×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    L’Onssa au Club de L’Economiste: Défaut congénital dans le contrôle sanitaire

    Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5604 Le 01/10/2019 | Partager
    L’éclatement des compétences inhibe toute efficacité
    Faute de prérogatives sur toute la chaîne, l’Office réduit au rôle de «constatateur»
    abdallah_janati_004.jpg

    Selon le DG de l’Onssa, Abdallah Janati, le contrôle mené par ses inspecteurs se limite jusqu’à présent à l’amont des différentes filières d’élevage et de l’agriculture. L’aval échappe totalement à l’Office, sauf lorsqu’il s’agit de l’export (Ph. Jarfi)

    Viandes, poisson, fruits et légumes, aromates, épices et  même une part importante du lait sont hors circuit du contrôle de l’Onssa. Autant dire que notre assiette est exposée à un risque sanitaire élevé.

    Quelques jours après la publication de l'explosif rapport de la Cour des comptes, le  DG de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), Abdallah Janati, était l’invité du Club de L’Economiste. Marchés de gros, points de vente, poissonneries, abattage de volailles, Mahlaba et lieux de restauration collective, tous ces endroits, où la population achète quotidiennement à manger, échappent à l’inspection de l’organisme qui aux yeux de l’opinion publique incarne pourtant le rôle de gendarme. Si les abattoirs ne sont plus visités depuis plusieurs mois par les vétérinaires de l’Office, c’est parce qu’ils ne relèvent pas de ses attributions. Résultat, «l’abattage clandestin règne désormais en maître absolu», ironise Janati.

    Pourtant, à la création de l’Office, il était question d’assurer la traçabilité sur toute la chaîne de valeur: de l’étable à la table, de la fourche à la fourchette et du bateau au plateau. Rien de ces objectifs n’a été atteint, une décennie après la création de cet organisme. Dans le sillage, les réformes des marchés de gros et des abattoirs sont aussi restées lettre morte.

    De fait, on est toujours loin d’une vision claire et d’une politique intégrée de sécurité sanitaire de produits alimentaires. «La responsabilité étant diluée entre une pléthore d’intervenants», argumente le DG de l’Office sans toutefois en décliner la liste. Cependant, la Cour des comptes a appelé un chat, un chat.

    «Pour maîtriser la traçabilité, il faudrait l’implication effective des collectivités locales dont relèvent les abattoirs municipaux et les tueries rurales, de l’Intérieur (autorités locales) qui accorde les autorisations pour l’abattage des volailles ainsi que les points de vente. S’ajoutent également la Gendarmerie  qui contrôle la circulation des produits alimentaires qu’ils soient d’origine animale ou végétale.

    Sans oublier l’implication des différents départements ministériels en charge du contrôle sanitaire pour certaines catégories de produits (ministère de l’Intérieur, ministère de la Santé, ministère du Commerce et de l’Industrie, Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations, Office national interprofessionnel des céréales et légumineuses…

    Un autre foyer de contamination à très haut risque pour la population, l’usage de pesticides non homologués, car moins chers et souvent d’importation frauduleuse. Il en est de même d’animaux vivants, de médicaments vétérinaires et de tous types de produits alimentaires dont le statut sanitaire et l’origine sont inconnus. Ainsi, dans un contexte de multiplicité des intervenants et en l’absence d’actions coordonnées, la dilution des responsabilités risque de perdurer.

    Avec cette nuance, la cohabitation de deux types de contrôle. L’un assurant le suivi des résidus pour les produits exportés, car il s’appuie sur le passage par les stations de conditionnement (analyse de laboratoire), l’autre pour le marché intérieur, occultant totalement les résidus chimiques.

    En effet, seul un plan de surveillance des pesticides dans les fruits, légumes et aromates est réalisé chaque année depuis 2013 (sauf en 2017) par les agents des services provinciaux de contrôle des produits végétaux et d’origine végétale. Ce plan concerne seulement la partie aval, puisqu’il intervient principalement au niveau des marchés de gros de fruits et légumes et des grandes surfaces. Ce qui est insuffisant, compte tenu de la faiblesse de prélèvements d’échantillons et l’absence de leur généralisation à l’ensemble du territoire.

    A titre d’exemple, sur la période 2014-2016, les régions de Tanger-Tétouan, Marrakech-Safi, Béni Mellal et Fès-Meknès n’ont fait l’objet d’aucun prélèvement. De surcroît, les prélèvements effectués en 2016 n’ont concerné que les aromates, et occultant ainsi l’essentiel de la chaîne alimentaire: les fruits et légumes. 

    A cet égard, le plan de surveillance  des aromates de 2016 est on ne peut plus révélateur. Sur les 128 prélèvements réalisés, environ les 2/3 ont été déclarés non conformes. Si le même exercice est tenté pour le lait «traité» dans les Mahlaba, le taux des résidus d’antibiotiques serait incalculable . Tant le colportage y prédomine face à la tuberculose qui sévit parmi 20% du cheptel bovin. Son éradication nécessiterait 8 milliards de DH, selon le DG de l’Onssa.

                                                                         

    8 abattoirs conformes sur 800!

    abbattoirs_004.jpg

    Selon la loi 25-08, l’Onssa «exerce, pour le compte de l’Etat, les attributions relatives à la préservation de la santé des animaux et des végétaux ainsi que la sécurité sanitaire le long de toute la chaîne alimentaire».

    L’Office est, ainsi, chargé d’assurer la protection de la santé du consommateur à travers le contrôle du processus de production et de traitement de produits alimentaires y compris les produits de la pêche aussi bien à l’import qu’à l’export. Sauf que l’article 2 de la même loi précise «que l’Onssa agit sous réserve des attributions dévolues par la législation et la réglementation en vigueur aux départements ministériels ou autres organismes».

    C’est cette disposition qui entretient l’anarchie depuis une décennie.  Sur les 800 établissements (600 tueries rurales et 200 abattoirs municipaux et communaux), à peine 8 sont conformes aux normes, révèle le DG de l’Onssa.

    A.G.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc