre affaire Médiator, ce médicament à l’origine de plusieurs dizaines de décès en France et dont le procès a commencé en septembre dernier?

    En tout cas, selon une note confidentielle adressée par la Direction de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies à l’ex-ministre de la Santé Anas Doukkali, un système de pharmacovigilance a été mis en place depuis 2012 pour surveiller les risques de toxicité liés aux antituberculeux durant la période de traitement.

    Il s’est avéré, au cours du «quatrième trimestre de 2017, que des cas gravissimes d’hépato-toxicité induite par les formes combinées des antituberculeux de première ligne, ayant engendré cinq décès (…)», lit-on dans le courrier de la Direction de l’épidémiologie, signé par Dr Mohamed Youbi et dont L’Economiste détient une copie.

    La direction explique avoir demandé à la Direction du médicament et de la pharmacie, en janvier 2018,  une étude de biodisponibilité de ces médicaments auprès du laboratoire concerné, dont les résultats n’ont toujours pas été communiqués à la Direction de l’épidémiologie.

    Toujours dans le même document qui remonterait à janvier 2019, il a été constaté, «au cours du premier semestre 2018, une augmentation de 73% des effets indésirables liés aux antituberculeux par rapport à la même période de 2017, dont 31% concernaient des cas d’hépato-toxicité induite par les formes combinées précitées et 23% ont revêtu un caractère grave».

    Contactée par L’Economiste sur cette affaire, une ancienne responsable du programme de lutte contre la tuberculose nous a étrangement recommandé de ne pas écrire sur cette affaire car «le Maroc vient d’être cité en exemple». Khalid Ait Taleb, ministre fraîchement nommé à la Santé, n’a pas répondu à notre demande d’information.

    Ce n’est pas la première fois que la sonnette d’alarme est tirée à cause des effets néfastes de cette thérapie sur la santé des patients qui suivent un traitement dans les hôpitaux publics. L’ancien ministre de la Santé Lahoussine Louardi avait déjà été alerté en 2016 par ses experts au sujet du médicament fabriqué au Maroc. Le médicament continue d’être acquis par le département de la Santé pour être administré aux patients soignés dans les établissements de santé relevant du public.

    Les effets nuisibles de ce traitement ont été rapportés par le Centre antipoison et de pharmacovigilance dont c’est la mission et qui est un organisme de référence reconnu par l’OMS. «A partir de ce constat, la procédure consiste à effectuer des tests d’imputabilité pour identifier  les agents à l’origine des effets indésirables en déterminant le surdosage, qui génère la toxicité et le sous-dosage qui reste dans ce cas précis inefficace», explique un expert en industrie pharmaceutique.

    La «surmortalité anormale» serait liée à un problème de qualité du médicament. Une éventualité qui devrait être vérifiée par le Laboratoire de contrôle du ministère de la Santé. «Les victimes pourraient avoir consommé d’autres médicaments en même temps que leur traitement contre la tuberculose», suppose un industriel. Rien n’est moins sûr. La Direction de l’épidémiologie a demandé au ministre «d’accélérer l’étude de biodisponibilité pour définir les responsabilités».

    Toujours est-il que, convaincue de la gravité de l’affaire, la Direction de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies a recommandé au ministère de la Santé de retirer immédiatement les associations combinées utilisées actuellement dès l’acquisition des médicaments pré-qualifiés.

    Apparemment, cette recommandation n’a pas été prise en compte puisque le même médicament continue d’être administré, relève une source interne au ministère de la Santé, ayant requis l’anonymat. La Direction propose également de s’orienter rapidement vers l’acquisition pour 2019 et les exercices suivants d’antituberculeux pré-qualifiés OMS en substitution aux associations combinées utilisées actuellement. Pourquoi le ministère de la Santé n’a pas pris au sérieux la mise en garde de ses services?

    En cas d’action en justice, les familles des personnes décédées pourraient réclamer le dossier complet sur le traitement en question pour être fixées sur les causes de décès de leurs proches.

    Visite médicale systématique

    Une série de mesures ont été prises, apprend-on à travers la lecture de la note confidentielle, dès janvier 2018, afin de minimiser le risque d’effets indésirables hépatiques graves via notamment «une visite médicale systématique au 15e jour du traitement et le recours aux méthodes de dosage plasmatique des antituberculeux. Un dispositif censé assurer le suivi des patients qui présentent des effets secondaires graves. «Ces mesures ont permis d’améliorer le pronostic vital, mais ne permettent pas de prévenir la survenue des événements indésirables».

    Hassan EL ARIF

     

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