×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Earth Beats

    Une autre solution écologique efficace: Le transport de marchandises… à la voile

    Par L'Economiste | Edition N°:5500 Le 22/04/2019 | Partager
    transport_de_marchandises.voile_.jpg

     Le lougre Grayhound, l’un des voiliers utilisés par TOWT pour transporter des marchandises en mer sans laisser d’empreinte carbone

    Le transport mondial de marchandises transite essentiellement, à 90%, par les océans. Ce secteur pèse environ 3% du total des émissions mondiales de gaz à effet de serre, sans tenir compte des rejets de dioxyde de soufre et de particules fines. Il serait responsable de 60000 décès prématurés en Europe, selon une enquête de 2015 de l’université de Rostock. Un chiffre qui pourrait être démultiplié car l’activité devrait augmenter de 50% à 250% d’ici à 2050, selon les scénarios de l’Organisation maritime internationale (OMI). Contre ce fléau planétaire, des acteurs en France se mobilisent pour faire renaître le fret à la voile. Cette solution écologique est particulièrement efficace puisqu’elle réduit de 90 % les émissions de CO2.
     «On affrète des bateaux existants en capacité de transporter 10, 200 ou 300 tonnes de marchandises», affirme ainsi Guillaume Le Grand, président de la société de transport maritime Towt, pour Trans Oceanic Wind Transport, spécialisée dans les trajets à la voile. L’entreprise créée en 2009, s’appuie sur une flotte de quatre vieux gréements mesurant de 20 à 40 mètres pour rallier l’Angleterre, le Portugal, la Scandinavie ou traverser l’Atlantique.
    Pour distinguer et valoriser les marchandises transportées à la force de l’air, le groupe a créé le label Anemos (qui signifie «le vent» en grec ancien). Ce logo est apposé sur les produits qui sont également floqués, chacun, d’un numéro de voyage. «Nous renseignons le trajet emprunté par le produit et son bilan carbone, en toute transparence. Nous offrons ainsi une traçabilité complète aux consommateurs qui peuvent également savoir de quelle coopérative viennent les fèves de cacao, par exemple», précise Guillaume Le Grand.
    Des tablettes de chocolat, paquets de café, bouteilles de rhum, sachets de thé... sont ainsi transportés et labellisés. Les produits sont ensuite vendus via la boutique en ligne de Towtou en direct dans son magasin situé à Douarnenez en Bretagne. Surtout, la start-up transporte des produits pour d’autres groupes comme l’enseigne de magasins de produits organiques Biocoop pour le vin portugais, de la bière ou l’huile d’olive. L’idée séduit des restaurateurs, des détaillants ou encore des grands groupes du Cac 40. «On offre une solution concrète aux entreprises qui souhaitent diminuer leur empreinte carbone et répondre aux attentes des consommateurs en la matière», ajoute le fondateur de la structure qui a réalisé l’an passé un chiffre d’affaires de 300.000 euros (339. 772 dollars).
    «En 2016, nous avons transporté 120 tonnes de produits puis 180 tonnes en 2017 et 220 tonnes l’an passé», détaille le dirigeant. L’entreprise a ainsi permis d’économiser 300 tonnes de gaz à effet de serre. «C’est encore faible, mais nous sommes les seuls à proposer des chiffres neutres dans les transports maritimes. On fait notre part», affirme Guillaume Le Grand.
    Même si l’activité croît, cela reste en effet une goutte d’eau par rapport aux 10,5 milliards de tonnes de fret qui ont transité sur plus de 5000 porte-conteneurs l’an passé. Toutefois, le dirigeant estime que son concept est validé et que sa solution est économiquement viable. D’après ses calculs, le fret à la voile présente un coût légèrement supérieur à celui du transport conventionnel. Résultat, les produits sont vendus un peu plus cher, «par exemple autour de 10 centimes d’euros de plus par bouteille de vin», confie Guillaume Le Grand.

    Des cargos à voile innovants bientôt sur les océans

    transport_de_marchandises.voile_2.jpg

    Un chargement de café vert biologique à bord du Lun II à Boca Chica, en République dominicaine (photo de gauche). Un chargement de «Retour des Îles» de Château Le Puy, un vin vieilli en mer  (Photo de droite)

    Fort de son modèle, l’entrepreneur voit plus grand. Il s’est engagé dans la construction d’un voilier moderne. Le futur trois mats qui devrait prendre la mer fin 2021 mesurera 67 mètres et sera en capacité de transporter 1000 tonnes de marchandises, à une vitesse de croisière de 11 nœuds. Il sera ainsi deux fois plus rapide que les vieux gréements aujourd’hui affrétés par Towt et voguera à une vitesse similaire à celle des cargos polluants actuels. «Une fois à l’eau, le Voilier-Cargo économisera plus de 10.000 tonnes de CO2 par an et plus de 300.000 tonnes sur sa durée de vie», calcule Guillaume Le Grand.
    Towt n’est pas le seul groupe à investir sur le cargo à voile. L’entreprise française Grain de Sail, qui fabrique et commercialise du chocolat et du café, a lancé la construction d’un navire qui, deux fois par an, traversera l’Atlantique à la voile pour ramener jusqu’à 35 tonnes de marchandises. Par ailleurs, la Nantaise Neoline qui développe des cargos à voile et à propulsion éolienne va encore plus loin. En fin d’année, la start-up a signé un partenariat de trois ans avec Renault pour transporter des véhicules jusqu’à l’archipel Saint-Pierre-et-Miquelon, au sud de l’île canadienne de Terre-Neuve en Amérique du Nord. Cet accord prévoit la construction de deux cargos, de type roulier, de 136 mètres de long, propulsés à la voile pour traverser l’Atlantique et relancer le fret à la voile. Cette solution est un moyen, pour le constructeur automobile, d’atteindre son objectif de réduire son empreinte carbone de 25% entre 2010 et 2022.
    Il y a fort à parier que le secteur du cargo à voile poursuive son développement. De fait, l’an passé, l’Organisation maritime internationale a annoncé la signature d’un accord visant à réduire «d’au moins 50%» les émissions de CO2 du transport maritime d’ici 2050 par rapport au niveau de 2008. Recourir à la force du vent pour diminuer les émissions de CO2, ainsi que la pollution de l’air et des océans, demeure la solution la plus efficace…Le secteur doit toutefois inventer un nouveau modèle économique.
     

    Par Mathilde GOLLA

    lefigaro.jpg
     

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc